Voltaire en Angleterre, à travers 14 lettres inédites

Clément Solym - 22.01.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - Voltaire - Angleterre - lettres


Ah, ironie qui voltige de siècle en siècle : il ne se pouvait pas que l'on fête un tricentenaire consacré à Rousseau, sans que son fidèle opposant ne fasse parler de lui, comme pour lui voler la vedette, au moins un instant.

 

C'est ainsi qu'un universitaire d'Oxford vient de mettre la main sur 14 lettres de Voltaire, dénichées dans les archives de la bibliothèque publique de New York, et dans plusieurs autres établissements du pays. Des courriers dans lesquels on découvre que François-Marie était allé jusqu'à angliciser son prénom en Francis, pour mieux donner le change. 

 

Avec une correspondance abondante de près de 20.000 courriers échangés dans sa vie, les quatorze découvertes sont la cerise sur le gâteau. « Elles montrent qu'il écrivait dans un anglais plutôt bon », explique Nicholas Cronk, le professeur à l'origine de cette découverte.


« Il a appris la langue en lisant le journal Spectator de Joseph Addison, de sorte qu'il s'exprime dans un style fluide et ironique. Il a ensuite parlé anglais durant toute sa vie, saluant les visiteurs en anglais et jurant même dans cette langue. Il s'est véritablement immergé dans la vie britannique. »


 

Les lettres sont adressées qui à lord Bathurst, un pair de la Tory et mécène des arts, qui au gouverneur Robert Walpole. En fait, l'ensemble de ces textes nous prouve combien le philosophe était lui-même intégré, durant une période au moins, à l'aristocratie britannique. 

 

Il ne faut pas oublier que Voltaire est arrivé en Angleterre avec pour seule recommandation une lettre d'ambassadeur, et qu'il n'était alors qu'un poète relativement méconnu. « Établir des connexions avec l'aristocratie britannique tel qu'il l'a fait, montre qu'il a fait preuve d'une ascension sociale brillante », conclut le professeur Cronk.  

 

C'est ainsi que ces lettres nous offrent un regard nouveau sur la période anglaise de Voltaire, assez peu connue, finalement, alors qu'il avait une trentaine d'années. Car dans ses courriers, Voltaire n'exprime pas encore toutes ces idées si fortes qui feront de lui le grand philosophe de l'époque.


Elles nous renseignent avant tout sur l'interaction entre le jeune Français et l'aristocratie anglaise, qui l'a passablement sensibilisé à une forme d'empirisme qu'il ramènera avec bonheur sur le continent. 

 

Et finalement, comment les Lumières sont un peu nées au Royaume-Uni.