Du chemin de fer papier à l'édition numérique : parcours d'un livre

Association Effervescence - 28.01.2014

Reportage - création d'un livre - dépense budgétaire - interaction


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du Master Édition et Audiovisuel de Paris IV-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association.

 

Cette semaine, nous faisons le bilan des problèmes rencontrés lors de l'élaboration de notre ouvrage.

 

Souvenez-vous : jusqu'aux vacances de Noël, la promotion Édition se réunissait régulièrement en comité éditorial, afin de débattre sur les textes et images qui nous sont parvenus au cours du mois de novembre. Après des heures de discussion, tantôt sereines, tantôt âpres, les Uchroniques sont parvenus à faire le tri parmi les 92 contributions reçues : l'ouvrage de la promotion 2013/2014 comptera au final 62 productions littéraires et plastiques. Comme prévu, un équilibre a pu être trouvé entre ces deux types de contribution.

 

Depuis, notre décision a été communiquée aux auteurs et le travail a pu commencer. Non sans les aléas habituels qui viennent perturber, ou du moins remettre en question, le déroulement de nos activités.

 

Établir un chemin de fer qui tienne la route

 

La première étape nécessaire à l'établissement d'un chemin de fer est le calibrage très précis des textes et images destinés à intégrer l'ouvrage. Pour déterminer le plus rigoureusement possible la place qu'occupera chaque production au sein du recueil, le pôle de direction artistique doit tenir compte de deux choses : d'une part, des contributions encore vierges de tout re-travail, et d'autre part, de la somme des modifications que chaque éditeur compte soumettre à ses auteurs. Mais ce n'est pas chose aisée, en particulier en ce qui concerne les textes. Car en fonction de leur genre (nouvelle, poème, coupure de presse...), ils bénéficieront d'une mise en page spécifique : ainsi les nouvelles s'ouvriront-elles en belle page, et certains articles de journaux pourraient bien apparaître dans leur intégralité comme des fac-similés. Au terme de ce travail de fourmi, truffé de chiffres et de blancs typographiques à prendre ou non en compte, les maquettistes nous communiquent le nombre maximal de signes alloué à chaque contribution. À nous de suivre leurs indications lors du travail avec les auteurs. 

 

Mais si les textes courts facilitent leur traitement, les choix typographiques et la conceptualisation de la maquette deviennent déterminants lorsqu'ils courent sur plusieurs pages. « 15.000 signes maximum », précisait notre appel à contribution. La consigne a été respectée, et c'est à nos chargées de fabrication (Adèle et Alice) de s'assurer que tous les textes se coulent heureusement dans la maquette qu'elles ont élaborée. L'importance de ce travail réside notamment dans l'épaisseur escomptée de l'ouvrage. C'est là que nos prévisions d'ordre technique ont été battues en brèche pour la première fois : en effet, le nombre de pages estimé s'est vu doublé ! Une donnée qu'il faudra prendre en compte pour réviser notre budget d'impression.

 

 La constitution d'un chemin de fer requiert toute notre attention, 

ainsi que celle de Jean-Michel Ollé, responsable de l'option Édition.

 

 

La seconde étape pour mettre en place un chemin de fer consiste en l'agencement interne des textes et des images. Notre promotion s'est attelée à la tâche, sous la supervision de Jean-Michel Ollé (chargé de l'option Édition et directeur d'Hachette Livre International). La composition du recueil s'est alors effectuée selon une conception géométrique. En effet, au-delà de la fluidité avec laquelle les textes s'enchaînent, une tonalité doit se dégager de l'ensemble de l'ouvrage. Pour cela, il faut sélectionner les pièces maîtresses de cette cohésion : les première et dernière contributions seront à la base de la structure générale, puis trois textes – trois « climaxes » – serviront de piliers à l'architecture de l'ouvrage. Autant dire qu'il faut nous accorder sur le ton que nous souhaitons donner au recueil.

 

L'édition numérique de l'ouvrage : place à d'autres possibilités ? 

 

L'affaire se corse lorsqu'on aborde la réalisation de l'ouvrage dans son format numérique. On pourrait croire qu'il suffit de transposer tel quel le chemin de fer établi pour la version papier, mais cela ne saurait suffire. En effet, grâce aux possibilités d'enrichissement qu'elle procure, la version dématérialisée de l'ouvrage comportera des bandes vidéo et sonores. Certains de ces enregistrements constituent des contributions à part entière – uniquement destinées à intégrer l'ouvrage numérique –, d'autres seront le résultat d'un traitement qui mettra en scène (ou en musique) la spécificité d'une poignée de textes. Par exemple, des dialogues pourront être enregistrés par des acteurs. Quel que soit leur statut – texte, image, séquence filmée ou extrait radiophonique –, ces nouvelles données pousseront certainement les trois étudiantes du pôle numérique (Marlène, Mélodie et Charlotte) à réviser le chemin de fer de la version papier. 

 

 

 L'une de nos spécialistes web en herbe planche sur l'édition numérique de l'ouvrage.

 

 

Pourtant ce n'est pas là le principal challenge qu'elles doivent relever. Car si la matérialité du livre conditionne une pratique somme toute figée de la lecture, les potentialités du numérique appellent à de nouvelles interactions avec l'ouvrage. Le lecteur tournera-t-il les pages virtuelles comme il a l'habitude de le faire, ou bien devra-t-il manipuler une arborescence plus élaborée ? Se trouvera-t-il face à une simple table des matières, ou face à un planisphère qui l'enverra vers des contenus en quelques clics ? Maîtrisera-t-il totalement le sens de sa lecture ou suivra-t-il un parcours qui crée des liens entre des contributions disparates ? Les possibilités sont multiples. Toute la difficulté est alors dans le dosage. Parce que le degré d'enrichissement seul ne suffit pas à déterminer la qualité d'un livre numérique. Le lecteur doit pouvoir le consulter avec autant d'aisance que de plaisir.

 

De la conception à l'impression : quand le budget nous donne du fil à retordre

 

Comme nous venons de l'évoquer, la version numérique se révèle plus flexible en termes de contenu et d'interactivité avec le lecteur. Elle est également bien plus souple en termes de dépense budgétaire. Le projet de publication implique forcément des limites financières. C'est pourquoi, chaque année, la réalisation numérique de l'ouvrage est confiée aux étudiants. Outre les frais inhérents à la préparation du Salon du livre et à la promotion de l'ouvrage, ce sont donc les coûts de fabrication papier qui engloutissent une bonne partie du budget. 

 

Dès le début de l'année, la promotion estime les frais d'impression en fonction du livre qu'elle souhaite réaliser. Dans notre cas, il s'agit de donner au recueil la tenue d'un beau livre, réunissant les fragments d'auteurs et d'artistes de tous horizons (voir la chronique de présentation du projet 2013/2014). En plus du tirage « traditionnel », des exemplaires aux reliures uniques doivent être spécialement conçues, puis exposées sur notre stand au Salon du livre. Bien sûr, toutes ces prévisions ont un coût, qu'il a fallu adapter aux cordons de la bourse.

 

Encore et toujours des calculs sur devis, sans et avec TVA, on grappille par ici puis par là. L'ambition désenfle. Difficile de réviser un budget sans sacrifier l'image que l'on veut donner à l'ouvrage !

 

Mais au fait, quel est le titre de notre livre ? En attendant de l'apprendre, rendez-vous sur la page Facebook des Uchroniques et sur celle de l'association Effervescence. Vous y trouverez peut-être des indices qui vous mettront sur la voie...

 

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À mardi prochain !