Book trailer : mode d'emploi, entre Audacity et Adobe Premiere

Association Effervescence - 11.03.2014

Reportage - book trailer - promotion de livre


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association.

 

Cette semaine, Diane, étudiante en option Édition, nous fait part de son expérience quant à la création du book trailer des Uchroniques.

 

 

  

 

Dresser l'ambiance du livre et donner un horizon de lecture valable en deux minutes, c'est un véritable défi. Qu'as-tu pris en compte dans ta réflexion sur l'atmosphère à mettre en place ?

C'était assez compliqué, car l'ouvrage des Uchroniques comporte des dizaines d'histoires et d'auteurs différents, et autant d'univers et d'atmosphères. Dans le cas d'un livre collectif comme celui-là, l'enjeu était donc de réussir à refléter la diversité des contenus, tout en gardant une cohérence dans le ton et une harmonie visuelle. J'espère y être arrivée !

 

 

Prenez donc deux minutes de plaisir 


 

 

Comment as-tu choisi les images, les textes ?

Forcément, au vu de la quantité des textes et des images présents dans le livre, je ne pouvais pas tout prendre, il a fallu faire des choix. Très prosaïquement, il faut savoir qu'une bonne partie des images que contient le livre sont des illustrations de commande, qui n'avaient pas encore été finalisées au moment de la réalisation de la bande-annonce : les images que j'ai choisies faisaient donc partie des envois spontanés répondant à notre appel à contributions.

 

Ensuite, j'ai préféré des images ayant un fort potentiel narratif, car c'est tout l'enjeu d'une vidéo : raconter quelque chose. Pour les textes qui ponctuent le trailer, j'ai été chercher des extraits très évocateurs, qui pouvaient susciter des images et des idées même une fois sortis de leur contexte. Cela permet de dévoiler des fragments signifiants du livre, tout en ne déflorant pas les histoires qui y sont racontées.

 

 

Comment as-tu décidé de la manière d'enchaîner tout cela ?

C'est toujours une histoire de narration. Même si c'est assez diffus, il y a un crescendo, à la fois dans la bande-son et dans le contenu des images et des mots. En fait, il faut instaurer un mini schéma dramatique : situation initiale, élément perturbateur, péripéties, climax...

 

Le plus difficile, c'est d'installer l'univers (« le mur de Berlin n'est pas tombé ») puis d'y plonger sans hésitation : on n'est jamais vraiment sûr que le spectateur va nous suivre dans le monde qu'on lui propose. En ce sens, une bande-annonce est un peu un défi, comme un court métrage : dans un laps de temps très court, et avec très peu d'informations, il faut réussir à installer une atmosphère et à donner envie.

 

 

Techniquement, comment on fait ?

Ahah, mystère ! Non, en réalité c'est assez simple. Il suffit de se familiariser avec quelques logiciels. En l'occurrence, j'ai utilisé Adobe Premiere pour le montage, et un peu d'Audacity pour le son. Il existe plein de tutoriels sur Internet (c'est un peu comme des cours du soir en peer to peer) qui peuvent aider quand on bloque sur quelque chose.

 

Techniquement, un logiciel de montage permet d'importer différents médias (vidéos, images, textes) au sein d'un même support, pour ensuite les agencer et leur appliquer les effets désirés (déplacement, fondu enchaîné, etc.) jusqu'à obtenir la vidéo finale.

Le plus amusant à faire a sûrement été l'animation du logo à la fin : ça m'a poussée à tester de nouvelles choses !

 

 

Travail de la bande-son sur Audacity

 

 

Comment peut-on montrer le livre sans pour autant spoiler ?

Comme je l'ai dit plus haut, je crois que l'essentiel réside dans le choix des extraits : il faut montrer des choses évocatrices, signifiantes, qui racontent une histoire par elles-mêmes, mais qui ne dévoilent pas réellement le contenu du livre. C'est tout l'art de la recomposition. Moi qui râle toujours contre les bandes-annonces de cinéma qui révèlent toute l'histoire, j'ai essayé de rester dans la suggestion.

