Bernard Laporte, secrétaire d'État, se passionne pour la BD

Clément Solym - 26.09.2008

Reportage - BD - ministere - sports


Non loin de la Bibliothèque nationale de France, le curieux trouvera le ministère de la Jeunesse, de la Vie associative et des Sports, dans l'ordre que vous voulez. Étrange lieu pour annoncer un partenariat avec la maison Emmanuel Proust Éditions ? Pas tant que cela. L'éditeur présentait en effet une nouvelle collection axée... sur le sport. Le sport, parent pauvre de la BD, le thème n'échappera à personne ; pourtant, avec les deux titres déjà parus, et deux autres prévus pour novembre, c'est une approche différente qui émane.

Promouvoir le sport ? Non, parler de vies simples, par le sport

Pourtant, la maison n'en est pas à son coup d'essai. « En 2000, nous avions publié Carton jaune, qui racontait l'histoire d'un footballeur juif déporté suite à la rafle de Vélodrome d'hiver. » Intrigante initiative, qui ne manquera pas de laisser perplexe : le sport dans la BD pourrait donc avoir sa place ?

«Auparavant, il n'existait rien de tel, si ce n'est pour les jeunes. Nous avons voulu introduire des histoires, tournant autour du sport, mais qui révélaient d'autres dimensions, pas avec du sport dans chaque case, créer une aventure humaine autour d'une aventure sportive », nous explique Emmanuel Proust.


Deux titres sont déjà sortis : Match Décisif et Le marathon de Safia. Didier Quella Guyot, scénariste de cette dernière s'explique : « Safia, c'est l'histoire d'une adolescente dont le père musulman refuse de voir sa fille pratiquer la course, qu'il considère comme un sport d'homme. Dans ce récit, j'ai voulu pousser les complications aux extrêmes, pour qu'en ressortent plusieurs éléments sociaux. C'est une façon de traiter de problèmes de société, ce que le sport soulève souvent, mais que l'on évoque finalement moins que le strass et les paillettes. »

Et Bernard Laporte d'ajouter dans un communiqué : « La bande dessinée est un vecteur privilégié pour véhiculer des valeurs du sport, de la jeunesse et de la vie associative. [...] Quoi de plus logique alors que de vouloir contribuer à la rencontre et au renforcement des liens entre les deux univers du sport et de la bande dessinée. »


Méfiance de l'univers BD par rapport au sport

Ces BD s'accompagnent d'un traitement particulier : aucunement oeuvres de commande, elles souhaitent montrer combien le sport peut offrir un autre regard sur nos sociétés, présenter des tensions et des conflits, offrir une perspective nouvelle. Jérôme Félix, scénariste de Match décisif abonde : « Il existe une méfiance du monde de la BD à l'égard du sport. C'est un risque que peu souhaitent prendre, mais un domaine où tout est à faire. »

Car si l'on évoque les sportifs comme des vedettes, ces titres sont là pour montrer que l'on peut revenir à la vie réelle et faire redescendre le mythe de la réalisation sociale à travers la pratique sportive à un niveau plus pertinent : celui des appréhensions communes, loin des caméras. On ne s'en sert pas comme d'un prétexte, on se sert de lui pour mettre en scène la vie de tous les jours et les conflits auxquels des héros simples font face. Mieux, on aborde des perspectives historiques, comme ce titre qui sortira sur le cyclisme et qui se déroule avant la guerre d'Algérie.

« Créer une aventure humaine autour d'une aventure sportive »
Emmanuel Proust, éditeur

Certes, mais alors quelle place pour le ministère dans cette collection. Emmanuel nous l'explique : en tant qu'institution, le ministère aura à charge d'informer les associations et les fédérations sportives, de promouvoir ces titres. Entamé avec Jean-François Lamour, ministre des Sports de 2004 à 2005, c'est aujourd'hui avec Bernard Laporte que le projet se poursuit. En face, Eurosport est également partenaire du projet, et assurera une diffusion médiatique pour Atmosphère sport, la collection d'Emmanuel.

On regrettera que rien ne soit mis en place par les ministères, notamment avec celui de M. Darcos, pour mettre à disposition ces titres dans les CDI des collèges et lycées. Bien que tout à la fois les histoires et les dessins s'adressent à un public large, les plus jeunes y puiseront peut-être une source de réflexion qu'il n'aurait pas été plus dommageable de retrouver dans les établissements...