BnF cherche partenaire et argent désespérément (5)

Clément Solym - 11.07.2012

Reportage - BnF Partenariats - domaine public - public-privé


Suite de notre dossier Actualeaks, qui commence à prendre un tour à la limite de l'horrifique... À l'embarquement, les oeuvres passagères du Paquebot ne s'imaginaient pas finir en fond de cale, livrées au bon vouloir d'un opérateur privé... À la fin du dernier épisode, Google était redevenu un interlocuteur respectable, et une commission Tessier recommandait l'accès gratuit, encore et toujours... Mais, au sein de la BnF, on va faire parler la poudre...

 

Et pour cause : le 6 juillet 2011, alors que la sphère médiatico-culturelle terminait de boucler ses bagages, une révélation fait boum. La Bibliothèque nationale de France communique abondamment, l'État se fait écho bienveillant : un appel à partenariat « pour la numérisation et la valorisation des collections BnF » est lancé. Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, René Ricol, commissaire général à l'Investissement, et Bruno Racine, président de la Bibliothèque nationale de France (BnF), main dans la main, annoncent la création de BnF Partenariat, qui n'a somme toute qu'une mission simple : gagner de l'argent pour rembourser le grand emprunt, et tenter en plus de faire des bénéfices. Car la BnF, établissement toujours public, ne peut en aucun cas remplir la seconde partie de la mission.

 

Voilà ce que signalait le communiqué :

Pour renforcer et accélérer la numérisation de ses collections, la BnF souhaite s'inscrire dans le programme des Investissements d'Avenir, voulu par le Président de la République. [...] Le coût global de ces programmes de numérisation s'élèverait à quelque 150 millions d'euros, soit l'équivalent de plus de vingt années au rythme actuel.

[...] Le coût de ces 12 programmes de numérisation devrait s'élever à quelque 150 millions d'euros, soit l'équivalent de plus de vingt années de travail au rythme actuel. La numérisation de tous ces ensembles avec des partenaires privés qui, en échange d'une possibilité de valorisation commerciale, contribuerait au financement de la numérisation permettrait de tripler le volume actuel de Gallica en seulement quelques années.  

 

Pour clarifier les attentes, la Bnf a procédé à un partage entre 12 corpus différents, propres à être numérisés et utilisés commercialement :

• le livre ancien de 1470 à 1700 ;

• un ensemble de 3 à 500 000 imprimés français du domaine public ;

• la presse française de 1780 à 1940 ;

• les disques 78 tours et microsillons ;

• les manuscrits médiévaux ou modernes ;

• les collections de portraits ;

• la généalogie et l'histoire des familles ;

• les territoires : cartographie et représentations de la France et des pays étrangers ;

• l'histoire locale ;

• les partitions musicales ; la photographie ;

le cinéma français des origines à la deuxième guerre mondiale.


jackpot

(auteur : AAAAlx)


Magnifique :  voie royale est ouverte. Et pour qui se poserait la question, les préconisations du Comité des sages ne sont pour autant pas oubliées. Elles tiennent certes dans un petit coin, vers la fin du communiqué de presse, mais elles restent d'actualité, du moins pour l'heure. Car, dans le cadre de l'accord, la création de l'entité BnF Partenariat se fait avec des objectifs qui ne sont pas complètement déconnectés du rapport, ce qui explique en partie le soutien du gouvernement. « Sa mission sera de conclure des accords de numérisation et de valorisation commerciale de ses collections en tenant compte des recommandations du Comité des Sages de l'Union Européenne. Cette filiale sera mise en place avant la fin de l'année 2011. Les projets qui en découleraient sont susceptibles d'être financés par le FSN. » Ledit FSN tient pour Fonds national pour la Société Numérique, une entité gérée par la Caisse des Dépôts. Quant à la Société Numérique, c'est un peu ce qui fait office de terre promise.