 

 

En quoi ta formation en cinéma t'a-t-elle aidée dans ce travail ?

J'ai en effet une licence en cinéma. Mais je dois avouer que ce n'est pas là-bas que j'ai appris le montage ! C'est un apprentissage plutôt autodidacte, assisté par des amis qui pratiquent le dessin d'animation et les effets spéciaux, et qui ont donc une formation dans ce domaine. Cela dit, le fait d'avoir étudié le cinéma a tout de même facilité ma réflexion sur  les enchaînements des plans, le rythme des images... Et surtout, je crois que ce sont les cours que j'ai eus en scénario qui m'ont aidée à imaginer la progression dramatique dont je parlais plus haut.

 

 

Penses-tu que les book trailers soient des outils promotionnels amenés à se développer en France, ou les éditeurs sont-ils trop frileux ?

Il me semble que le book trailer est déjà assez largement pratiqué. En littérature, ça manque encore un peu de punch, ce sont souvent des entretiens avec les auteurs ou des ambiances. Ceux qui en font le plus en termes de storytelling, ce sont assez logiquement les éditeurs de thriller ou de littérature de genre. Les autres sont certainement un peu frileux, certes, mais leurs contenus ne s'y prêtent pas forcément.

Les plus innovants finalement, dans le domaine de la bande-annonce, c'est la bande dessinée : on y  fait des sortes de mini-films en animant les dessins et les cases de BD. Mais c'est plus facile : ils ont la matière visuelle !

Dans tous les cas je crois que, quoi qu'on en pense, la vidéo est l'un des supports de diffusion les plus efficaces (notamment sur Internet). Les book trailers seront certainement amenés à se développer de plus en plus dans les années à venir, et les éditeurs devront trouver de nouvelles formes en fonction de leurs contenus.

 

 

Travail du visuel sur Adobe Premiere

 

 

En quoi un book trailer est-il différent d'une bande-annonce pour un film ? 

Dans l'idée, c'est la même chose. Il s'agit de proposer un aperçu d'un produit culturel pour donner envie d'en voir davantage. Dans les deux cas, le déploiement d'un rythme, d'une ambiance et d'un storytelling sont déterminants. Mais il y a une différence majeure : la vidéo est le support natif du film, alors qu'elle n'est pas celui du livre. 

 

Le book trailer se déploie donc sur un support qui n'est pas a priori adapté à son contenu. C'est pour cette raison qu'il est plus facile de faire des book trailers séduisants dans le domaine de la BD car elle est, comme le cinéma, un art visuel séquencé. Pour le livre des Uchroniques, on avait la chance d'avoir un mélange de textes et d'images, qui m'a permis d'agencer les deux et de jouer sur leurs rapports. 

Mais pour un livre purement littéraire, un roman par exemple, qui ne comporte aucun contenu visuel (hormis potentiellement sa couverture), c'est compliqué, car il y a tout à inventer. Je crois que pour ces cas-là, il faudrait imaginer quelque chose de très différent, par exemple en s'appuyant sur le son, avec une voix (celle de l'auteur ou d'un acteur) qui lirait des morceaux du livre propres à mettre en place l'histoire... Je dis ça, mais peut-être que ça a déjà été fait, ou que ça ne marcherait pas du tout !

 

***

 

Et pour en savoir plus sur l'ouvrage des Uchroniques, rendez-vous sur www.lesuchroniques.fr.

 

À vos agendas ! Nous vous invitons à une rencontre avec Emmanuel Carrère, parrain de la promotion 2013/2014 du master. scénariste, écrivain et réalisateur, dont le roman Limonov (publié chez P.O.L.) a reçu le prix Renaudot en 2011, 

Rendez-vous le 14 mars à 18 heures, en Sorbonne (salle des Actes) !

 

 

 

 

 

Si vous voulez (re)lire nos chroniques déjà publiées sur ActuaLitté, c'est ici ! Si vous voulez être informés chaque semaine de la parution de notre nouvelle chronique, c'est ici ! En attendant, vous pouvez nous suivre sur nos pages Facebook et Twitter.
À mardi prochain !