Burozoïque, éditions utopiques

Clément Solym - 10.02.2011

Reportage - remue - burozoique - edition


Remue.net, le célèbre site créé par François Bon, devenu un collectif, puis une association et qu'on ne présente plus aujourd'hui, organise régulièrement des rencontres avec différents acteurs du monde du livre, en collaboration avec la scène associative du balcon.

Vendredi dernier, Remue.net nous présentait les éditions Burozoïque et en particulier, leur nouvelle collection : le Répertoire des îles, consacré à l'utopie.

Etaient présents à cette soirée, Stéphanie Méséguer (éditrice), Frédéric Bortolotti (éditeur et directeur artistique) et Mathieu Larnaudie (responsable de la collection et auteur) pour nous parler de leurs travaux et de leur vision de l'utopie.

Burozoïque ou la naissance d'une utopie :

Guénaël Boutouillet, qui animait la soirée pour Remue.net, a d'abord interrogé l'équipe de Burozoïque sur la naissance de la collection. Les trois intervenants nous racontent donc que tout a commencé par une exposition organisée en 2007 par Ultralab : un groupe d'artistes dont fait parti Frédéric Bortolotti. Intitulée « L'île de paradis », cette exposition au Jeu de Paume proposait des créations autour des utopies insulaires.


C'est à cette occasion que Frédéric Bortolotti rencontra ses deux futurs collaborateurs. Enthousiasmés par l'exposition, ils décidèrent d'aller plus loin en fondant la collection du Répertoire des îles. Pour Bortolotti, il s'agit avant tout de « faire des livres qui ont une personnalité », ce à quoi Stéphanie Méséguer ajoute : « Les partis pris graphiques font vraiment partie des décisions éditoriales, nous voulions un livre de poche, graphique et qui tienne bien en main. »

Le Répertoire des îles propose des textes contemporains, mais aussi des rééditions de textes plus anciens, traitant de l'utopie. Ces rééditions permettent, selon Mathieu Larnaudie, de montrer une conjonction entre le contexte politique de l'époque et celui que nous vivons actuellement.


L'utopie comme modèle politique :

Puis, on entre dans le vif du sujet en abordant le thème de l'utopie. Boutouillet cite Joseph Déjacque, un auteur du XIXe, supposément inventeur du terme « libertaire » et dont le titre L'Humanisphère est réédité dans la collection. Voici sa définition de l'utopie : « Rêve non réalisé, mais pas irréalisable ». C'est bien cette idée qui est à la base du Répertoire des îles : L'utopie est un idéal, un modèle sur lequel se baser pour faire avancer la science ou le monde des idées.

« Il y a une ligne de tension présente dans le mot même d'utopie, qui est reflétée dans nos livres. » Explique Mathieu Larnaudie. L'utopie c'est à l'origine le concept d'un lieu idéal, mais c'est aussi systématiquement l'occasion de critiquer le temps présent.

Et pourquoi l'utopie insulaire ?, questionne Boutouillet. Ce à quoi on lui répond que l'île a de tout temps été le lieu de l'utopie, mais c'est aussi le symbole d'un repli sur soi face au monde extérieur. En cela, l'île peut se distinguer du reste du monde et servir de modèle. « C'est un foyer actif applicable de manière diffuse ou fragmentaire dans le réel », reprend Larnaudie, « C'est le lieu ou l'acte d'écrire devient un acte politique ». Avec le Répertoire des îles, Mathieu Larnaudie voudrait « proposer des formes de politiques expérimentales alternatives ». L'engagement politique de la collection est donc clairement revendiqué, même s'il est lui-même utopique (dans le sens du terme affirmé plus haut).

Bortolotti remarque, suite à ces réflexions, que contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'utopie vire souvent à la dystopie. Ainsi, l'utopie ne peut jamais aboutir sous peine de s'autodétruire. La pousser jusqu'au bout serait « une démarche pure et désespérée », pourtant une utopie en construction n'en est pas (encore) réellement une ; là réside toute l'ambiguïté.


Suite à cette présentation, ActuaLitté a tenu à poser quelques questions supplémentaires à l'équipe des éditions Burozoïque :


ActuaLitté : Pourquoi les éditions Burozoïques s'appellent-elles Burozoïques ?

Frédéric Bortolotti : Nous voulions que le nom de la maison soit un néologisme, ce qui collait bien avec le ton de nos travaux. Burozoïque est la compression du mot bureau et du terme « Mésozoïque » qui vient d'un album de Spirou : Le voyageur du mésozoïque. Sans réelle signification, c'est surtout la sonorité un peu bizarre et originale qui était recherchée.

ActuaLitté : Regrouper des textes par thèmes et non par genre a-t-il posé problème ?

Mathieu Larnaudie : Non aucun, le genre c'est l'utopie, lieu de philosophie, de fiction, de réflexions politiques et autre... Le public l'a bien compris. La seule difficulté que cette thématique peut poser c'est la surabondance des textes à rééditer. D'autant que nous sommes la seule maison en France à consacrer une collection uniquement à l'utopie.

ActuaLitté : Pourquoi cette connotation « piratesque », tant dans le graphisme (les couvertures sont inspirées du drapeau pirate) que dans le contenu ?

Mathieu Larnaudie : Les pirates ont inventé les premières utopies, en cela qu'ils formaient des organisations politiques communautaires et libertaires.

Frédéric Bortolotti : Nous avons aussi été inspirés par le texte de l'écrivain américain Hakim Bey, qui traite de la manière d'organiser ce qu'il appelle des « zones d'autonomies temporaires » (Zone d'autonomie temporaire, Hakim Bey) et dont le premier exemple donné est encore celui des pirates.

ActuaLitté : Vous insistez sur l'importance du graphisme et de l'objet livre. Que pensez-vous de l'édition numérique ?

Stéphanie Méséguer : Nous ne sommes pas du tout réfractaires au numérique, bien au contraire ! C'est même en projet… Le graphisme et la beauté du livre papier sont d'autant plus nécessaires à l'ère du numérique, mais les deux formes sont complémentaires.

Frédéric Bortolotti 
: Pour moi, le numérique est une forme différente d'objet, c'est vraiment autre chose. Un objet plus conceptuel, mais tout aussi manipulable physiquement. D'ailleurs, le projet initial était très lié à Internet, mais nous avons finalement opté pour l'édition papier.