Apprendre en rêvant, ou comment imaginer la science

Auteur invité - 25.07.2019

Reportage - Imaginer science - lucca éditions - Sandrine Harbonnier


À 28 ans, la Lilloise Sandrine Harbonnier se lance dans l’édition jeunesse. Son objectif avec Lucca : publier des livres «pour apprendre en rêvant». Un projet qui a déjà séduit trois scientifiques.



 

On ne mesure pas l’ampleur du phénomène Harry Potter sur toute une génération. Si parmi les Milléniums, beaucoup se sont sans doute rêvés sorciers, d’autres ont réellement chopé le virus de la lecture, voire de l’écriture, en se frottant à la série de J.K. Rowling. C’est le cas de la jeune Lilloise Sandrine Harbonnier.

Et ce qui l’a menée vers un master littérature jeunesse à Lille 3, complété par une formation à l’édition et la correction secteur où elle exerce depuis en free-lance, notamment pour Delachaux et Niestlé, éditeur spécialisé dans les livres sur la nature.

C’est après une collaboration comme assistante éditoriale chez l’éditeur lillois Hikari, que son projet a grandi. « J’ai pris le contrepied du secteur pour lequel j’ai jusqu’ici travaillé, à savoir des livres de connaissances pratiques, pour lancer une collection de livres où on apprend en rêvant. J’avais en tête un roman anglais qui m’a fascinée enfant, Flatland d’Edwin A. Abbott, et dont le héros est un triangle. »
 

Dans le secteur très foisonnant de la littérature jeunesse, la jeune éditrice fait le pari original de lancer des ouvrages de vulgarisation scientifique, sur la base d’histoires imaginaires. Toutes les tranches d’âge sont visées, des plus petits aux « young adults » en passant par les 9-13 ans, et de l’album illustré au roman.

« Ma baseline, c’est Lucca imagine la science », résume Sandrine Harbonnier. Lucca s’est imposé pour sa consonance non genré. « C’est important de ne pas avoir trop d’identité garçon ou fille en littérature jeunesse », précise-t-elle.

 

Et puis, vinrent les premiers pas


Le projet couve depuis deux ans et les premiers ouvrages sont sortis cet automne. L’un emmène les jeunes lecteurs à Madagascar au côté d’une primatologue en herbe pour étudier les lémuriens. Un autre, premier volet d’une trilogie, les invite à se glisser dans la peau d’un anthropologue à la découverte d’autres planètes et civilisations. Le dernier pose la casquette d’entomologiste sur la tête des plus petits et les sensibilise à la dure vie du bousier.

Un vaste panel d’histoires et de spécialités scientifiques qui s’est nourri de rencontres entre la jeune éditrice et des auteurs qui font eux aussi leurs premiers pas dans l’édition jeunesse. « J’ai tout simplement mis une annonce sur la plateforme Asfored (centre de formation dédié aux métiers de l’édition) », explique Sandrine Harbonnier. Élisabeth Ludes, spécialisée en psychologie et neurosciences, travaille actuellement au musée zoologique de Strasbourg où elle a pour mission de valoriser les collections d’histoire naturelle.

Avec l’album Sisyphe le bousier, elle fait sa première incursion dans la littérature jeunesse. « Je n’avais que l’expérience de la petite histoire du soir qu’on lit aux enfants », témoigne-t-elle. Le travail de vulgarisation réalisé à travers cet album lui a semblé s’inscrire naturellement comme un prolongement de son métier. « C’est une très bonne expérience, commente-t-elle. Un échange enrichissant, d’autant que j’ai perçu un grand respect pour ce que j’ai voulu faire passer dans le livre. Cela donne envie de poursuivre. »

Delphine Gosset revendique, elle, un « passé de primatologue » et signe chez Lucca le roman Sur la route de Nosy Komba. Elle s’est reconvertie dans le journalisme scientifique et la vulgarisation, c’est depuis plusieurs années déjà son rayon. « Dans les labos, il y a ceux qui parlent compliqué et ceux qui aiment transmettre », note-t-elle.

Bercée enfant par Roald Dahl, ancienne pigiste pour le Journal des Enfants et déjà autrice d’un premier roman jeunesse non publié encore, Delphine Gosset a beaucoup apprécié le passage à la fiction. « Le fait d’écrire pour la jeunesse décomplexe un peu. On a moins peur du lecteur enfant. Mais on écrit aussi sous le regard de ses pairs. Là où la fiction demanderait plus de souplesse et de légèreté, on se sent obligé de reconsidérer ses connaissances. »




 

Pour elle aussi, la collaboration avec l’éditrice s’est révélée précieuse. « C’est bien de se lancer avec un éditeur. Cela évite certains écueils comme la tentation de l’encadré ou de la note en bas de page pour expliquer. » Et d’envisager déjà un nouveau titre autour des neurosciences.
 

Du doute éditorial aux projets


La jeune éditrice savoure, elle, pour l’heure, la sortie de ses ouvrages. « C’est un gros projet et le retour sur investissement est long. On doute constamment », commente-t-elle. Pour se lancer, Sandrine Harbonnier a pu compter sur un financement participatif à hauteur de 3000 € via la plateforme Ulule et une co-diffusion portée par Hikari.

Elle est également épaulée par Hermine Hémon, traductrice de métier, qui assure pour Lucca le rôle de community manager. « C’est important d’être deux pour ne pas se poser les questions seule », renchérit-elle.

Le premier tirage est fixé à 1 000 exemplaires et deux à trois titres devraient sortir chaque année. La jeune femme ne manque pas d’idées. « Je planche sur les thèmes de l’émigration, de l’archéologie et des sciences fondamentales comme les maths. Et je rêve d’un livre sur les zombies », s’amuse-t-elle. Imaginer la science, c’est aussi rêver la réalité.

Lucca éditions

Marie-Laure Fréchet

   


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