France : La bibliothèque Kindle, nourrie d'auteurs indépendants

Clément Solym - 23.11.2012

Reportage - Amazon France - Kindle Fire - bibliothèque


Amazon vient de lancer sa tablette, le Kindle Fire en France, et avec lui, un service particulièrement intéressant : la bibliothèque de prêt d'ebooks. Une exclusivité de l'Américain, lancée début novembre 2011 aux États-Unis. Alors que les établissements publics se retrouvent confrontés à des conditions commerciales lourdes, imposées par des éditeurs qui perdent pied, l'offre de prêt d'ebook constitue clairement une force supplémentaire. Le marchand semble avoir très bien compris ce que désignait une « offre légale attractive », contrairement à d'autres.

 

 

Ancienne de la Fnac, Marie-Pierre Sangouard est aujourd'hui directrice des contenus livre Kindle, en charge du développement de la partie ebook et des relations avec les éditeurs pour Amazon : elle a accepté de répondre à plusieurs questions de ActuaLitté. 

 

Et une bibliothèque de prête !

 

Car à la réception du Kindle Fire HD, hier, à la rédaction, et la connexion du compte Amazon à l'appareil, un premier mail est parvenu, soulignant que pour l'achat du Kindle Fire, un mois complet de services Amazon Premium est offert. Et par là même, l'accès à la bibliothèque de prêt d'ebooks. Pour mémoire, ce service offre de profiter d'un ouvrage gratuitement, par mois, sans date de retour. « Le lancement de notre tablette est en effet concomitant de l'ouverture du service de prêt d'ebooks. Nous avons d'ores et déjà un catalogue de 200.000 titres, dont près de 4000 en français, dans un grand nombre de catégories, Fantasy, SF, cuisine, BD, jeunesse », explique Marie-Pierre Sangouard. 

 

Disponible en France depuis le 25 octobre, cette plateforme de prêt est évidemment alimentée en grande partie avec les livres commercialisés au travers de la plateforme d'auto-édition, Kindle Direct Publishing. « C'est un modèle nouveau pour les éditeurs, et une offre unique chez Amazon. Elle nous a démontré aux États-Unis que l'on pouvait ainsi non seulement susciter l'intérêt des clients, qui réalisent plus de critiques et laissent de commentaires sur les livres. Cela fait remonter les ouvrages dans nos sélections, et conduit à de meilleures ventes pour ces titres, qu'ils viennent de maisons d'édition ou d'auteurs indépendants. »

 

 

 

 

Quelques mois après le lancement de son projet, Amazon avait en effet dégainé un communiqué pour assurer que les ventes d'ouvrages proposés dans la bibliothèque de prêt avaient augmenté. Et d'assurer que « les premières données suggèrent que vous pouvez amener les gens vers un livre qui ne les aurait pas intéressés sinon ». En données, on trouverait 30 % d'achats supplémentaires chez les clients disposant d'un accès à la bibliothèque. (voir notre actualitté

 

Or, de même qu'outre-Atlantique, Amazon avait dû solliciter les auteurs indépendants, de même, en France, un fonds est en cours de constitution, pour donner envie à ces écrivains de proposer leur titre dans le service de prêt. Outre-Atlantique, la somme allouée était de 6 millions $. Amazon France ne pouvait pas sur le moment nous communiquer de montant, mais confirme qu'une cagnotte sera mise en place, avec une augmentation à l'approche de Noël. « C'est un argument pour les auteurs indépendants, mais également une manière d'intéresser les éditeurs à cette offre. Notre offre de contenu reste à développer. »

 

Une « période d'apprentissage » avant la maturité du marché

 

Car, plus globalement, l'offre numérique en France a considérablement augmenté. « La rentrée littéraire était quasiment disponible dans son intégralité en livre numérique, contrairement à l'an passé. Et avec le lancement des tablettes, c'est l'offre de BD numérique qui va pouvoir croître. Nous avons beaucoup travaillé avec les éditeurs pour proposer un outil de lecture pertinent, alors qu'eux-mêmes font face à différents problèmes, devant la multiplicité des écrans, des résolutions et des formats proposés. »

 

Pourtant, afin d'étoffer son offre numérique, Amazon US avait lancé en 2009 des filiales éditoriales, véritables maisons d'édition, prévues pour assurer une commercialisation de titres numériques et en version imprimée par le biais d'un partenariat avec Houghton Mifflin Harcourt. « Cette stratégie américaine n'est pas d'actualité pour la France, où le marché n'est pas encore aussi développé. Nous sommes dans une période d'apprentissage, et bien que de grandes évolutions aient eu lieu, nous ne sommes pas encore parvenus aux mêmes besoins. » En revanche, le marchand assure un contrôle qualitatif des fichiers proposés, et tout particulièrement des oeuvres entrées dans le domaine public, qui sont commercialisées via ses canaux. 

 

 

Kindle Fire HD,

Crédit ActuaLitté

 

 

« Le consommateur est notre centre de gravité, mais également notre référent. Nous recevons souvent des commentaires sur la qualité de fichiers, et avec ces remontées, nous pouvons supprimer de la vente des oeuvres proposées dans le cadre du Kindle Direct Publishing, qui n'offrent aucun intérêt. Ainsi, pour des oeuvres du domaine public, commercialisées, nous nous assurons de la qualité des fichiers et supprimons ceux qui sont les moins bons. »

 

C'est que, dans un même ordre d'idée, Amazon dispose du Cloud Player, un outil permettant l'upload et le stockage de fichiers MP3, qui peuvent être remplacés par des chansons de meilleure qualité. « C'est un service de qualité, proposé à nos clients, mais qui n'est pas encore en vigueur pour le livre. Il faut rappeler qu'Amazon est le meilleur libraire en terme de vente de fonds de catalogue, avec un travail de maintien de l'offre. » Et Amazon éditeurs, comme c'est le cas avec Amazon Publishing, en vigueur depuis 2009 ? « Au moment où nous parlons, ce n'est pas d'actualité. »

 

Ne les taxez pas de tout et n'importe quoi...

 

Et si nombreux sont les reproches qui sont adressés à la firme, dans ses politiques tarifaires agressives, ou dans ses positions commerciales, vis-à-vis des éditeurs, la branche française veut rectifier : « Nous représentons des opportunités, pas une oppression. » 

 

Aucun commentaire ne sera cependant fait, ni sur la procédure d'infraction du Luxembourg, à qui la Commission européenne reproche d'avoir réduit sa TVA à 3 % sur les livres numériques. Pas plus que sur l'enquête pour entente, qui impliquait Apple et plusieurs groupes internationaux, liés par un contrat de mandat déclaré anticoncurrentiel. Et qui permettait pourtant aux éditeurs de fixer le prix de vente de leurs livres numériques, pour éviter de laisser aux marchands le soin de dévaluer le prix des oeuvres, ou de vendre à perte. 

 

Ainsi, quand on pose la question directement : « Est-ce que cela pose un problème à Amazon que les éditeurs fixent le prix de vente de leurs livres ? » la réponse fuse : « Nous respectons la législation de chaque pays. » Et le consommateur qui y vit, bien entendu...

 




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