Compte d'auteur, compte d'éditeur : les nouveaux écueils

Clément Solym - 02.07.2009

Reportage - editions - compte - auteur


Dans l'article précédent « Le mauvais Compte d’Éditeur va-t-il tuer le Compte d’Auteur ? » nous constations que l'apparition des éditeurs à C/E minimum concurrençait les prestataires du compte d'auteur. Ils se rapprochent des prestataires d'un C/A minimum, mais sans apport financier : peu de sélection, services éditoriaux simplifiés à l'extrême, numérisation et rentabilité adossée au réseau interne de l'auteur.

De fait, les éditeurs à compte d'auteur, qu'ils soient abusifs ou non, se trouvent confrontés à de multiples facteurs qui tous visent à assécher le flux des auteurs solliciteurs.


Cinq phénomènes

L'Information sur Internet, massive en vrac et non hiérarchisée, permet aux nouveaux écrivains en recherche de publication de cibler au mieux dans un panel d'adresses et de sites les maisons qu'ils solliciteront. La consultation des forums complète le dispositif et détourne candidats des éditeurs les plus critiqués. Les plus prudents des internautes sécurisent leur choix avec notre Audace.

L'arrivée massive des éditeurs amateurs, facilité par les évolutions technologiques de masse (mise en page, création de blogs, l'impression numérique et les librairies en ligne), provoque un rééquilibrage entre l'offre et la demande de contenu. D'où la prolifération des credo sympathiques vantant la découverte et le lancement de nouveaux auteurs. Hélas, neuf fois sur dix, le lancement d'un auteur inconnu/débutant fait plouf ! et l'intervention active de celui-ci pour sauver les meubles est fortement recherchée par le responsable éditorial.


Le compte d'auteur occasionnel dans les maisons traditionnelles se généralise au point que certains, en mars 2009 au Salon du Livre de Paris, se demandaient s'ils n'en croquaient pas tous. Ce qui est exagéré, mais qui traduit l'émergence d'une tentation : résoudre ses difficultés de trésorerie en puisant dans la poche des auteurs qu'on édite. La chute des ventes en librairie rend attractive la vente forcée d'une partie du tirage à l'écrivain nouveau venu ou à l'ancien que le salariat extérieur met à l'abri des fins de mois difficiles. C'est un compte d'auteur parfaitement abusif puisque sans référence contractuelle au C/A (le C/A conditionné* – voir notre onglet Contrats d'édition). Très valorisant au départ pour l'auteur, ce n'est qu'en cas de difficultés que celui-ci se rendra compte qu'il a été, à l'insu de son plein gré, le dindon d'une farce littéraire biaisée.

L'autoédition explose. Un article récent dans la presse spécialisée signale que pour la première fois l'autoédition dépasse l'édition aux États-Unis en nombre de nouveautés publiées. Le site TheBookEdition publie 150 titres par mois. Lulu et BoD sont sur le même créneau. Le dernier numéro de juin de Livres Hebdo signale l'arrivée d'un dernier poids lourd : UniBook, une filiale du leader mondial de la reliure de documents d'entreprise. Ces sites drainent tous ceux qui se méfient du nouveau standard de l'arnaque (le C/A Maq – voir notre onglet Contrats d'édition) et se tourne vers l'autoédition assistée. Pourquoi payer 2 500 € pour une maquette et de pseudo services éditoriaux, devoir racheter son livre avec une remise minime alors que les sites d'aide à l'autoédition génèrent gratuitement la maquette et vous vendent les exemplaires selon vos besoins et en pratiquant aussi des remises selon la quantité ?

La multiplication des industriels de l'édition à compte d'auteur**. De petits nouveaux proposent leurs services tarifés sur le Net telles les éditions Paulo Ramand, Velours, Persée, PLA, ABM... La concurrence s'exacerbe. Les anciens doivent partager le marché avec les eux et forcément ça rogne les chiffres d'affaires. Les plus grosses structures devraient voir, malgré Google Adwords, leur industrie péricliter dans les années à venir.


