Hackœurs, maison d'édition éphémère, oeuvre dans le détournement

Association Effervescence - 16.12.2014

Reportage - maison édition - publication livre - chemin fer


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association.



Chaque année, les étudiants de la filière édition du Master de Paris-Sorbonne se constitue en maison d'édition éphémère, à charge pour eux de publier une anthologie sur un thème imposé. La promotion de cette année vous a été présentée dans une précédente chronique : les éditions Hackœurs vont publier un ouvrage sur le piratage numérique, agent de réenchantement de relations amoureuses formatées et profilées sur les réseaux sociaux. En octobre dernier, vous aviez laissé les Hackœurs à leur appel à contribution. Vous allez les retrouver en comité de lecture !

 

Le comité de lecture constitue une épreuve, à la fois pour le texte, l'éditeur et la maison d'édition. Il vise à choisir, lors d'une assemblée des différents acteurs éditoriaux et/ou commerciaux d'une maison d'édition, les textes qui vont être publiés et ceux qui vont être refusés. C'est le moment où un manuscrit passe de l'état de proposition à celui de projet. Il s'agit de mettre en adéquation les volontés éditoriales d'une maison d'édition avec les réalités économiques et matérielles à laquelle celle-ci est soumise. Outre les confrontations intellectuelles qui peuvent naître d'un tel projet, il s'agit aussi, pour un membre de la maison ayant apprécié un texte, de défendre sa viabilité économique face à ses collègues et ses supérieurs. Chaque éditeur se trouve dans la situation d'un marchand.

 

Les Hackœurs se sont pliés à l'exercice. Même si l'édition de leur ouvrage s'inscrit dans un projet universitaire, les enjeux économiques ne sont pas absents et le livre se doit d'être rentable. En effet, les fonds de l'association Effervescence, qui financent en partie la publication, sont constitués par les recettes des ventes des promotions précédentes. Les éditions les Uchroniques, promotion 2013-2014 du master, ont laissé l'association en bonne santé économique grâce à la vente totale du tirage de leur livre Le Jour où le Mur de Berlin n'est pas tombé. À charge pour les Hackœurs de faire de même et de laisser à la promotion 2015-2016 une assise financière confortable. D'un choix intelligent des textes dépend donc de beaucoup la rentabilité du projet.

 

Le comité de lecture s'est déroulé en deux temps durant ces deux dernières semaines. Plusieurs séances ont d'abord réunis les quinze étudiants de la promotion, seuls, pour débattre. Puis, une fois la sélection faite, une ultime séance s'est tenue, au cours de laquelle les étudiants, en tant qu'éditeurs en herbe, ont défendu leurs choix face aux professeurs responsables de la filière édition, Jean-Michel Ollé et Hélène Védrine.

 

Au cours de ces séances, les Hackœurs se sont heurtés à différents problèmes et ont eu quelques surprises. Tout d'abord, par rapport à d'autres années, peu de contributions textuelles ont été envoyées. Ce faible nombre laisse moins de marge de manœuvre pour choisir, et donne à penser que le thème du piratage amoureux a pu laisser perplexe. Cette impression a été confirmée à la lecture des textes : peu d'entre eux traitent réellement du piratage informatique et quand ils le font, le piratage apparaît souvent comme quelque chose de simple et de magique dans les mains d'un hacker tout-puissant, alors que la réalité du hacking est toute autre. En revanche, les Hackœurs ont eu la bonne surprise de voir que la majorité des textes traitent de ce qui constitue l'essence du hacking : le détournement. Hacker signifie détourner une technologie pour lui faire faire ce que l'on veut, y compris ce pour quoi elle n'a pas été pensée à sa création. Beaucoup de textes reçus ont ainsi davantage traité le détournement en matière d'amour, l'approche discrète et masquée via les technologies numériques, que le piratage. Ce sont les aléas liés aux ouvrages de commande. Suite au choix des textes, le projet devra sans doute subir quelques adaptations, mais les Hackœurs ont déjà commencé à y réfléchir avec enthousiasme !

 

 

 

Un autre problème fut de choisir à quinze. Les sensibilités sont très différentes au sein d'une même promotion : certains voient du potentiel dans chaque texte, d'autres sont plus élitistes. Un texte, particulièrement détonnant au sein des contributions par son style singulier et hermétique, a fait l'objet d'âpres débats, les uns y trouvant une vraie ambition littéraire, les autres y voyant une logorrhée poétique incompréhensible. Néanmoins, le comité ne fut pas toujours synonyme de luttes. Il est souvent arrivé que l'un des membres des Hackœurs réussisse à faire partager son intérêt pour une contribution à ses collègues. Il y eut de beaux moments pour les uns et les autres, et un texte défendu avec l'énergie du désespoir a pu être également soutenu par un allié inattendu. Les Hackœurs sortaient de tels comités épuisés par l'effort fourni mais heureux d'avoir pu défendre un texte, d'avoir découvert un auteur avec du potentiel, et même parfois un peu envieux du texte défendu par un collègue et qui n'avait retenu l'attention de prime abord.

 

Le choix des contributions visuelles a été plus facile. Mais les images retenues, fort disparates quant aux univers et aux styles déployés, vont poser dans les prochaines semaines l'intéressante question de l'unité graphique de l'ouvrage, ce dont l'équipe maquette des Hackœurs vous parlera certainement dans une prochaine chronique.

 

Comme l'unanimité aurait été trop difficile à obtenir, les décisions ont été prises sur la base du consensus, dans le plaisir de sentir le projet commencer à prendre forme ! Le comité éditorial en présence des professeurs a ensuite réservé une bonne surprise aux Hackœurs, qui, à force de relectures et de débats, finissaient par manquer de recul : les responsables de la filière édition ont jugé le cru de contributions 2014 plutôt bon. Cela ne diminuera cependant en rien le travail éditorial, puisqu'il s'agira de faire saillir au mieux le potentiel des différents textes.

 

Cette étape cruciale étant passée, dans les prochaines semaines, les Hackœurs auront deux tâches à entreprendre : le travail de correction avec les auteurs des textes retenus et la constitution du « chemin de fer », joli terme pour désigner la représentation de la totalité d'un ouvrage, page par page, afin de visualiser la place des illustrations et la dimension graphique. Vous en saurez plus dans les prochaines chroniques !

 

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À mardi prochain !