Épidémie de zombies chez Madame Bovary : classique, la littérature ?

Nicolas Gary - 02.05.2018

Reportage - Madame Bovary zombies - Germinal aliens marxisme - misérables supers pouvoirs


Scénariste, Ronan Le Breton a démarré sa carrière avec Les contes du Korrigan, où matière de Bretagne et imaginaires celtiques se mêlaient. Depuis, il s’est lancé dans le monde vidéoludique et travaille sur l’écriture à l’école des Gobelins. Pour son dernier projet, il s’est tourné vers les classiques de la littérature française. Avec un soupçon d’espièglerie...

 



 

Au commencement était le Verbe. Puis le verbe s’est fait chair. La chair est morte, puis elle s’est décomposée... et advint alors le royaume des morts-vivants. C’est presque aussi simplement que Ronan Le Breton a initié son projet littéraire de réécriture de classiques. « À l’époque, j’avais envie d’un projet qui puisse s’inscrire dans ce que le Labo de l’édition propose, pour une résidence d’écriture », se souvient-il.

 

Le désir de mêler cocréation, écriture partagée, et en même temps « être dans quelque chose d’assez ouvert pour que cela puisse se prêter à des ateliers ou des collaborations ». Une brèche s’est alors ouverte, où l’auteur s’est engouffré : « La réécriture de classiques, revisités façon littérature de genre, voire série Z, se sont démocratisés depuis Orgueil, préjugé et zombies de Seth Grahame Smith. »

 

Et le panel des genres ne manquait pas : science-fiction, dystopie, zombies, horreur, vampires, les possibilités sont vastes. « Il n’y a que la romance que je ne voulais pas vraiment aborder... par manque d’affinités », plaisante-t-il.
 

En septembre 2014, Belfond avait tenté l’aventure, en s’emparant de quelques classiques, revisités à la sauce Brian de Palma, mais sans pour autant verser dans la littérature de genre ni s’aventurer trop loin dans la parodie. Plutôt des classiques revisités que de véritables expérimentations littéraires.

 

Pulp Littérature remix : en avant la musique
 

Depuis janvier, il mène ainsi sa barque sur Wattpad, avec un concept Pulp Littérature Remix : chaque semaine un nouveau chapitre ajouté dans le cadre de cette résidence numérique. 

 

Le tout premier fut Madame Bovary, devenue sous le clavier, Malaria Bovary. « Pour le coup, je pensais introduire des vampires, certainement une idée trop immédiate du fait de ce lien entre la dimension sexuelle, du désir et des créatures de la nuit. Finalement, les zombies se sont imposés, d’abord parce qu’ils sont populaires et actuels. »

 

Introduire une épidémie de zombies dans le roman de Flaubert s’est changé « en exercice de style, avec une contrainte forte, parce que c’était loin d’être évident ». 

 

C’est l’histoire d’Emma Bovary. Emma la bourgeoise de province qui s’ennuie terriblement dans son couple, sa famille. Elle s’ennuie, mais elle s’ennuie... Jusqu’au jour où une catastrophe de fin du monde s’abat sur son pays normand : une épidémie de fièvre zombie ! Enfin, il se passe quelque chose d’extraordinaire dans la vie d’Emma. Alors que la mort n’a jamais été aussi proche d’elle, Emma se sent (re) vivre au milieu de ce carnaval de morts vivants ! Emma va-t-elle pouvoir enfin échapper à l’ennui ? Au mariage ? À la mort ? À la pandémie ? (Retrouver sur Wattpad)

 

 

Le suivant est venu plus spontanément : Germinal, d’Emile Zola, propulsé dans l’espace intersidéral. « Là encore, la première idée à jaillir c’est de mettre des aliens, façon James Cameron ou David Fincher, les films 2 et 3 de la série. Le côté boyaux de mineurs était cependant trop évident. Pourtant, je voulais conserver la part SF et les extraterrestres. »

 

