François Busnel : La Grande librairie 'fonctionne surtout au coup de cœur'

Association Effervescence - 04.03.2014

Reportage - La Grande librairie - François Busnel - promotion des livres


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du Master 2 Édition et Audiovisuel de Paris IV-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association.

 

Cette semaine, les étudiants d'Édition reviennent sur l'émission de France 5 La Grande Librairie, à laquelle ils ont pu assister jeudi 9 janvier. L'occasion pour eux d'en savoir un peu plus sur la manière de promouvoir un livre à la télévision. 

 

 

Ce soir-là, les invités comptent entre autres Donna Tartt et Édouard Louis, le jeune auteur d'En finir avec Eddy Bellegueule. Avant le début de l'émission, les réglages techniques s'enchaînent, notamment pour l'interprète de Donna Tartt, qui doit être entendue à la fois dans l'oreillette de l'auteur lorsqu'elle lui traduira la conversation en anglais, et transmettra sa réponse en français sur le plateau. Pour effectuer les tests nécessaires, Donna Tartt commence à déclamer une pièce de Shakespeare… « L'interprète n'est malheureusement pas capable de traduire du Shakespeare en direct, mais le son semble bon quand même ! » lance l'interprète, un peu prise au dépourvu.

 

 

 

La promotion des Uchroniques dans les locaux de France Télévisions

 

 

Dans les coulisses, les attachés de presse ne sont jamais loin, à la fois pour rassurer leurs auteurs et pouvoir débriefer avec eux ce moment fort par la suite. Car il s'agit bien d'un moment fort : rares sont les auteurs qui ont le privilège de se voir ainsi exposés médiatiquement. Pour eux, participer à une émission qui réunit 350 000 à 450 000 téléspectateurs (donc lecteurs ?) chaque jeudi soir, c'est l'assurance quasi-certaine de voir les ventes de leur livre effectuer un pic.

 

Mais comment un auteur se retrouve-t-il là ? C'est bien sûr le travail de ses attachés de presse, qui ont contacté mille et un journalistes pour tenter d'obtenir une critique dans un hebdomadaire, une interview dans une émission, un passage à la radio… Cependant, malgré toutes ces démarches et ce travail, il arrive qu'un ouvrage ne reçoive que très peu (voire pas) d'exposition médiatique. C'est en effet au journaliste et à lui seul, qui reçoit des centaines d'ouvrages chaque semaine, de choisir l'œuvre à défendre. Et avec une telle somme de livres reçus, la sélection est rude, parfois sans doute arbitraire. 

 

À la fin de l'émission, les élèves du master sont invités à rester sur le plateau avant l'arrivée de François Busnel et du rédacteur en chef de l'émission. Le temps de prendre quelques photos devant les reproductions géantes de leurs livres préférés…

 

 


 

 

C'est alors l'occasion parfaite pour leur demander comment ils choisissent les livres à présenter, mais aussi pour en savoir plus sur leur manière de préparer et de vivre l'émission. Nous vous retranscrivons quelques-unes des questions qui leur ont été posées.

 

Comment choisissez-vous les livres que vous présentez dans votre émission ?

François Busnel : Chaque semaine, Benjamin François (ndlr : le rédacteur en chef de l'émission) et moi-même en recevons beaucoup. Nous effectuons ensemble la sélection, sur la base de notre ressenti. Nous n'avons aucune stratégie de communication particulière : on fonctionne surtout au coup de cœur.

 

 

Devez-vous présenter des livres d'éditeurs différents ? 

F.B. : Non, pas forcément. Si ce sont quatre livres de Flammarion qui nous touchent, on présentera quatre livres de Flammarion. Bien sûr, on essaie de varier autant que faire se peut, mais ce n'est pas systématique ni obligatoire.

 

En même temps, le principe de l'émission est de tisser un fil conducteur entre les quatre livres présentés, donc, a priori, un seul éditeur ne sortirait pas quatre livres qui auraient la même thématique, dans la même semaine…

 

En tout cas nous n'avons pas de quotas vis-à-vis des éditeurs. D'ailleurs, c'est Benjamin François qui a affaire aux attachés de presse ; moi, je ne les rencontre jamais. Le principe de base de l'émission, c'est de donner envie de lire, d'où l'importance de refuser ce principe des quotas. Si on s'y soumettait, cela tuerait complètement la spontanéité sur laquelle est fondée l'émission.

 

 

Les questions sont-elles soumises aux auteurs avant le direct ?

F.B. : Jamais ! Il n'y a rien de mieux si vous voulez plomber complètement une interview. C'est une règle absolue en journalisme. Les auteurs en perdraient leur spontanéité et l'interview serait plate, on perdrait toute l'émotion. D'ailleurs, je ne rencontre pas les auteurs avant l'émission. Je les salue cinq minutes avant le direct, rien de plus.

 

 

Comment se prépare et se mène une interview télévisée ?

F.B. : Nous préparons toujours plus de questions que nécessaire. Puis sur le plateau, j'essaie de sentir ce qui se passe du côté de l'auteur : si une question le met mal à l'aise ou ne le passionne pas, il faut que je le détecte et que je passe à la question suivante. C'est le rôle du journaliste aussi de « sentir » son interlocuteur. Un autre principe, c'est de ne pas poser de questions fermées, mais plutôt des questions qui appellent une réponse pouvant se développer de façon intéressante.

 

 

Certains auteurs sont très mal à l'aise face caméra, comment faites-vous dans ces cas-là ?

F.B. : Oui ça arrive parfois, et c'est du sport ! Mais on finit toujours par y arriver en les mettant un peu à l'aise. C'est aussi un atout quelque part, car ces gens-là ont une voix spéciale. Regardez Édouard Louis : c'était sa première télé, c'est un jeune homme plutôt discret, mais il s'est passé quelque chose de particulier, non ?

 

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Et en effet, quelques semaines plus tard, Édouard Louis entrait en lice pour le Goncourt du premier roman… Et il est depuis sous les feux des projecteurs, avec notamment une apparition au journal de 13 heures sur France 2. Comme quoi, un passage à la télévision peut en cacher un autre…

 

 

À vos agendas ! Nous vous invitons à une rencontre avec le parrain de promotion 2013/2014 du master : Emmanuel Carrère, scénariste, écrivain et réalisateur, dont le roman Limonov (publié chez P.O.L.) a reçu le prix Renaudot en 2011. Rendez-vous le 14 mars à 18 heures, en Sorbonne (salle des actes) !

 

 

 

 

 

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À mardi prochain !