 

Voilà pour le premier temps. Dans un second, le 25 août 2011, un autre appel est envoyé, qui fait évidemment suite à celui du 6 juillet. Celui-ci porte sur « la numérisation et la valorisation des collections BnF et Appel à partenariat pour la valorisation du système de préservation et d'archivage réparti (SPAR) développé et utilisé par la BnF pour ses données numériques ». On ne parle plus seulement numérisation, mais également catalogue, archive et référencement : cette fois encore, on fait appel au privé, avec l'aide financière du grand emprunt. Mais en contrepartie, il est réclamé un business model, démontrant quels seront les retours sur investissements, et donc la rentabilité du projet. Pratique, il suffit de se rendre en page 10, la dernière, pour saisir l'importance du « détail » :

 

Pour juger des différentes propositions, la BnF s'appuiera en effet sur trois critères, qu'elle révèle aux intéressés :

 

o part des coûts de numérisation pris en charge par le partenaire :

plus la part sera importante, plus l'appréciation de la proposition sera favorable.

o La durée d'exploitation et le champ d'une exclusivité éventuelle sur la version numérisée

du corpus : plus la durée et le champ de l'exclusivité seront limités, plus l'appréciation de la proposition sera favorable.

o Niveau de retour financier pour la BnF : plus le taux sera élevé, plus l'appréciation de la proposition sera favorable.

 

On saluera la présence des recommandations formulées par le Conseil des sages… en note de bas de page, liée à la durée d'exploitation. Avec une mention laconique au possible : « Pour indication, le « Comité des Sages » recommande une période d'exclusivité d'un maximum de 7 ans suivant l'achèvement de la numérisation. » L'indication fera office de boussole, en espérant que les conditions ne se choisissent pas à la carte... (lire l'intégralité de l'appel)


Compass

(auteur : John Loo)

 

La rentrée étant ce que l'on sait, le mois de septembre restera calme, et ce n'est qu'en octobre que l'on découvrira une nouvelle intervention de Bruno Racine. En effet, dans Le quotidien, le président de la BnF livres quelques informations sur les projets de numérisation : pour que la démocratie bénéficie pleinement de ces nouveaux supports que constituent les livres numériques, Bruno Racine, président de la Bibliothèque Nationale, indique que des défis sont encore à venir, et même que « L'Europe est en retard » : qui va remettre les pendules à l'heure ? « Pour le patrimoine ancien, le numérique est [...] une chance de diffusion absolument sans précédent. En France, la plupart des livres que l'on numérise étaient auparavant réservés à quelques privilégiés, par exemple pour des raisons de protection et de conservation. Maintenant, il y a aussi un patrimoine qui se constitue sous nos yeux, et qui n'existe que sous forme numérique. Et là, le défi, c'est de savoir comment la Bibliothèque nationale va le collecter et le conserver. »  Un défi sur lequel des commissions s'échinent depuis deux ans, justement...

 

Depuis quelque temps, ActuaLitté sait de source sûre que les différents appels à partenariats ont été réglés - et parmi les acteurs ayant répondu, la société Google, ainsi que ProQuest ou encore Ancestry, des sociétés spécialisées dans la création de bases de données, lesquelles seront par la suite revendues. La BnF n'a toujours pas communiqué sur ces points, et semble repousser au maximum toute forme d'information. Cependant, il semble bien que toutes les liasses relatives à la numérisation des paquets soient déjà réglées, et les offres correspondantes, sélectionnées. En somme, on sait qui remporte quel morceau.

 

On comprendra donc que l'entité BnF Partenariats percevra tous les subsides de cette exploitation commerciale qui n'est désormais même plus une simple hypothèse. Ne reste qu'à définir les tarifs, puis abaisser la barrière du péage...

 

Voir la suite

De dépositaire à propriétaire, le chant des sirènes


Dans le précédent épisode

Du domaine public à la numérisation par un opérateur privé (4)

 





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