Bookshare, bibliothèque numérique mondiale pour lecteurs handicapés

Marie Lebert - 21.10.2015

Reportage - bibliothèque numérique - lecteurs handicap - Bookshare catalogue


Géré par Benetech, une entreprise de la Silicon Valley, Bookshare est à ce jour la plus grande bibliothèque numérique mondiale (367.000 livres dans plusieurs langues) destinée aux personnes aveugles ou malvoyantes, aux personnes ayant un problème moteur leur interdisant de feuilleter un livre et aux personnes dyslexiques, quel que soit leur âge, et son modèle est envié dans de nombreux pays.

 

 

 

La société Benetech est fondée en 2001 par Jim Fruchterman pour prendre la suite d’Arkenstone, une société spécialisée dans les appareils de lecture pour personnes aveugles. Benetech conçoit, développe et met en œuvre des technologies novatrices au service du handicap, des droits de la personne, de l’alphabétisation, de l’éducation et de la fracture numérique. Pour tous les projets qu’elle lance, la société privilégie un retour sur investissement plus social que financier.

 

Les débuts de Bookshare

 

Dès ses débuts, Benetech annonce son intention de créer une grande bibliothèque numérique à l’intention des personnes aveugles et malvoyantes résidant aux États-Unis. L’idée étant que, à l’heure du numérique, il est beaucoup plus rapide et économique de scanner les livres récents plutôt que de les enregistrer sur cassettes (pour une version audio) ou de les transcrire en braille embossé (pour une version imprimée). Le temps nécessaire se compte en jours sinon en heures, et non plus en semaines ou en mois. Et le coût se trouve réduit de 75 %.

 

Bookshare est mis en ligne en février 2002. Scannés par une centaine de volontaires, les 7.620 titres disponibles au départ sont proposés en deux formats, BRF (Braille Format) et DAISY (Digital Accessible Information System). Après avoir soumis la preuve écrite de leur handicap et s’être acquittés de la somme de 25 dollars US pour l’enregistrement de leur dossier, les adhérents ont accès à la bibliothèque moyennant un abonnement annuel de 50 dollars US. 

 

L’objectif de Bookshare est assez différent de celui du NLS (National Library Service for the Blind and Physically Handicapped) ou du RFB& D (Recording For the Blind & Dyslexic), dont le nombre de titres est très inférieur et dont les textes sont enregistrés par des narrateurs sous contrat (pour le NLS) ou par des volontaires (pour le RFB& D), avec un processus de contrôle garantissant une qualité optimale et entraînant un coût assez élevé par livre. Dans le cas de Bookshare, le but est de proposer une grande bibliothèque de livres scannés à moindre coût au lieu d’une petite bibliothèque de livres de grande qualité.

 

La méthode adoptée

 

Il faut compter entre deux et quatre heures pour scanner le livre, le convertir au format texte grâce à un logiciel OCR, puis vérifier le fichier électronique obtenu pour s’assurer qu’aucune page n’a été oubliée et que les paragraphes sont distincts les uns des autres. Ceci est le travail d’un premier volontaire. Un second volontaire vérifie ensuite que les informations relatives au livre (auteur, titre, date, copyright) sont correctes et corrige éventuellement le fichier numérique au regard du livre original, en fonction du temps qu’il souhaite y consacrer. Un logiciel convertit enfin le livre aux formats BRF et DAISY. L’association distingue trois niveaux de qualité pour le livre numérisé : excellent (pratiquement sans erreurs), bon (avec quelques erreurs) et correct (avec beaucoup d’erreurs, mais lisible), ceci en fonction de la qualité du logiciel OCR utilisé. Le coût de production est estimé à 6 dollars US pour un roman, avec relecture rapide en diagonale, et 50 dollars US pour un manuel d’enseignement, dont le contenu est entièrement vérifié au regard de l’original.

 

 

 

Si, jusque-là, moins de 5 % des titres publiés aux États-Unis sont disponibles en version braille ou en version audio, la seule limite devient celle du nombre de volontaires scannant les livres. Nombreux sont ceux qui scannent déjà des livres à titre privé, pour un usage personnel ou pour un membre de leur famille aveugle ou malvoyant. Bookshare les incite donc à envoyer leurs fichiers et à grossir les rangs de l’équipe actuelle, afin de proposer à terme plusieurs dizaines de milliers de livres, y compris toutes les nouveautés.

 

Le nombre de livres et de volontaires augmente rapidement. En un an, de février 2002 à février 2003, le catalogue passe de 7.620 livres à 11.500 livres, et le nombre de volontaires de cent à deux cents personnes. Le catalogue comprend 14.000 livres en août 2003, 20.000 livres en janvier 2005 et 30.000 livres en décembre 2006, avec cent nouveaux livres ajoutés par semaine. En mars 2005, Bookshare débute des collections en espagnol, la deuxième langue du pays, avec un fonds initial de cinq cents livres, qui passe à mille livres en décembre 2006. À la même date, la bibliothèque compte cinq mille adhérents.

