Créer une série télévisée : de l'écriture scénaristique à la production

Association Effervescence - 30.04.2013

Reportage - séries télévisées - écritures scénaristique - production


Chaque semaine, ActuaLitté et Effervescence, association réunissant les étudiants et anciens élèves du Master Édition et Audiovisuel de Paris IV-Sorbonne, vous donnent rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du Master et de l'association. Cette semaine, dernier retour sur une de nos tables rondes du 6 avril dernier, tenues lors des Portes ouvertes du Master.

 

Cette rencontre abordait le sujet de l'écriture et de la production de la série. Sous la médiation de Jean-Louis Jeannelle, maître de conférence à l'université Paris IV, trois scénaristes travaillant sur le projet de la mini-série Un écho (prochainement sur Arte) – Florent Meyer, Frédéric Azémar et Quoc Dang Tran –, et Louise Barnathan, productrice de Un écho chez Phares et Balises ont partagé avec nous leur expérience.

 

Qu'est-ce qu'être scénariste ?

 

Aux premiers abords, le métier de scénariste ne semble pas facile à atteindre : il n'existe aucun statut officiel en France, et la profession n'est pas toujours clémente avec les nouveaux auteurs. Quand on débute, Frédéric Azémar explique qu'il est important de se présenter comme scénariste, même si on n'a pas encore signé de contrat. « Pour devenir scénariste, il faut avoir écrit un scénario ! Il n'y a pas de carte professionnelle, il suffit d'écrire et de se proclamer scénariste» L'envie d'écrire est donc le critère essentiel : il n'y a pas de barrière, pas de formation incontournable, tout le monde peut y arriver.

 

Le scénariste a un statut d'artiste-auteur très précaire, il ne touche de l'argent que quand il travaille, (contrairement aux intermittents) et il est fréquent qu'un scénariste se fasse écarter d'un projet à n'importe quel moment. C'est un métier qui devient de plus en plus confortable au fur et à mesure que l'on prend de l'expérience, et que l'on agrandit son réseau. 

 

 


 

 

Les intervenants insistent : « dans cette profession, on est avant tout autodidactes ! » Raconter des histoires, divertir, créer des émotions… c'est un des moteurs primordiaux qui anime les auteurs. Quoc Dang Tran qualifie même la profession de scénariste comme un métier d'utilité publique.

 

Les particularités de l'écriture scénaristiques

 

Le scénario est un style littéraire que beaucoup qualifient d'aride : il ressemble un peu à un texte de théâtre, qui nécessite de se construire un univers mental. C'est un texte formel, avec des règles et une structure strictes. La plupart des scénaristes venant de formation littéraire sont habitués au style littéraire et leurs scénarios sont donc souvent trop nourris, alors qu'ils doivent être secs et précis : aucune intériorité des personnages n'est tolérée, pas même la connaissance de leur passé, etc. « Les Américains ont de très bonnes institutions pour apprendre ça, c'est pour ça qu'ils sont bons. En France, c'est encore peu installé : on a 20 ans de retard sur eux ! », explique Quoc Dang Tran.

 

Ces règles à respecter peuvent néanmoins freiner la créativité. Les intervenants défendent donc aussi une pratique d'une légère « sur-écriture » comme moyen d'imposer son style et d'être bien compris par l'équipe du film. « Tout ce qu'on ajoute au scénario et qui ne sera pas visible à l'écran, enrichit l'univers que l'on crée, et donc le film ». Florent Meyer explique que, par exemple, si un scénariste a des désirs quant à l'univers du film, quant au décor… il doit les communiquer. Il faut que les intentions du scénariste soient claires, mais aussi que les relations soient saines entre les membres de l'équipe. « On est les premiers maillons de la chaîne, mais on est souvent considérés comme les derniers ! », déplorent les trois scénaristes.