Premiers dépôts de bilans dans le C/A


Ça commence avec le plus emblématique d'entre eux. La Société des écrivains (alias Éditions des écrivains) est en grande difficulté financière. Sébastien Brancq, son créateur fut à l'origine du nouveau standard du compte d'auteur abusif : Le C/A Maq***. Celui-ci a revendu son bébé à un certain Jérôme Pourteau (Société JPH). Comme lors du rachat de la Pensée universelle, cette opération ne semble pas avoir été bénéfique au repreneur. Entre 2005 et 2007, le chiffre d'affaires est passé de 2 900 000 € à 1 900 000 €. Un mandataire judiciaire a été nommé depuis l'été dernier... et la Société des écrivains est totalement silencieuse depuis !

Puisque nous en sommes au rang des entreprises en difficultés sachez que les éditions Osmondes de madame Fioramonti, ont également cessé leur activité en laissant des grugés sur le carreau. Les auteurs en colère ont créé un site « Les éditions Osmondes : l'arnaque organisée ». Il dénonce, comme le faisait Ecrire&Editer en 2001 et Audace depuis 2005, les dérives fantaisistes et malhonnêtes de dame Fioramonti (http://www.editions-osmondes.com).

Et le tout dernier vient de tomber. Il s'est pris les pieds dans Electre après avoir fait l'objet de quelques critiques négatives sur les sites de La Lettrine et les blogs de Marc Autret et Irène Delse. Il s'agit de l'Agence Littéraire/TdB éditions. Cette agence, dirigée par messieurs Alessandrini et De Magnac, proposait ses services tarifés aux nouveaux auteurs en vue d'améliorer leurs textes et d'intéresser des éditeurs normaux. Devant l'échec généralisé et prévisible de cette recherche – le milieu éditorial français n'apprécie pas les agents littéraires – le second crée la société TdB (Tour de Babel).

Son objectif : offrir dans un premier temps une porte de sortie aux auteurs déçus par l'AL. Hélas, le projet TdB insiste sur le fait qu'il s'agit d'une solution transitoire permettant à un texte de commencer à exister en vue d'intéresser un véritable éditeur. TdB exige un modeste complément financier. Pour la base professionnelle Electre, ces pratiques ne correspondent pas aux usages normaux de l'édition. Elle décide de déréférencer TdB qui comptait vendre aussi aux libraires. Exit Tour de Babel !


La suite des aventures du C/A en 2010 !

Nous suivrons attentivement le phénomène. Il devrait s'amplifier avec la crise. Elle commence à se ressentir depuis mai dans le secteur du livre. Un rapide sondage au Marché de la Poésie confirme depuis cette date des commandes libraires atones sur la littérature de création. Certains croyaient, à cause des bons résultats enregistrés en mars au Salon du Livre de Paris, que la crise épargnerait le secteur. A son tour l'édition – tous modes confondus – connaît la récession. Le magazine professionnel Livre Hebdo annonce un premier recul de 2,2 % en 2008. Que sera-t-il en 2009 ?


On peut s'attendre au pire dans l'édition indépendante et la littérature de création. Les arrêts de maisons à l'étique professionnelle marquée pourraient intervenir dès l'automne. Pour les autres, on doit craindre des glissements de plus en plus marqués vers des demandes financières suspectes en direction des nouveaux écrivains. Quant aux professionnels du compte d'auteur abusif, ils devront affronter quelques lendemains qui déchantent.

À son modeste niveau, L'Oie plate et son annuaire Audace seront là afin d'aider les auteurs à repérer les eaux troubles !


Tribune rédigée par Roger Gaillard de l'Oie plate


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* Éditeur s'est crée pour n'exploiter essentiellement que de marché du livre à compte d'auteur
** Édition à compte d'auteur dans lequel l'auteur signe un contrat de cession normal en contrepartie de l'obligation d'acheter au prix fort une partie du tirage initial
** Édition à compte d'auteur dans laquelle l'auteur croit payer que la maquette.