eBookZ 2 : le piratage de livres en France sous surveillance

Clément Solym - 16.07.2010

Reportage - ebooks - piratage - legal


Exclusif : Le 20 octobre 2009, Le MOTif frappait fort, avec une étude EbookZ, portant sur le piratage de livres numériques, où Gilles Deleuze apparaissait comme le plus victime des réseaux internautiques... (en savoir plus)

Moins d'un an après, un prélude à la suite d'Ebookz vient de paraître, sous le vigilant regard de Cécile Moscovitz, réunissant les approches conjointes de Mathais Daval et Rémi Douine. Et elle propose cette fois de passer au crible les différentes plateformes, étudiées entre mai et juin 2010, à travers un échantillon de best-sellers. Premier constat, sur la somme des ouvrages inventoriés, un sur cinq est disponible en téléchargement, légal ou non.

Manque cruel d'offre. Tout court.

« La conclusion est simple : d'un côté, l'offre légale, sur l'ensemble des ouvrages de référence dont nous nous sommes servis, est trop faible et représente très peu, alors que nous avons volontairement choisi des livres issus des classements meilleures ventes. D'autre part, l'offre illégale vient vraiment concurrencer celle des plateformes, et pallier ses manques. Trop de titres sont encore disponibles en version illégale sans que l'on ne trouve leur pendant légal », explique Mathias Daval. Et l'on en revient toujours au même constat, ce qui est piraté ce sont les best qui n'ont pas d'offre légale.

Pour les réseaux choisis, dans l'offre légale, on retrouvera les plus classiques, depuis FNAC, en passant par Virgin, Apple, Lekti-Ecriture, Bibliosurf, et ainsi de suite. Seul Éden Reader pour iPad n'est pas comptabilisé, puisque présenté plus tard. Pour le moment, si les plateformes légales se multiplient, et que l'on en verra d'autres sortir, les catalogues restent humbles. Tous éditeurs confondus, cela représenterait moins de 10 % des titres papier disponibles – entre 60 et 70.000 titres, soit 2,4 % du chiffre d'affaires...

Apporter des outils de compréhension

Sauf que tout cela avance : « Le numérique devient un marché à part entière, et nous sommes entrés dans l'année 1. L'intérêt du MOTif aujourd'hui est d'étudier et donner aux professionnels des outils pour réagir », précise Vincent Monadé, le président. « Il s'agit d'apporter, avec ce cadre de recherches que nous souhaitons mettre en place, qui est quasi opérationnel, des données objectives, avec une visée neutre. »

Dans le cadre des plateformes illégales, l'étude note également plusieurs points : si l'on ne ressent pas d'exclusivité des catalogues – on trouve tout – l'accès à un livre dépend (dans le cadre des réseaux Torrent) à la demande et l'offre. Or, si d'un côté, on peut facilement accéder à un ebook, ce n'est qu'une fois que l'on a pu se rendre sur ces plateformes. Leur caractère illégal les contraint à un minimum de discrétion, sur les moteurs de recherche. Et la pérennité des liens n'est pas toujours assurée, là où FNAC offrira toujours l'achat de l'ebook en question.

Expérimenter, rater, recommencer, rater mieux...

À ce titre, une triple expérience est menée : se procurer un ebook à partir de trois types de site : vente légale, depuis un site grand public (FNAC), depuis un appareil mobile et depuis une plateforme illégale. Le constat est simple. Si depuis Fnac, on peut acheter des livres numériques, on n'est pas encore arrivé au moment de la lecture après avoir payé. Plusieurs étapes sont nécessaires pour y parvenir, rendant l'achat pénible et décourageant l'être bien intentionné. En revanche, le même test sur iBookstore et un site illégal n'offre pas du tout les mêmes contraintes.


À ce titre, l'observatoire du MOTif publiera prochainement une étude sur les comportements des pirates, que ce soient les téléchargeurs ou ceux qui offrent les livres après numérisation. « Notre intention est également de comprendre comment le téléchargement s'effectue, explique Rémi Douine. Nous aimerions déterminer le périmètre d'action et les variations de la demande. Un tel regard croisé sur les usages pourrait montrer comment se pratique le téléchargement illégal, et selon quels critères il réagit. »

Formats et tarifs

A ce jour, l'offre n'est pas vraiment changée : on retrouve toujours le PDF en format principal dans l'offre illégale, bien que l'ePub, souvent issu d'un fichier craqué, se développe. Le PDF représente 20 % en légal, contre 61,6 % en illégal, tandis que le ePub pèse 48,4 % du légal contre 20,6 % de l'illégal. « Leur présence sur les réseaux ne découle encore que d'actes individuels, voire militants », observe Mathias Daval. Alors pour lutter, les vendeurs proposent des alternatives, encore réduites, pour optimiser et valoriser leur offre :
  • Couverture 100 %
  • Sommaire 14,3 %
  • Extrait 71,4 %
  • Feuilletage 67,8 %
Bien des efforts à faire pour donner avancer une offre attractive et plus encore quand on intègre les commentaires (36,7 %), les recommandations (16,7 %) et le paratage d'informations (16,7 %). Tout cela reste encore sous-exploité, et nécessairement à développer pour améliorer l'offre.

Reste enfin la disponibilité des titres : nous évoquions un ouvrage sur cinq, parmi l'échantillon. Au final, 17,3 % des livres du panel sont disponibles en offre légale, contre 27,9 % en offre illégale. C'est d'ailleurs en BD que l'on remarque le plus important écart, avec 10 % des best-sellers en légal, contre 53,3 % en illégal (cette dernière fait d'ailleurs plus cas de téléchargement direct que du peer to peer).

Alors, reste la question du prix. L'écart moyen, note l'étude, est de 18 % entre le prix papier (grand format) et le prix numérique, comme suit
  • Romans 31,4 %
  • Essais 20,3 %
  • Jeunesse + 2,7 %
  • Pratique + 6,2 %
  • BD 47,7 %
Dans le cas du livre de poche, le prix du numérique est inférieur de 6,8 %. Pour Vincent Monadé, seule l'apparition d'un prix unique du livre numérique pourra permettre de fixer l'ensemble de l'industrie. « Je me souviens qu'Alain Absire, l'ancien président de la SGDL estimait que 30 % moins cher pour un fichier homothétique était raisonnable. On a encore une marge de manoeuvre importante là. L'État doit faire vite, parce que les ventes sont conditionnées par cette loi. La commodité du téléchargement illégal découle aussi de ce que l'on fait une offre attractive. Dans tous les sens. » Et surtout permettre aux éditeurs de lutter intelligemment contre le piratage et non en se lançant dans des initiatives qui ne font pas sens.

L'idée reste bien de parvenir à ce que ce monde décolle, confortablement, tout en offrant le meilleur confort pour les utilisateurs... Rendez-vous en septembre pour tout savoir de leurs conclusions.


Ce prélude à l'étude sera à retrouver dans son intégralité samedi 17 juillet
sur le site du MOTif