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L'ebook a 40 ans > 1971 > Le Projet Gutenberg, un projet visionnaire

Marie Lebert - 16.05.2011

Reportage - anniversaire - ebook - projet


Le premier livre numérique est l’eText #1 du Projet Gutenberg, un projet visionnaire fondé en juillet 1971 par Michael Hart pour créer des versions électroniques d'oeuvres littéraires et les diffuser gratuitement dans le monde entier.

Au 16e siècle, Gutenberg avait permis à chacun d'avoir des livres imprimés pour un prix relativement modique. Au 21e siècle, le Projet Gutenberg permettrait à chacun d'avoir une bibliothèque numérique gratuite.

Les débuts du projet

Quels furent les tous débuts du projet? Alors étudiant à l’Université de l'Illinois (États-Unis), Michael Hart se voit attribuer quelques millions de dollars de «temps machine» dans le laboratoire informatique (Materials Research Lab) de son université.

Le 4 juillet 1971, jour de la fête nationale, il saisit «The United States Declaration of Independence» (La Déclaration de l’indépendance des États-Unis, signée le 4 juillet 1776) sur le clavier de son ordinateur. En caractères majuscules, puisque les caractères minuscules n’existent pas encore. Le texte électronique représente 5 ko (kilo-octets). Mais l’envoi d’un fichier de 5 ko à la centaine de personnes que représente le réseau de l’époque aurait fait imploser celui-ci, la bande passante étant infime. Michael diffuse donc un message indiquant où le texte est stocké - sans lien hypertexte toutefois, puisque le web ne voit le jour que vingt ans après - suite à quoi le fichier est téléchargé par six personnes.

Dans la foulée, Michael décide de consacrer ce crédit temps de quelques millions de dollars à la recherche d’oeuvres littéraires disponibles en bibliothèque, à la numérisation de celles-ci et au stockage des textes électroniques.

Peu après, Michael définit la mission du Projet Gutenberg, à savoir mettre à la disposition de tous, par voie électronique, le plus grand nombre possible d’oeuvres littéraires. Ce projet trouve un rayonnement international avec l’apparition du web en 1990, ce qui facilite la circulation des textes électroniques et les échanges avec les volontaires.

Michael explique plus tard, en août 1998 : « Nous considérons le texte électronique comme un nouveau médium, sans véritable relation avec le papier. Le seul point commun est que nous diffusons les mêmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le papier peut concurrencer le texte électronique une fois que les gens y sont habitués, particulièrement dans les établissements d'enseignement. » (Entretien du NEF)

 


Au lieu d’être un ensemble de pages reliées, le livre devient un texte électronique que l’on peut dérouler en continu, au format ASCII (American Standard Code for Information Interchange), à savoir le format le plus simple et le plus répandu, avec des lettres capitales pour les termes en italique, en gras et soulignés de la version imprimée, pour que le texte du livre puisse être lu sans problème quels que soient la machine, la plateforme et le logiciel utilisés.

Distributed Proofreaders

Le Projet Gutenberg trouve un nouveau souffle avec la création de Distributed Proofreaders  en 2000, pour partager la relecture des livres entre des milliers de volontaires.

Conçu en octobre 2000 par Charles Franks pour aider à la numérisation des livres du domaine public, Distributed Proofreaders (DP) devient rapidement la principale source du Projet Gutenberg. Le concept est de permettre la correction partagée de livres du domaine public scannés à partir d'une version imprimée puis convertis au format texte par un logiciel OCR (fiable à 99% dans le meilleur des cas, ce qui représente donc quelques erreurs par page), en fragmentant ces livres en pages pouvant être relues par des correcteurs différents. Les volontaires n'ont aucun quota à respecter. À titre indicatif, il est suggéré de relire une page par jour.

 

 

 


Distributed Proofreaders est officiellement affilié au Projet Gutenberg en 2002, puis devient une entité séparée en mai 2006 tout en conservant des liens étroits avec le projet. Distributed Proofreaders comptabilise 10.000 livres numérisés et relus par ses volontaires en décembre 2006. Distributed Proofreaders Europe (DP Europe) voit le jour début 2004, et Distributed Proofreaders Canada (DP Canada) en décembre 2007.

La philosophie du projet

La structure administrative et financière du Projet Gutenberg se limite au strict minimum, avec une devise qui tient en trois mots : « Less is more. » Le but est d’assurer la pérennité du projet indépendamment des crédits, des coupures de crédits et des priorités culturelles, financières et politiques du moment. Pas de pression possible donc par le pouvoir et par l’argent. Et respect à l’égard des volontaires, qui sont assurés de voir leur travail utilisé pendant de nombreuses années, si ce n’est pour plusieurs générations. Le suivi régulier du projet est assuré grâce à une lettre d’information hebdomadaire et mensuelle, des forums de discussion, des wikis et des blogs.

En 2010, le Projet Gutenberg compte 33.000 livres numériques, des dizaines de milliers de téléchargements par jour, des sites web aux États-Unis, en Australie, en Europe et au Canada, avec d’autres sites à venir dans d’autres pays, et 38 sites miroirs répartis sur toute la planète.

Quarante ans après les débuts du Projet Gutenberg, Michael Hart se définit toujours comme un fou de travail dédiant toute sa vie à son projet, qu’il voit comme étant à l’origine d’une révolution néo-industrielle. Il se définit aussi comme altruiste, pragmatique et visionnaire. Après avoir été traité de toqué pendant de nombreuses années, il force maintenant le respect.

Michael précise souvent dans ses écrits que, si Gutenberg a permis à chacun d'avoir ses propres livres - jusque-là réservés à une élite - pour un coût relativement modique, le Projet Gutenberg permet à chacun d'avoir une bibliothèque complète gratuite - jusque-là réservée à la collectivité -, sur un support qu'on peut glisser dans sa poche (ou porter en pendentif autour du cou). Les collections du Projet Gutenberg ont la taille d'une bibliothèque publique de quartier, mais cette fois disponible sur le web et téléchargeable par tous.

Au fil des ans, la mission du Projet Gutenberg reste la même, à savoir changer le monde par le biais de l’ebook gratuit indéfiniment reproductible, et favoriser ainsi la lecture et la culture pour tous à moindres frais. Cette mission se résume en quelques mots : « encourager la création et la distribution d’ebooks », par autant de personnes que possible, et par tous les moyens de diffusion possibles, tout en prenant les virages nécessaires pour intégrer de nouvelles idées, de nouvelles méthodes et de nouveaux supports.

Notre prochain épisode: 1974 > Les débuts de l’internet

 

 

 

 

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