Indigenous Tweets, pour tweeter dans les langues minoritaires

Marie Lebert - 18.03.2013

Reportage - langues - twitter - Indigenous Tweets


Indigenous Tweets fête ses deux ans. Lancé par Kevin Scannell pour recenser les tweets dans les langues minoritaires, ce site  souhaite renforcer la présence en ligne des communautés linguistiques autochtones. Ce projet a même été sélectionné par Twitter (la société) pour figurer dans ses meilleures Twitter Stories.

 

Indigenous Tweets

 

Lancé le 17 mars 2011, jour de la Saint Patrick (Kevin est irlandais), Indigenous Tweets débute avec 35 langues et compte 71 langues trois semaines plus tard. 139 langues sont disponibles en octobre 2012 et 144 langues aujourd'hui.

 

Pour trouver ces langues sur Twitter, Kevin, qui est informaticien et professeur au département de mathématiques de l'Université Saint-Louis, dans le Missouri, a conçu et paramétré un logiciel statistique crawlant le web, qu'il a baptisé An Crúbadán.

 

Kevin explique sur son blog que le but premier d'Indigenous Tweets est d'aider à créer des communautés de langues par le biais de Twitter, et de permettre aux gens parlant une langue minoritaire de se rencontrer plus facilement dans la vaste mer de l'anglais, du français, de l'espagnol et des autres langues globales dominant Twitter.

 

500 langues - minoritaires ou non - étaient présentes sur Twitter en mars 2011 et bien davantage aujourd'hui. Les principales langues minoritaires sont le créole haïtien (avec au moins cent mille personnes tweetant en créole), le basque et l'irlandais. Mais, d'après Kevin, même les locuteurs des langues basque et irlandaise, qui ont des communautés en ligne très actives, ont été surpris de voir le nombre de gens qui tweetaient dans ces langues.

 

 


 

 

L'idée derrière le projet

 

Quel est l'idée derrière ce projet ? En deux mots, rassembler et promouvoir. Nombre de locuteurs des langues autochtones et minoritaires se battent pour garder leur langue et leur culture en vie. De plus en plus de groupes linguistiques se tournent vers le web, devenu un fantastique outil pour la revitalisation des langues.

 

Des milliers de gens bloguent dans leur langue natale et utilisent les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter dans leurs langues. Les réseaux sociaux ont permis à des communautés parfois éparpillées de nouer des liens et d'utiliser leur langue en ligne de manière naturelle.

 

Les réseaux sociaux sont très importants aussi pour toucher les jeunes, le groupe démographique à toucher en priorité pour revitaliser une langue, puisqu'une langue menacée est toujours une langue parlée seulement par les anciens. Plus les jeunes parlent ou écrivent une langue menacée, moins elle risque de disparaître.

 

Comment le site fonctionne-t-il ? La page principale liste toutes les langues minoritaires recensées par Kevin comme étant actives sur Twitter. Vous cherchez la langue qui vous intéresse, vous cliquez sur la ligne correspondante et vous êtes redirigés vers une nouvelle page qui recense les usagers de Twitter dans cette langue (500 usagers au maximum), avec des statistiques pour chaque usager, entre autres le nombre de tweets, le nombre d'abonnés, le pourcentage de tweets dans la langue donnée et la date du dernier tweet. Vous pouvez suivre les gens qui sont le plus suivis ou bien les gens dont les tweets vous intéressent particulièrement. Vous pouvez aussi bien sûr vous mettre en contact avec eux. Nombre de projets communs dans les langues minoritaires ont débuté ainsi.

 

Indigenous Blogs

 

En septembre 2011, pour célébrer les six mois d'Indigenous Tweets et ses mille abonnés sur son compte Twitter, Kevin lance Indigenous Blogs pour recenser cette fois les blogs écrits dans 50 langues minoritaires (74 langues aujourd'hui), toujours dans le but d'avoir une plateforme pour que les gens utilisant la même langue se connaissent et communiquent entre eux. Il recense d'abord les blogs hébergés par Blogspot (qui héberge aussi son propre blog), puis ceux hébergés par d'autres plateformes populaires telles que WordPress, Tumblr et MovableType.

 

La présentation est similaire à celle des tweets, avec une page principale listant toutes les langues présentes. Lorsque vous cliquez sur la langue qui vous intéresse, apparaît une nouvelle page qui recense tous les blogs disponibles dans cette langue, avec des statistiques pour chaque blog, y compris le nombre de posts, le pourcentage de posts dans la langue donnée (certains blogs sont écrits en plusieurs langues, par exemple une langue globale et une langue minoritaire) ainsi que la date et le titre du dernier post.

 

Un avenir en poupe

 

Une langue meurt tous les 14 jours, disent les linguistes. Une manière de contrer ce mouvement est de rassembler les communautés linguistiques par le biais de l'internet. Certaines sont éparpillées sur plusieurs pays sinon plusieurs continents, à commencer par le créole haïtien, parlé non seulement à Haïti mais aussi en République dominicaine, au Canada, aux États-Unis et dans d'autres pays.

 

Si l'on devait définir le travail de Kevin en une phrase, Indigenous Tweets et Indigenous Blogs contribuent à consolider la présence des langues autochtones et minoritaires sur les médias sociaux et à revitaliser ces langues en utilisant les technologies, le web et les réseaux sociaux pour bâtir des communautés en ligne actives dans ces langues.

 

Et cela marche, avec la bénédiction de Twitter (la société), qui suit le projet de très près.