Université du Kansas : la résistance des auteurs face à la numérisation

Clément Solym - 13.08.2012

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - Missouri - Kansas - Speer Morgan


La semaine dernière, l'Université du Missouri a pris la décision de fermer ses presses traditionnelles, pour se reconvertir dans l'édition numérique, provoquant un tolé parmi nombre d'auteurs, qui réclament un retour de leurs droits. Le 21 août prochain un rassemblement aura lieu à Columbia, de 14h à 16h, à l'auditorium du campus pour soutenir leur cause.



54 ans d'édition imprimée qui ne devrait pourtant pas partir complètement en fumée. L'intention est en effet louable : créer un nouveau modèle, par la numérisation du catalogue actuel. Le professeur d'anglais Speer Morgan vient d'être nommé directeur des nouvelles presses. L'opération de reconversion devrait par ailleurs servir de terrain d'entraînement pour les étudiants qui participeront à l'examen des publications à venir. Mais voilà, le personnel qui était composé de 10 membres a été remercié, alors même que la plupart d'entre eux mettent encore du coeur à l'ouvrage, travaillant à la publication des prochains livres prévus à la rentrée d'automne. 


La page Facebook Sauvons les presses universiataires du Missouri a vu son record de statistiques exploser dernièrement, avec des centaines de messages de soutien provenant de tous les pays. Ned Stuckey, son co-fondateur, a publié sur celle-ci une liste de 29 auteurs qui réclament leurs droits. Légalement l'université pourra-t-elle s'asseoir dessus ? Debra Noble-Triplett, le vice président adjoint aux affaires académiques, a aimablement demandé aux auteurs de laisser le développement du nouveau modèle suivre son cours, les invitant à attendre de plus amples informations.

 

Mais l'administration ne semble pas vouloir fléchir et souhaite profiter des 400 000 $ de subventions dédiés de moitié au financement de ces nouvelles presses. En effet, l'argument du chiffre est le plus fort et la maison d'édition papier, qui connaissait un déficit, n'incarne plus un modèle viable. "Nous prévoyons d'investir dans ces nouvelles presses, autant que ce qui fut investi dans l'ancien modèle" d'après une annonce sur  le site de l'université.


Mais si certains auteurs accordent qu'il faut laisser du temps au temps, certains auteurs refusent de faire preuve de patience. Reed, professeur émérite au département de sociologie à l'Université de Caroline du Nord, aurait déclaré d'après kansascity.com, que si l'université ne daigne pas céder les droits, un avocat interviendra dans le contentieux.

 

« Il me semble que la presse avec qui j'ai signé un contrat est désormais fermée » déclare-t-il. En d'autres termes, les auteurs refusent de voir une continuité dans cette reconversion, alors que les travaux de certains d'entre eux sont pourtant devenus incontournables, comme le spécialiste John Bird, à l'origine d'une vingtaine d'ouvrages sur Mark Twain. 

 

Ceux qui défendent la numérisation pourront ironiser puisque 20 000 ouvrages de la bibliothèque d'art de l'université ont été endommagés lors d'un dégât des eaux récemment (notre actualitté). Un signe ? Loin de la superstition, la numérisation aux Etats-Unis semble gagner du terrain et être de plus en plus le meilleur recours face aux dépôts de bilan, par demi-douzaines, des presses traditionnelles (notre actualitté) .