Des liens entre cinéma et littérature : du livre au film, parole d'étudiant

Association Effervescence - 30.07.2014

Reportage - cinéma livre - littérature édition - étudiants promotion


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association. 

 

Cette semaine, Caroline, étudiante de l'option Audiovisuel du master, a rencontré et interrogé Guillaume, nouvellement admis dans le même cursus. 

 

Ça y est, la nouvelle promotion est officiellement constituée ! L'occasion parfaite pour dresser le portrait de l'un des nouveaux élèves. Et puisque vous entendez beaucoup parler des Uchroniques depuis des mois, faisons un peu de place à l'option Audiovisuel. Quels profils abrite-t-elle ? Quels parcours ? Quelles ambitions ? Quelles motivations ? Au travers de l'interview de Guillaume, découvrez d'un peu plus près les étudiants du master Audiovisuel. 

 

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Pourrais-tu nous présenter ton parcours scolaire et, éventuellement, professionnel ?

 

Je suis né et j'ai grandi dans le 19e arrondissement de Paris. Je suis profondément amoureux de ma ville malgré ses nombreux reproches mérités. 

 

Ne suivant que mon goût pour la lecture et le cinéma, j'ai entamé après un baccalauréat littéraire une licence de lettres modernes, parcours Cinéma, à l'université Sorbonne Nouvelle-Paris III. Après trois ans d'une approche théorique, j'ai ressenti le besoin d'aborder plus concrètement les débouchés dans le milieu du cinéma. C'est pourquoi, l'année dernière, je me suis inscrit en master 1 Lettres modernes appliquées à Paris-Sorbonne.

 

Pour mon second semestre de master 1, j'ai effectué un stage à la Maison du Film court, un lieu qui aide les passionnés de cinéma à réaliser leur projet. Une expérience que je conseille à tous ceux qui souhaitent améliorer leur compétence dans le scénario, mais aussi découvrir l'univers particulier du court-métrage. 

 

Suite à ce stage, je suis devenu lecteur. Tous les mois, je reçois des scénarios pour ensuite en rendre compte lors de comités de lecture. Lire de nombreux projets, plonger dans des univers variés de plusieurs genres permet de mieux juger ses propres productions. 

 

Un second stage dans une maison de production réputée, Midi-Minuit, m'a fait entrevoir le monde de la production dans sa diversité, des tâches les plus ingrates (standardiste, coursier, déménageur…) aux plus passionnantes : la lecture de scénario et le tournage.

 

Des activités en dehors du cadre scolaire ?

 

Ces années m'ont permis de suivre de nombreuses master classes et stages d'écriture, mais surtout de m'investir dans deux associations. Premièrement le MIAA, Mouvement des intermittents d'aide aux autres. On y cuisine et distribue des repas aux sans-abri. Conçu par et pour des intermittents, l'association est parfaitement compatible avec mes horaires d'étudiant. Sans apporter de compétences concrètes, ce genre d'expérience est revigorant et enrichissant à titre personnel ; donner du temps aux plus démunis apporte beaucoup. 

 

Ensuite, j'ai eu la chance de pouvoir participer à l'élaboration d'un journal étudiant, Nouvelles Vagues. Cela m'a permis d'écrire vite, de travailler ma rédaction et surtout de rencontrer d'autres étudiants aimant écrire. 

 

Enfin, j'ai rejoint cette année une association de scénaristes très dynamique, Séquence 7, qui permet surtout d'échanger et débattre entre aspirants scénaristes. Je n'ai pas eu le temps de m'y investir autant que je le souhaitais jusqu'à présent, mais je compte bien y remédier dès septembre. 

 

Quelles sont les raisons pour lesquelles tu as choisi cette formation et qu'en attends-tu ?

 

Comme je n'envisageais pas une carrière dans l'enseignement ni dans la recherche, j'ai réalisé qu'un master « classique » dans les lettres ou l'audiovisuel ne me correspondait pas. Davantage que le commentaire et l'intellectualisation, je suis attiré par la création, par le fait de mener à bien des projets et de répondre à des commandes.

 

J'espère, cette année, acquérir toujours plus d'expériences pour rendre mon écriture efficace, rencontrer des professionnels aux parcours variés et, surtout, faire partie d'une promotion, chose impossible en licence. 

 

As-tu des projets personnels que tu mènes sur ton temps libre ?