Ces derniers ne sont alors intervenus qu’au second plan, et surtout, avec un comportement nettement plus sympathique : ils viennent de la planète Marx. Germinal No Future venait de voir le jour. « La grande différence avec Emma Bovary, qui demeurait dans sa propre époque, c’est qu’il a fallu multiplier les adaptations, la retransposition et se délocaliser de la Terre. Tout à la fois exotiser le contexte, trouver un langage spécifique et dépayser toute la narration. »

 

Rétrogradé au rang d’ouvrier et expédié sur le site de Montsou VI, satellite de la planète Germinal, Étienne, ancien mécano de Cargo Sidéral réalise qu’on l’a expédié en enfer. Sur Montsou VI, l’air est sec et irrespirable, rien ne pousse et il n’y a rien à faire là-bas. Rien à part creuser le sous-sol pour en extraire le carbonium 314 : le diamant noir. 

Étienne comprend qu’on l’a condamné à rejoindre la cohorte des damnés de l’espace. Ceux qui ont perdu le droit de vivre parmi les Hommes, à la surface. Ceux qui ont tout sacrifié sans rien obtenir en retour. Ceux qu’on envoie affronter les ténèbres et la mort afin d’enrichir Les compagnies du Grand Capital... 

Étienne va-t-il mourir à plusieurs kilomètres sous terre ? Ou va-t-il trouver un moyen de s’enfuir de ce maudit caillou ? (retrouver sur Wattpad)

 

 

Pour aboutir à tout cela, il a fallu se replonger dans les livres originaux, et même revoir le film de Claude Berri pour Germinal. « J’ai refait des découpages par plan, quelque chose de très scolaire, avant de m’en écarter en introduisant ces mutations littéraires. Mais l’enjeu est de suivre la trame, les personnages, et, en dépit du décalage induit, préserver l’histoire originale. »

 

Mais quel pied, assure-t-il, sans verser dans la dystopie, que de « préserver le propos politique et social de Zola, dans un space opera avec un clivage fort entre ceux qui n’ont rien et les autres ».
 

zombie
Z, le super ennemi de Jean Valjean ? wing_clipper, CC BY 2.0

 

Flaubert, Zola... ne manquait que Victor Hugo

 

Le troisième titre sera le plus volumineux : Les misérables, dopés aux super pouvoirs. « Là, pour le coup, j’hésitais. Comme ma résidence d’auteur était orientée dans le travail avec des classes de secondes, et qu’il fallait évoquer des textes du réalisme et du naturalisme... » Bon, Les Misérables n’était pas dans le créneau, mais le coup était trop tentant. « Normalement, c’est tout de même un livre avec lequel on cale des bibliothèques : j’ai préféré ne prendre que quelques séquences fortes, où les personnages sortent sous leur meilleur jour. »

 

Le projet se poursuit donc, et une fois conclu, aboutira certainement à une commercialisation numérique et POD, « parce que je n’ai pas envie de passer par un processus d’édition. C’est véritablement de l’expérimentation littéraire, autant qu’un support pour des ateliers en classe ». Ce qui n’empêchera pas les livres de contenir des séquences inédites, des enrichissements, et ainsi de suite. « Il y aura des documents de propagande, des fiches comptables pour Germinal, et des éléments sur l’origine de l’épidémie et le background pour Bovary. »

 

C’est courant mai que l’on pourra suivre sur Wattpad les aventures des Misérables. « Le principal désavantage, c’est que la plateforme manque d’efficacité : même si je suis pleinement dans le principe de la fanfiction, le gros des internautes n’est pas là pour lire. C’est plutôt la chasse aux likes, me semble-t-il. »

 

Dans tous les cas, « rien de toute cela n’aurait été possible sans le soutien de la Région Île-de-France, qui m’a aidé à faire aboutir ce projet auquel je tiens beaucoup. Et le Labo de l’éditio qui m’a accompagné dans ce travail de création ».




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