 

Bookshare propose aussi des œuvres du domaine public en téléchargement libre. Accessibles à tous, abonnés ou non, ces œuvres sont disponibles en quatre formats : HTML, TXT, BRF et DAISY. Toujours en tête de file lorsqu’il s’agit de lecture pour tous, le Projet Gutenberg met à la disposition de l’association l’ensemble de ses collections.

 

De nombreux partenariats

 

En juillet 2002, Bookshare passe un partenariat avec le service Braille Press du Braille Institute of America pour proposer des éditions en braille embossé à toute personne résidant aux États-Unis, moyennant un coût modique. Les transcripteurs et correcteurs de la Braille Press produisent 13 millions de pages par an à destination des écoles, des entreprises, des agences gouvernementales et des particuliers.

 

En février 2003, Bookshare s’associe avec la société Pulse Data pour que ses livres puissent être facilement téléchargés sur le BrailleNote, un PDA destiné aux personnes malvoyantes. En février 2004, Bookshare lance diverses formules d’inscription à destination des écoles et des groupes. En avril 2004, l’association LightHouse International débute une collection de livres sur l’emploi et le développement professionnel à l’intention des membres de Bookshare. En 2005, Bookshare procure un logiciel de synthèse vocale à ses adhérents lors de l’inscription. Il s’agit du Victor Reader de la société HumanWare (la société qui succède à Pulse Data en janvier 2005).

 

En mars 2006, suite à une phase pilote débutée deux ans auparavant, Bookshare passe un partenariat avec la National Federation of the Blind (NFB) pour proposer la lecture vocale de 125 journaux et magazines régionaux et nationaux. Si cette lecture était jusque-là réservée aux adhérents de la NFB, et possible uniquement par téléphone au moyen d’une synthèse vocale, les membres de Bookshare peuvent désormais avoir accès à ces journaux et magazines sur leur ordinateur, avec 150 titres disponibles en décembre 2006. 

 

Un amendement spécifique de la loi sur le copyright

 

Bookshare n’aurait pu voir le jour sans la volonté bien ancrée de l’équipe de faire appliquer un amendement spécifique de la loi sur le copyright, le 1996 Chafee Amendment (U.S. Copyright Law, 17 U.S.C. § 121). Cet amendement autorise la distribution d’œuvres littéraires dans des formats adaptés, et ce auprès des personnes aveugles et malvoyantes, des personnes souffrant d’un handicap de lecture (par exemple la dyslexie) et des personnes à motricité réduite (par exemple les personnes qui ne peuvent pas tourner les pages d’un livre). Toute version numérique doit obligatoirement inclure la mention du copyright, avec le nom de l’éditeur détenteur des droits et la date originale de publication.

 

 

 

De plus, dès sa phase initiale, Bookshare s’assure du soutien de l’Association of American Publishers (AAP), et prend en compte les diverses remarques faites par l’AAP et par plusieurs éditeurs. Le fait que les livres ne puissent être utilisés que par des personnes handicapées est strictement appliqué, avec un système adapté de gestion des droits numériques — fichiers encryptés, empreintes digitales, autres procédures de contrôle — et les infractions sont immédiatement sanctionnées. Par ailleurs, plusieurs éditeurs et auteurs donnent à Bookshare le droit de mettre leurs livres à la disposition de ses adhérents. C’est le cas, par exemple, de O’Reilly Media, éditeur de manuels informatiques et de livres sur les technologies qui, en mars 2003, passe un accord avec Bookshare pour que ses livres soient intégrés aux collections dès publication et convertis aux formats BRF et DAISY.

 

Un service international

 

En mai 2007, Bookshare lance son service international. 15 % des collections — soit 4.600 livres en anglais et 600 livres en espagnol — sont disponibles à l’intention des personnes aveugles et malvoyantes habitant d’autres pays.

 

Sept ans plus tard, Bookshare propose une collection de 280.000 titres à 300.000 personnes habitant dans cinquante pays (Afrique du Sud, Allemagne, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Corée du Nord, Danemark, Émirats arabes unis, France, Ghana, Inde, Kenya, Nigeria, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Philippines, Qatar, Royaume-Uni, etc.).

 

En France, 180.000 titres en diverses langues (anglais, espagnol, allemand, arabe, mandarin, hindi, etc.) sont disponibles en novembre 2014 grâce à un partenariat avec la Médiathèque Valentin Haüy (Paris). Les livres de Bookshare sont proposés avec l’accord des éditeurs concernés et dans le strict respect de la législation en vigueur en France.

 

Le site de Bookshare

 

Pour en savoir plus :

Le Livre 010101, disponible en version PDF, avec une version EPUB bientôt