 

Être scénariste, c'est aussi savoir « pitcher » – résumer en quelques phrases de quoi parle l'histoire. Il est primordial de savoir transmettre les informations essentielles de manière courte et efficace. Pour Quoc Dang Tran, « le pitch, c'est du speed dating ! Il faut montrer qu'on vaut le coup, provoquer le coup de foudre et avoir le sens de la narration. » 

 

Le rôle du producteur

 

Pour Louise Barnathan, le producteur doit apporter des conseils, et non des ordres. Elle affirme qu'il y a finalement peu de producteurs qui ne se perçoivent que comme le gérant financier du projet, de même qu'il est rare que les producteurs ne fassent aucune intervention sur le texte. Il arrive cependant qu'ils soient au contraire trop intrusifs, trop envahissants dans le travail des scénaristes, ce qu'elle essaye de ne pas faire. 

 

Sur une vingtaine de projets proposés par les boîtes de production, seulement deux en moyenne vont être conventionnés par une chaîne de télévision… Le rôle du producteur est d'interroger les chaînes sur leur ligne éditoriale, de faire le tri, d'établir une feuille de route et de trouver un projet correspondant aux désirs de la chaîne. Le producteur fait donc le lien entre chaînes et scénaristes. Mais malgré tout, le dialogue ne passe pas toujours bien entre les chaînes et les auteurs. Les chaînes ont leurs propres pressions, et imposent leurs propres règles. Elles peuvent ainsi soumettre des envies particulières, selon les modes et les succès d'audience, en gardant généralement toujours un sens élevé du politiquement correct, et en freinant du même coup les désirs de transgression et d'originalité des auteurs.

 

Par exemple, la commission de France Télévisions surveille de près la place des minorités dans les fictions. Ainsi, dans Un village français, dont l'histoire se passe durant la Seconde Guerre mondiale, il fallait absolument que les scénaristes intègrent un personnage noir, alors que le contexte ne s'y prêtait pas du tout… Les quatre invités déplorent donc la frilosité et le politiquement correct appliqué par les chaînes de télé, tout en gardant espoir que cela évolue.

 

Une profession qui unit ses forces

 

L'atelier de scénario est une méthode d'écriture collective très efficace, où scénaristes et producteurs avancent ensemble. Cette nouvelle habitude de travail est surtout employée par la jeune génération de scénaristes, qui a tendance à conjuguer ses forces en contexte de crise. De fait, « c'est un réel gain de temps et d'énergie », selon Louise Barnathan. Florent Meyer ajoute : « Notre génération a beaucoup plus envie de travailler en collectif que la génération d'avant, qui est plus à l'image de l'auteur solitaire sous sa mansarde. » Pour Un écho, les trois scénaristes et la productrice ont donc travaillé ensemble de manière beaucoup plus productive que s'ils l'avaient fait seuls. 

 

Frédéric Azémar confirme que lorsque l'écriture du projet Odysseus, autre mini-série, a été lancée il savait qu'il lui fallait travailler en atelier, car il s'agissait d'un gros projet. Il a donc choisi plusieurs scénaristes, et en six mois, les séquenciers des six épisodes prévus à l'origine étaient prêts. Florent Meyer raconte son passage dans l'atelier d'écriture de Plus belle la vie, « un des rares cas en France d'écriture industrialisée » : « Une équipe écrit les histoires tandis qu'une autre s'occupe des dialogues. Ce qui donne cinq épisodes par semaine ! » 

 

Pour unir leur force, les trois scénaristes présents ont aussi fait le choix d'intégrer un collectif de scénaristes : Le SAS.Constatant que les scénaristes passent leur temps à se plaindre de leur condition, quelques auteurs ont décidé, en 2007, de se regrouper dans un collectif qui compte aujourd'hui une quinzaine de membres. Basé sur le principe de compagnonnage, ils apprennent mutuellement, s'entraident, se conseillent, invitent des intervenants extérieurs… Sorte d'auto-formation continue, Le SAS permet ainsi de s'ouvrir sur d'autres domaines. Parce qu'un scénario est basé sur la matière humaine, il faut s'enrichir constamment, s'ouvrir au monde, partager ses connaissances, ce qui permet le développement de nouveaux projets.

 

Bientôt en ligne sur notre chaîne Youtube, vous pourrez retrouver les trois tables rondes de nos Portes ouvertes !

À la semaine prochaine pour une nouvelle chronique.