"Beaucoup de gens pensent que le livre audio n'est pas fait pour eux"

Nicolas Gary - 30.06.2015

Reportage - label livre audio - e-Dantès numérique - innovation édition


Avec Hardigan, le label de livres audio, e-Dantès expérimente une fois de plus des solutions numériques différentes. Présenté hier, en présence des équipes de Audible France, partenaire et distributeur exclusif, le label Hardigan entend bien bousculer le petit monde du livre audio. Avec une priorité : montrer que l’on ne manque pas d’occasions de lire. D’ailleurs, pour le prouver, la chasseuse de vampires, Buffy, doit venir faire une démonstration.

 

studio d'enregistrement e-Dantes

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« Je reste persuadé que beaucoup de gens pensent que, le livre audio, cela n’existe pas, ou, du moins, que ce n’est pas fait pour eux », explique David Oghia, président de e-Dantès. « Le label Hardigan va réunir des œuvres de romance, science-fiction, thriller, qui sont des genres qui plaisent, et que l’on prendra plaisir à écouter. »

 

Le pari est audacieux, mais mûrement réfléchi. Le marché du livre audio ne représente que 1 % des ventes de livres en France, contrairement aux pays comme l’Allemagne, où il est plutôt de l’ordre de 5 %, nous confirme Audible (voir notre entretien). Plus compliqué encore, le marché de l’audiobook en rayon adulte pèse 0,3 %, précisait Paule du Bouchet, responsable du département Musique de Gallimard Jeunesse et présidente du groupe Livre audio au SNE.

 

« Dans les faits, l’offre manque : écouter des ouvrages classiques du domaine public, cela finit par lasser. Bien entendu, nous avons commencé notre label avec des livres qui venaient de Bragelonne, parce que c’était le plus immédiat, mais nous allons développer l’offre bien au-delà », poursuit David Oghia. Et donc, Buffy ?

 

Deux tarifs sont affichés pour les ouvrages : 9,99 € et 14,99 €. Une approche qui reflète l’état d’esprit e-Dantès : « Nous n’avons pas réfléchi en temps d’écoute ou d’heures d’enregistrements, mais plutôt avec l’idée d’une offre qui nous semble être le prix juste. Le premier tarif est appliqué à des ouvrages qui ont connu une exploitation large, en papier comme en numérique. Le second, ce sont des livres qui n’ont pas encore eu cette ampleur de commercialisation. » Du fond, et des nouveautés, en somme.

 

Les nouveaux atouts dont ce format dispose, explique-t-il, résident dans le taux d’équipements en appareils de lecture. « Les smartphones, pour lire des ebooks, représentent une solution bancale : la taille de l’écran est trop petite pour en profiter pleinement. En revanche, charger un audiobook, et l’écouter comme on profiterait d’un podcast, c’est tout simple. »

 

Même dans les transports en commun, l’audio livre a des atouts inestimables. « Quand le RER est bondé, même un lecteur ebook n’est pas commode à sortir, pour lire. Moi, par exemple, je ne suis pas à l’aise pour lire un livre classique dans les transports. Et quand je suis au volant de ma voiture, je crois que ce n’est pas très recommandé de tenter de lire [rires]. » Oui, un peu comme de voyager avec Buffy, ça trouble la conduite...

 

David Oghia président de e-Dantes

David Oghia - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Moralité : « On ne se rend pas compte du nombre d’occasions de lire dont on dispose, particulièrement quand on vit à distance de son lieu de travail. » Et dans le même temps, « nous avons les tuyaux qui, technologiquement, sont prêts à ce que l’on puisse télécharger des fichiers audio. D’abord le MP3 se prête parfaitement à cela, ensuite, la 4G est une connexion suffisamment rapide pour le permettre. Les outils sont matures et il n’y a plus de contre-indication. »

 

Couplé à un taux d’équipement massif en appareils de lecture, Hardigan fait le pari de 3 à 5 sorties par mois – « mettons, une quarantaine de livres par an » note David Oghia. Le tout avec un travail opéré en interne : le studio d’enregistrement a été monté directement dans les locaux de la société e-Dantès, et les ouvrages bénéficient d’un traitement sur mesure. 

 

« Le mois prochain, nous sortirons un livre de Buffy, et la voix que nous avons choisie est celle de l’actrice qui doublait Sarah Michelle Gellar, dans la série. » Alors... ça veut dire que pas de Buffy ce soir ? « Je crains que non... » Mince... À défaut, voici un extrait, lu par l'actrice. Il suffira de fermer les yeux, ensuite...

 

 

Hardigan n’intégrera pas les offres d’abonnement illimitées pour livres audio, en tout cas, pas pour l’instant, et prévoit clairement de faire évoluer le paysage du livre audio. « Avec 20 titres en science-fiction, nous pourrions déjà presque doubler l’offre actuelle », plaisante David Oghia. Et plus sérieusement : « Nous avons découvert qu’un livre qui représente une vingtaine d’heures de lecture, cela va très vite. On le finit bien plus rapidement qu’on ne l’imagine. Pour le moment, nos ouvrages représentent 15 heures en moyenne, mais nous en ferons certainement qui dépasseront cela. Imaginez ce que peut être la lecture d’un roman de Stephen King, qui a un tel talent de conteur, que n’importe quelle histoire devient une merveille... »

 

Invité surprise, l’auteur David D. Forrest, était présent. Il intégrera au mois d’août le label Audible, et apporte un éclairage sur cette transition. « L’acteur qui lira mon livre deviendra certainement fou... il faut l’avertir avant », plaisante-t-il. « C’est assez difficile pour un auteur d’imaginer donner une voix différente de la sienne à son livre, et différente de celle du lecteur. Donc c’est une expérience assez amusante... » (à retrouver à cette adresse)