 

Des scénarios, bien sûr, plus ou moins avancés, en particulier deux projets de courts-métrages plus concrets qui devraient, si tout se passe bien, être finalisés cet été. Sinon, j'écris depuis plusieurs années un roman dont l'un des objectifs serait de résister à toute adaptation cinématographique. Je ne sais pas si le projet sera lisible un jour, mais c'est un travail qui me plaît et que je prends beaucoup de plaisir à travailler régulièrement. 

 

Quelles sont les choses ou les personnes qui t'influencent le plus dans ton travail ? 

 

L'air du temps, mes lectures, mes quelques amis, mon amie, les histoires, les anecdotes racontées. Je suis attentif aux façons dont on peut mettre en scène… Je suis un très mauvais confident : j'ai tendance à ensuite exagérer tout ce que l'on me raconte. Aussi, j'aime beaucoup flâner dans Paris, profiter du spectacle de la rue. D'un point de vue plus concret : Dark Vador pour son élégance certaine, le Capitaine Crochet pour sa détermination et l'Alien pour son sens de la famille. 

 

Que mettrais-tu dans ta « médiathèque imaginaire » ?

 

On a tous quelques œuvres fétiches qui nous accompagnent, bien que notre panthéon personnel évolue au fil du temps. Si j'avais une médiathèque imaginaire, je souhaiterais qu'elle soit avant tout remplie d'œuvres inconnues, de romans surprenants, de films improbables, de tableaux lumineux, sans oublier les jeux vidéo chronophages, bien évidemment…

 

En quoi le cinéma est-il, selon toi, important ?

 

J'ai arrêté les études de cinéma au niveau de la licence, donc je ne saurais pas décrire tout l'impact du cinéma. Mais un art qui a compris aussi vite et aussi efficacement comment jouer avec nos émotions offre des possibilités infinies. Toutes ces histoires et toutes ces images nous offrent à l'échelle personnelle et collective des expériences variées, du pur divertissement au drame. Je dirais que le cinéma est important par l'ouverture qu'il permet sur les différentes réalités de nos sociétés, en suscitant chez le spectateur des émotions complexes.

 

Pourrais-tu nous montrer quelques images qui te plaisent et nous expliquer pourquoi ?

 

 


Ma destinée, Victor Hugo, 1867.

 

 

Cette réalisation à l'encre de Victor Hugo me touche particulièrement. Titrée Ma destinée, je ne peux m'empêcher d'y voir à la fois une représentation de sa vie et de son œuvre, une vague majestueuse dans la tempête, comme conscient de l'importance de sa littérature, et symbole certain de l'éphémère. Bien que toute-puissante, la vague est déjà sur le point de disparaître à l'instant suivant. Une métaphore, peut-être, de la création en général. Comme une montée en puissance des sens dont la destinée est de s'écrouler…

 

Une autre image impressionnante : la célèbre photographie de Jeff Widener de Tian'anmen, pour Associated Press. En plein dans les manifestations étudiantes de 1989 en république populaire de Chine, alors qu'une colonne de chars se dirige vers la fameuse place Tian'anmen, un homme s'interpose, ses sacs de course à la main. Il va ralentir les chars pendant plusieurs minutes. Cette frêle silhouette incarne, à ce moment, toutes les luttes pour la liberté : oser se dresser et dire non. Malgré les terribles événements qu'elle rappelle, cette image est pleine d'espoir. Elle permet de ne pas oublier qu'on ne vit pas dans un monde fait uniquement de culture, mais aussi de luttes.

 

 

New York Movie, Edward Hopper, 1939

 

Les toiles d'Edward Hopper nous plongent dans une atmosphère si dense que l'on éprouve souvent l'envie d'écrire ce qui s'est passé avant, ou de filmer ce qui se passera après, grâce à un équilibre complexe entre ce qui est suggéré et ce qui est montré. Nous voyons les dorures et le faste de ce théâtre et, pourtant, il nous échappe, car les spectateurs sont dans la pénombre devant un film impossible à identifier. L'hôtesse, elle, est bien présente, grande dans son costume avec ses beaux escarpins, blonde sous la lumière, mais ses yeux sont invisibles ; il est impossible de savoir à quoi elle pense. Une véritable invitation du peintre à venir habiter son tableau. 

 

 

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Un grand merci à Caroline et à Guillaume pour avoir ouvert le rideau sur l'univers et les objectifs d'un apprenti scénariste !

 

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À mardi prochain !