PORTRAIT POLAR – Écrivain prolifique, Frédéric Paulin est depuis une dizaine d’années l’auteur d’au moins autant de romans. Noirs et engagés. Des livres qui se lisent avec gourmandise, à la fois solidement charpentés et bien documentés.



Frédéric Paulin à la librairie La nuit des temps © Vincent Gouriou
 

 

Grand, athlétique, entièrement vêtu de noir, le crâne chauve et les yeux clairs, Frédéric Paulin peut de prime abord impressionner. Et, s’il n’était écrivain, cet homme de 46 ans, qui se révèle généreux dans l’échange et soucieux du monde comme il va (pas toujours bien), pourrait sans doute incarner à l’écran un des personnages qui peuplent ses romans. Trafiquant d’armes ? Mercenaire ? Psychopathe ? Loubard ? Allez savoir...

Une chose est sûre, avec une dizaine d’ouvrages écrits sous son nom et publiés pour la plupart aux éditions Goater, cet auteur compte désormais parmi les plus talentueux de sa génération. Et s’est forgé une identité littéraire affirmée, mêlant la grande et la petite histoire, le réel et la fiction. 
 

Il suffit pour s’en convaincre de décliner quelques-uns de ses titres les plus marquants. Tel La Grande peur du petit blanc, l’histoire d’une vengeance consécutive à la guerre d’Algérie, qui lui a valu le prix Produit en Bretagne en 2014. Ou 600 coups par minute, qui raconte le trafic d’armes en Europe à partir de l’effondrement de l’ex-Yougoslavie. Ou encore Le Monde est notre patrie, qui traite des sociétés militaires privées engagées dans les conflits internationaux. Citons enfin La Peste soit des mangeurs de viande, sur la maltraitance animale dans les abattoirs industriels et Les Cancrelats à coups de machette qui suit (entre autres) les déboires d’un boxeur tutsi au moment du génocide au Rwanda.

Le tout emporté par un style direct, des dialogues incisifs et un sens du rythme auquel sa passion précoce pour The Clash n’est peut-être pas étrangère. Aujourd’hui entièrement engagé dans son métier d’écrivain, rien ne prédestinait particulièrement Frédéric Paulin, qui a grandi à Bussy-Saint-Georges, en Seine et-Marne, entre un père ingénieur et une mère au foyer, à ce parcours littéraire. Et, s’il lit les grands classiques dès l’adolescence — Zola, Balzac, Stendhal — c’est davantage, souligne-t-il, par ennui que véritable passion.

Le Voyage au bout de la nuit de Céline lui fait toutefois forte impression, tout comme 37° 2 le matin, le film tiré du roman de Philippe Djian. « C’est sans doute la première fois où je me suis dit que ça devait être cool d’être écrivain », raconte-t-il, se souvenant de Zorg, l’amant de Béatrice Dalle à l’écran. Franchement fâché avec les mathématiques, il décroche au baccalauréat un 16/20 en philo et autant en histoiregéographie, deux matières qui sous-tendront ses livres.

À 20 ans, son père est muté à Rennes et il s’installe dans la capitale bretonne où il découvre les plaisirs de la vie plutôt dissolue d’étudiant, davantage porté sur les soirées festives et les concerts que sur l’assiduité aux cours de droit où il est inscrit. 


 

 

« À cette époque, j’étais une sorte d’intello de droite qui se cherche », se souvient-il. L’évolution de ce grand anxieux, végétarien et aujourd’hui père de deux enfants, n’en sera que plus spectaculaire. Objecteur de conscience dans un organisme de réinsertion, où il donne des cours d’alphabétisation, il découvre le monde de la précarité et de la misère sociale. Puis, poursuivant ses études comme doctorant en sciences politiques, il lit Guy Debord, Karl Marx, Herbert Marcuse, Gilles Deleuze. Et c’est bientôt la fibre altermondialiste qui agite le futur romancier, le poussant en 2001 à rejoindre Gênes pour participer aux manifestations anti-G8, émaillées d’affrontements qui se solderont par la mort d’un militant. 
 

«Je suis un auteur politique», assume aujourd’hui le romancier. À ne pas confondre avec auteur militant. 

Après une brève carrière de prof puis de journaliste et la création d’un petit journal satirique, Le Clébard à sa mémère, son parcours d’écrivain prend son essor en 2009, encouragé par sa compagne qui lit ses premiers manuscrits.

Pour boucler les fins de mois, il publie des « romans de gare » sous pseudonyme, ou devient la plume des Verts, dont il a mis en forme le programme des dernières municipales. Depuis environ un an, aidé par une bourse du Centre national du livre (CNL), il peut se consacrer exclusivement à son travail d’écrivain. Il faut dire qu’il s’est engagé cette fois dans un projet particulièrement ambitieux : raconter, à travers les parcours de personnages de fiction, la montée du djihadisme en France.

Une somme prévue sur trois volets, dont le premier, intitulé La guerre est une ruse, sortira chez Agullo en septembre prochain. Gageons qu’elle devrait tenir en haleine des milliers de lecteurs, comme l’ont déjà fait ses précédents écrits. 

 

Pierre-Henri Allain 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne




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