Des héros infaillibles, pour une Romance venue du Québec

Clément Solym - 01.10.2012

Reportage - Marie Potvin - livers numériques - saga


Marie Potvin a une production impressionnante, mais pour aborder son univers, rien de mieux que de commencer par la série Les Héros, ça s'trompe jamais, une fresque sentimentale et bourrée d'humour, proposée chez Numeriklivres. Depuis la fin juin, le dernier opus est disponible, et il fallait bien plonger dans cette aventure pour trouver du nouveau. La romance québécoise, de ce côté-ci de l'Atlantique, ça vous avait des charmes indicibles auxquels personne n'a souhaité résister. 

 

Le format est assez intéressant, en soit : 99 centimes, pour 45 minutes de lecture garanties. Mais surtout, ne vous arrêtez pas à ce premier volume, « c'est avec le temps que les personnages gagnent en profondeur », assure Marie. Mais avant de se plonger dans la saga, évoquons ce premier épisode. Il tourne autour des frères Grondin, Max, Philippe et Sylvain, mais c'est avant tout une histoire de jeune femme sentimentale et sensible qui rejaillit, au milieu de ces histoires d'hommes, voire de mâles bien campés dans leurs attitudes.

 

Et plus particulièrement, c'est la figure de Sophie qui nous retient, toute mijorée, peut-être, mais avant tout très attachante. D'ailleurs, Marie ne cache rien de ces femmes, qui la cachent toutes un peu. « Évidemment, dans chacune d'elles, se retrouvent un peu de ma personnalité, mes expériences, mon vécu, le genre de réaction que j'aurais moi-même devant leurs situations. J'ai eu un plaisir fou à me diviser en plusieurs parcelles pour les faire interagir en groupe entier. Ce qui me distingue, en réalité est que j'ai beaucoup plus de vécu que ces personnages, ils représentent pour moi un peu mon passé, ma jeune vie adulte. »

 

Et pas question de parler d'autofiction pour autant : rien n'est issu d'événements réels ou susceptibles d'être arrivés. Alors, oui, les appartements, ou les lieux, ne sont pas étrangers à la vie de l'auteure, ou peut-être a-t-elle emprunté à des amies de Montréal, des endroits que fréquentent ses personnages, mais rien de plus. Pourtant, ce qui est certain, c'est que les différentes femmes qui peuplent le récit et ses différents tomes, sont des femmes modernes. 

 

 

Marie Potvin

 

 

« L'une qui se bat pour survivre sans diplôme, l'autre qui prend des contrats, qui évite de sortir, qui fuit les hommes, l'autre qui fait carrément semblant que son couple reflète le summum du bonheur alors que tout n'est que mascarade pour sauver les apparences. Mes histoires sont placées au Québec, les personnages ont des vues bien du Québec, toutefois, c'est un monde un peu à part, loin des réalités de la vraie vie. Nous sommes dans la romance, le rêve, ne l'oublions pas. Si je m'étais attardée à fidéliser l'histoire à la réalité pure et brute de notre société, il n'y aurait peut-être pas eu lieu de parler de romance... » (rires)

 

Des femmes si vraies et si fictives

 

De quoi décliner des personnages complexes, au travers d'une figure féminine multiple. Et peu importe l'origine de ces femmes, elles se retrouvent toutes dans des êtres réels, autant que les femmes vont pouvoir s'y identifier. 

 

« Je travaille avec des concepts où nous avons des jeunes adultes en âge de "procréer" pour qui il est temps de trouver son partenaire. Encore beaux, sexy et pleins d'hormones, évidemment, ils cherchent le meilleur de tout, et dans tout. Les femmes comme les hommes. Le débat pourrait être riche en argumentations sur ce qu'est la femme moderne et comment elle se place dans notre société malgré ses rêves de petite fille, son complexe de Cendrillon, etc. Mon travail, dans ce contexte, est celui de faire tomber les barrières de la logique ou de l'acceptable pour aller dans un monde où le divertissement est à l'honneur. On aime rêver quoi... » 

 

Or, la veine Romance, c'est un laboratoire à expérimentations sentimentales. Si le genre peut rebuter - quitte à n'en avoir jamais lu - une partie des lecteurs, il n'en réclame pas moins de structurer non seulement les personnages, mais également leurs aventures.  

 

« Les héros, tout en restant attirants, ne peuvent pas être parfaits. Les filles, tout en restant féminines, ne peuvent pas être des victimes sauvées par leur prince. Il faut aussi donner matière à comprendre l'émoi entre les personnages. Oui, il y a des coups de foudre, de la magie, mais ensuite, il y a un jeu qui se développe pour en arriver à une finale digne de ce nom. J'aime appeler ce jeu un tango, un "avance-recule" qui capte l'attention du lecteur (lectrice) et qui me garde moi-même en alerte tout au long de l'écriture. En même temps, il ne faut pas tomber dans la redondance, il faut voir une évolution, faire grandir l'émoi. C'est un art en soi, ça prend beaucoup de travail. » 

 

Saisir le pouls du lectorat efficacement

 

L'autre pan de ces livres, c'est leur commercialisation, par la voie numérique. Et l'inévitable piratage auquel l'auteur fait face. Selon son éditeur, c'est un succès commercial, autant qu'il est plébiscité sur les réseaux de partage. Une réalité du marché, pour les auteurs numériques, en premier plan, mais pour tous ceux dont les oeuvres sont également numérisées. Marie garde espoir, sur ces questions

 

« Avec les formats faciles d'accès par leur prix plus que confortables qu'offre Numériklivres, j'ose espérer que la culture de l'honnêteté chez l'acheteur soit préservée. Les lecteurs qui saisissent l'importance du droit d'auteur comprennent aussi qu'en ne supportant pas l'artisan de leur lecture favorite, celle-ci sera plus rare. C'est un cercle vicieux. J'espère aussi qu'un jour, une plateforme sera développée avec la solution miracle qui donnera autant à l'auteur, l'éditeur et le public leur part de justice. »

 

Et c'est dans la création numérique, justement, Marie a trouvé son tempo. Un nouveau rapport au temps, plus rapide, à l'efficacité pour l'auteur, mais également dans l'accès aux textes pour les auteurs. « Le numérique permet de saisir le pouls du lectorat efficacement. Avec toute cette information qui me vient des blogueurs, lecteurs, autant par email, Facebook que Twitter, je sais ce qui plaît presque quotidiennement. Je n'ai pas à attendre des mois après la complétion d'un ouvrage pour savoir si une "suite" est souhaitable ou non. On peut rapidement savoir ce qui est dans l'air du temps présent. »