Entre libraires et bibliothécaires, une communication essentielle

Clément Solym - 25.08.2010

Reportage - bibliotheques - vente - achat


Le gouvernement et la Fill ont mené récemment une étude sur l'impact de la loi de 2003 modifiant la loi Lang en ce qui concerne la vente de livres aux bibliothèques. Il faut savoir qu'avant cette loi, le prix unique du livre ne s'appliquait pas pour les achats des bibliothèques. Leurs fournisseurs, librairies ou grossistes pouvaient donc appliquer le rabais qu'ils souhaitaient sur le prix des livres.

Évidemment, les grossistes mieux structurés et avec une trésorerie plus souple que les librairies se taillaient la part du lion. La loi de 2003 a imposé une régulation pour garantir une certaine égalité dans l'accès aux marchés publics que représentent les achats de bibliothèques. Ainsi, il a été fixé un plafond maximal au rabais sur le prix des livres pour les bibliothèques, de 9 %.

L'étude menée par la Fill et le ministère démontre qu'effectivement cette loi a permis une plus grande égalité pour aux marchés d'achats de livres des bibliothèques. (voir notre actualité). Et finalement, les librairies détiennent désormais les 2/3 des parts de marché et les grossistes seulement 1/3. Cela dit l'étude indique qu'il y aurait encore quelques points à revoir. L'occasion de rencontrer Patrick Volpilhac (le président de l'ARPEL et de la Fill) et Mathilde Rimaud (responsable pôle économie du livre et de la musique pour l'Ecla) au siège de l'Ecla à Bègles (Aquitaine).

La difficulté d'un appel d'offre

Tout d'abord, Patrick Volpilhac a tenu à préciser que l'étude portait « sur l'accessibilité au marché d'achat et non sur la rentabilité pour les librairies indépendantes ». Un point important, car même si les librairies indépendantes peuvent répondre aux appels d'offres et être sélectionnées l'affaire n'est pas « pour autant très rentable ». Le problème se pose surtout pour les petites librairies indépendantes qui ne possèdent par exemple pas une branche dédiée aux collectivités et qui peuvent être amenées à mettre en place des services pour pouvoir proposer une offre compétitive. Sans compter, le personnel mobilisé pour pouvoir proposer une offre et la gérer si elle est sélectionnée.


Tout cela n'a pas été analysé par l'étude, mais pourrait être prochainement le sujet d'une autre étude. Si ce n'est au niveau national, du moins au niveau de l'Ecla explique Patrick Volpilhac. Les modalités d'une telle étude semblent encore loin d'être fixées, tellement il y a de paramètres à prendre en compte, mais l'idée de la réaliser est sérieusement envisagée.

Loi de 2003, inévitable

Revenons sur l'accessibilité aux marchés d'achat de livres des bibliothèques. Un travail que le président de la Fill a voulu qualitatif avec un parti pris en faveur des librairies. Selon lui, soutenir la librairie indépendante est une des vocations des agences pour le livre. Cela dit, les remontées des bibliothécaires comme celles des libraires ont été prises en compte. Il s'agissait aussi de jauger de la cohérence des politiques publiques. « Vous ne pouvez pas prendre une série de mesures pour soutenir les bibliothèques et en faisant cela pénaliser un autre acteur de la chaîne du livre ». D'où la loi de 2003. Et les résultats semblent être plutôt positifs (bien qu'il n'y ait aucun point de comparaison avec l'état de ce marché avant la loi).

Question d'argent, le reste n'est que littérature

Le président de la Fill va même plus loin pourquoi pas appliquer purement et simplement la loi Lang (avec donc un maximum de réduction de 5 %). Il s'interroge sur la pertinence d'offrir une plus grande réduction à une institution. Après tout, elle est là pour soutenir la lecture et donc devrait préserver les acteurs de la chaîne du livre. Soit. Cela dit le combat pour l'obtention d'un marché d'achat ne se porte plus véritablement sur le prix des livres, mais sur les services. Avec la loi de 2003, on n'est plus dans un marché classique où la meilleure offre est souvent celle du meilleur prix, mais sur un marché où la meilleure offre se mesure sur d'autres critères (services, rapidité, préservation de la bibliodiversité, catalogue en ligne, possibilité de faire les commandes en ligne...).

Et c'est là que les petites librairies indépendantes de proximité se font souvent distancer et parfois par des grosses librairies indépendantes aussi mais se trouvant à l'autre bout de la France. Le problème c'est que les petites librairies de proximités (principalement celle des petites villes) ne sont pas habituées à être dans un milieu très compétitif. Et certains libraires estiment que la proximité fait tout. Or, il n'en est rien. Un manque de communication entre libraires de proximité et bibliothécaires peut mener à ce que l'offre du premier soit refusée par le second. De plus, les libraires dont l'offre a été refusée ne cherchent pas assez à comprendre pourquoi (alors qu'ils peuvent avoir accès à leur notation et à celle de leurs concurrents). En un mot, la communication entre les professionnels des différentes branches est nécessaire.

Parvenir à concilier les univers

C'est l'une des préconisations de l'étude, mais c'est aussi une des missions des agences pour le livre nous rappelle, Patrick Volpilhac. Un dialogue qui a aussi conduit les bibliothécaires à connaître et comprendre la position délicate (financièrement) des libraires et à accepter bien plus facilement la loi de 2003 les privant de rabais conséquent. Et pourtant en ces temps de crise, où les budgets des bibliothèques sont réduits on aurait pu s'attendre à quelques contestations. Selon Patrick Volpilhac, il n'en est rien.

Dernier point important pour réduire les inégalités entre petites et grosses librairies indépendantes, mieux structurer, mieux cadrer, les offres. Un travail qui pourrait être réalisé au niveau du syndicat de la librairie française (SLF) d'ailleurs Patrick Volpilhac en a déjà touché deux mots à son président. Selon le président de la Fill, cet effort de structuration peut d'ailleurs aussi être fait du côté des bibliothèques.