L'adaptation du livre au cinéma : quels enjeux et perspectives ?

Association Effervescence - 16.04.2013

Reportage - adaptation - livre - film


Chaque semaine, ActuaLitté et Effervescence, association réunissant les étudiants et anciens élèves du Master Édition et Audiovisuel de Paris IV-Sorbonne, vous donnent rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du Master et de l'association. Cette semaine, retour sur une table ronde qui s'est tenue le 6 avril dernier lors des Portes ouvertes du Master.

 

Cette rencontre avait pour sujet l'adaptation du livre au cinéma et son impact sur la chaîne du livre et sur la création audiovisuelle. Sous la médiation de Charlotte Pudlowski, journaliste culture pour Slater.fr, nos trois invités, d'univers volontairement différents, Nicolas Bary (réalisateur et scénariste de Les enfants de Timbelbach et de Au bonheur des ogres), Laure Kniazeff (fondatrice de la plateforme Best Seller to Box Office, qui a pour mission de mettre en relation producteurs et éditeurs) et Laetitia Legay (directrice marketing du secteur poche aux éditions Gallimard) ont partagé leurs expériences.

 

L'adaptabilité d'un livre au cinéma n'a pas de critères  

 

Il semble que l'adaptation cinématographique d'un livre soit une pratique de plus en plus courante mais surtout un phénomène dont on parle davantage ces dernières années. Selon Nicolas Bary, cette situation s'est accentuée avec le phénomène Harry Potter. Les romans Young Adult ont des univers riches propices aux adaptations, permettant au réalisateur de s'appuyer sur des bases déjà solides. Souvent, le succès du livre en librairie rassure les distributeurs lorsqu'il s'agit d'investir de l'argent, ce qui a par exemple facilité l'aboutissement de son adaptation d'Au bonheur des ogres, de Daniel Pennac (sortie en octobre 2013). 

 

Pour Laure Kniazeff, les critères de représentation d'un roman auprès d'un producteur ou d'un réalisateur sont nombreux. Mais il faut avant tout des histoires et des personnages forts. Best Seller To Box Office mets donc en avant le potentiel d'adaptabilité du livre, et donne même aux producteurs des conseils d'adaptation, notamment si le livre est davantage transposable au cinéma ou à la télévision.

Pour Laetitia Legay, tout livre est adaptable. Elle donne l'exemple de Syngué Sabour, d'Atiq Rahimi, qui est un roman difficilement transposable car tourné vers l'intériorité du personnage, et qui a pourtant donné un film magnifique. De même, Philippe K. Dick, maître de la science-fiction, a inspiré de nombreux films cultes comme Minority Report, Total Recall ou encore Blade Runner. Le vrai défi pour le réalisateur est là : adapter l'inadaptable

 

 

La fidélité au livre, une nécessité ?

 

Nicolas Bary affirme que le réalisateur est comme un chef d'orchestre : il interprète le livre à sa manière. Nicolas Bary réfute l'idée selon laquelle adapter un livre signifie qu'un réalisateur n'a pas d'idées originales. Au contraire, le réalisateur va partir d'un livre qu'il a aimé pour créer son propre univers, ou plutôt mélanger le sien à celui de l'écrivain.

 

 


 

 

Pour son travail sur Au bonheur des ogres, il a travaillé en étroite collaboration avec Daniel Pennac. L'adaptation a nécessité de nombreuses restructurations pour lesquels l'auteur a donné son avis. Nicolas Bary estime qu'un réalisateur n'a pas à faire son film de son côté quand l'écrivain dont il adapte le roman est encore en vie : il a une responsabilité par rapport au livre. Dans ce cas précis, Daniel Pennac l'a tout de suite autorisé à prendre des libertés car une adaptation littérale aurait selon lui desservi le film. 

 

 

L'impact commercial sur le livre

 

Laetitia Legay raconte qu'il existe deux manières d'appréhender la sortie d'un film adapté d'un roman. Lorsqu'il s'agit d'un roman étranger, bien souvent américain, c'est l'éditeur qui va être demandeur vis-à-vis du distributeur ; pour un roman français, c'est le distributeur qui va venir très en amont contacter l'éditeur pour lui demander des arguments commerciaux afin de valoriser le projet (le nombre d'exemplaires vendus par exemple). Les éditeurs suivent toutes les étapes de la production du film, qui peuvent être très longues et pleines de rebondissements dont il faut s'accommoder (une date de sortie de film qui bouge ou un projet de film concurrent). 

 

Les éditeurs travaillent presque comme s'il s'agissait du lancement d'un livre : accompagner la sortie du film en organisant des jeux concours, faire de la promotion sur le web, mettre en place des PLV… L'impact le plus évident est le changement presque systématique de la couverture du livre en fonction de l'affiche du film, pratique que l'auteur du livre refuse parfois.

 

Mais changer la couverture peut s'avérer être un pari dangereux dans le cas où le public du livre n'est pas le même que celui du film. Par exemple, lorsque le film Bel Ami est sorti au cinéma, avec Robert Pattinson, il s'est posé la question de savoir si mettre en couverture l'acteur sans moustache – alors que le héros de Maupassant est connu pour la sienne – pouvait nuire à l'image du livre. Le risque reste réduit puisque la plupart des livres retrouvent leur couverture originale environ trois mois après la sortie du film.

 

 

 


Quoi qu'il en soit, si une affiche de film peut rebuter certains lecteurs, l'effet est globalement très positif sur les ventes de livres. De plus, le livre bénéficie de toute la communication qui est faite autour du film : critiques presse, émissions de télévision, campagnes publicitaires, etc. Même s'il n'y a pas de règle d'or, toujours selon Laetitia Legay, les chiffres de vente sont multipliés par 2 au minimum, voire par 20 dans des cas exceptionnels. 

 

 

Besoin croissant de liens entre cinéma et édition

 

La négociation des droits audiovisuels d'un livre se fait en général entre l'éditeur, l'auteur et le réalisateur. Les agents peuvent également avoir leur rôle à jouer et servir d'intermédiaires. L'émergence de nouveaux métiers, comme celui de responsable des droits audiovisuels dans les maisons d'édition, ou comme celui de Laure Kniazeff chez Best Seller to Box Office, met en évidence le besoin croissant de tisser des liens concrets entre édition et audiovisuel.

 

La plateforme Bs2bo fait de la veille internationale permanente sur tout le marché de l'édition pour repérer les livres qui ont un potentiel cinématographique et communiquent ces informations aux producteurs et aux réalisateurs. En France, ils négocient en général directement avec les éditeurs, qui détiennent le plus souvent les droits audiovisuels – contrairement aux romans étrangers dont les droits audiovisuels sont détenus par des agents. Le succès de Bs2bo lui vaut cette année d'être le représentant officiel du livre au Festival de Canne, dont l'édition 2013 s'ouvrira d'ailleurs sur la projection de l'adaptation de Gastby le magnifique, le célèbre roman de F. S. Fitzgerald

 

La semaine prochaine, retrouvez le bilan de notre table ronde consacrée à l'édition numérique. En attendant, vous pouvez nous suivre sur facebook et twitter !




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