Édition en Belgique : les pouvoirs publics et les appels d'offres

La rédaction - 25.08.2015

Reportage - pouvoirs publics - Belgique éditeur - édition indépendante


Les Éditions Mardaga ont choisi de brosser le tableau de l’édition indépendante en Belgique, en s’appuyant sur sa propre expérience. ActuaLitté publie l’ensemble de ces réflexions, articulées autour de l’idée d’une Défense et illustration du métier. Et les pouvoirs publics sont maintenant au cœur des sujets d’inquiétudes.

 

Éditions Mardaga

Editions Mardaga, CC BY SA 2.0

 

 

Un dossier qui nous concerne !

 

Le travail en partenariat avec les institutions et les pouvoirs publics a historiquement été la colonne vertébrale des éditions Mardaga. Tout le monde a en mémoire des collections telles que Le patrimoine monumental de Belgique, Le patrimoine rural de Wallonie, Inventaire du patrimoine wallon ou encore, la longue collaboration qui a uni les éditions Mardaga au Conseil de la Musique ou au Musée des instruments de musique.

 

On pourrait encore rappeler, pour sortir de nos petites frontières, la prestigieuse collection consacrée aux Villes de France et réalisée en partenariat avec l’Institut français d’architecture.

 

Pourquoi aujourd’hui se souvient-on de ces livres (certains ont été publiés il y a plus de 30 ans !) ? Essentiellement, parce qu'ils se sont inscrits dans la durée, que le partenariat qui les sous-tendait était en cohérence avec l’image de l’institution et celle de l’éditeur et qu'ils sont encore accessibles/achetables des années après leur parution grâce à leur inscription dans notre catalogue.

 

Ce qui a changé avec l’obligation des appels d’offres

 

Aujourd’hui, la nécessité pour les partenaires publics de procéder à des appels d’offres avant d’entamer une quelconque collaboration a profondément modifié la relation de ceux-ci avec les éditeurs et transformé le partenariat en prestation de services.

 

On peut certes se réjouir de l’abolition des chasses gardées réservées aux copains, mais il convient également de se méfier des effets pervers de cette vraie/fausse transparence…

 

Dommage pour un éditeur qui a sué sang et eau pour dégager un concept éditorial cohérent d’un fatras d’informations certes riches, mais illisibles pour le commun des mortels documentées avec des photos de qualité insuffisante et sans aucun fil rouge, de voir le deuxième volume de ce travail confié à un « confrère » qui aura mésestimé (par manque d’expérience !) la quantité de travail à fournir sur l’ouvrage et dès lors remis un meilleur prix.

 

Dommage pour un éditeur qui a accepté de publier un ouvrage « difficile » sur un sujet, de voir ensuite l’ouvrage « grand public » sur le même sujet édité ailleurs.

 

Dommage... dommage... dommage... dommage... dommage... dommage... Editions Mardaga

 

Dommage encore pour l’éditeur qui se bat pour faire un travail de fond et au long cours dans des domaines spécifiques de ne pas même être consulté pour des projets qui s’intègrent parfaitement à son territoire et à son champ de compétences.

 

Dommage toujours de voir L’histoire culturelle de la Wallonie publiée chez un éditeur flamand (ou tout aussi paradoxal : l’histoire du FDF chez un autre éditeur flamand même si elle a été publiée sous une marque francophone de celui-ci !) ou encore le marché public des Musées royaux des Beaux-arts remporté par un éditeur italien.

 

Dommage enfin que les critères éthiques et de développement durable ne soient qu’exceptionnellement (voire jamais) valorisés ; on verra ainsi un éditeur imprimant ses ouvrages dans des pays où droits sociaux et empreinte écologique sont considérés comme des mots vides de sens, emporter systématiquement des marchés lorsqu’il est mis en concurrence avec un éditeur qui s’est donné une charte éthique pour la réalisation des ses ouvrages ; de la même façon, on ne voit jamais les filières locales (préservant/voire développant) des emplois locaux recommandées aux soumissionnaires par les commanditaires. 

 

Par ailleurs, il n’est pas rare qu’un éditeur ait été amené à publier un ouvrage qu’il savait pertinemment être « inutile » ou invendable pour ne pas perdre un budget qui, s’il se montrait trop critique sur le projet, lui aurait échappé.