Préserver l'édition indépendante : quelles pistes de collaborations ?

Nicolas Gary - 27.08.2015

Reportage - édition indépendante - lecture ouvrages - Belgique publication


Les enjeux de collaboration entre l’édition privée et les pouvoirs publics passent tout d’abord par une meilleure compréhension de chacun. Il ne saurait exister une réalité par trop manichéenne – et donc stéréotypée des deux parties. Les Éditions Mardaga proposent cette semaine une série de portrait de l’édition indépendante en Belgique, et des enjeux de collaboration avec les marchés publics.

 

Bureaux Mardaga

Mardaga, CC BY SA 2.0

 

 

L’objectif est bien évidemment de sortir de telles impasses en ouvrant de nouvelles pistes de collaboration. Soit en tentant de redéfinir un véritable rapport de partenariat conçu dès l’origine des projets. Soit en améliorant techniquement les procédures de marchés publics et, en particulier, en éclairant les enjeux de la rédaction du cahier des charges, qui doit être, à juste titre, un outil d’objectivation de la demande, mais, mal rédigé, est bien souvent aussi un « piège à projet » ! On y reviendra plus loin…

 

Soit encore en associant systématiquement un éditeur (les éditeurs ?) à des projets culturels d’envergure plus globale, lorsqu’un budget de 40 millions d’euros est prévu pour créer un circuit des collégiales à Liège, où est le budget pour le livre qui rendra ce projet accessible et lisible au public ?

 

Lorsqu’on réfléchit à un nouveau concept de musée du train et du développement industriel à Schaerbeek, quel est le partenaire éditorial de ce projet ?

 

Lorsque des millions d’euros sont dépensés pour restaurer l’Agneau mystique de Van Dijck à Gand, un éditeur a-t-il été associé au projet de manière à orienter le cahier des charges de la mission photo qui accompagne (peut-être ?) le projet ?

 

Dans tous les exemples cités ici, si un appel d’offres est lancé « après », il sera trop tard (trop tard pour les photos, trop tard pour penser le livre en cohérence avec « le reste », trop tard pour faire bien les choses…).

 

À un moment où la survie de tous est menacée, comment faire en sorte qu’instances publiques et éditeurs redeviennent de véritables partenaires et sortent d’une relation bien souvent inadéquate entre commanditaire et prestataire de services ?

 

Du côté des éditeurs, il conviendrait par ailleurs également de clarifier « en toute confraternité » le paysage, ce qui impliquerait à tout le moins de rappeler où se trouve leur réelle valeur ajoutée, les spécificités de leur catalogue et leurs capacités de diffusion. Editions Mardaga

 

 

Deux axes se dégagent donc, l’introduction d’une phase préalable à la rédaction d’un cahier des charges, appelons-la « audit/pertinence de la demande ». Vient ensuite la « professionnalisation » de la rédaction dudit cahier des charges, celle-ci incluant. Puis, un délai de réponse raisonnable.

 

Une petite équipe de 2 ou 3 personnes peut ne pas être à même de répondre en 48 h, voire même en une semaine à un appel d’offres et néanmoins s’avérer être « la bonne équipe » pour réaliser le projet ! Dommage de laisser ce territoire aux seules maisons disposant de grosses équipes plus spécialisées, y compris dans la réponse aux appels d’offres !

 

Enfin, un délai de faisabilité également raisonnable. Il nous est arrivé de « louper » un marché public en exposant au soumissionnaire que les délais exigés étaient totalement intenables et voir « l’heureux gagnant » qui avait remporté le marché en question en garantissant les délais, sortir l’ouvrage avec 3 mois de retard (parfois après la fermeture de l’expo pour le catalogue s’y rapportant !). 

 

Prime dans ce cas-ci au non-professionnalisme et dans le cadre de la procédure, impossibilité de proposer une alternative « pro » qui aurait permis de disposer d’un matériel certes moins ambitieux, mais adéquat et livré dans les temps !

 

Du côté des éditeurs, il conviendrait par ailleurs également de clarifier « en toute confraternité » le paysage, ce qui impliquerait à tout le moins de rappeler où se trouve leur réelle valeur ajoutée, les spécificités de leur catalogue et leurs capacités de diffusion.

 

On s’accordera facilement à penser qu’un livre pour enfants n’a a priori (quoique…) pas sa place aux Impressions Nouvelles mais serait légitime chez Alice éditions, Mijade, Casterman ou Pastel. Un manuel d’architecture est sans doute incongru chez Aden comme un roman policier le serait chez Mardaga… 

 

Un système de convention quinquennale par secteur est-il par exemple envisageable ?

Editions Mardaga