L'ebook a 40 ans > 2001 > Le web au service des auteurs

Marie Lebert - 24.06.2011

Reportage - livre - numerique - web


Nombre d’auteurs s’accordent à reconnaître les bienfaits de l'internet, que ce soit pour la diffusion de leurs oeuvres, les échanges avec les lecteurs ou la collaboration avec d’autres créateurs. Voici trois expériences parmi tant d’autres.

Des poèmes sur deux supports

Poète et plasticienne, Silvaine Arabo  vit en France, dans la région Poitou-Charentes. En mai 1997, elle crée « Poésie d’hier et d’aujourd’hui », l’un des premiers sites francophones consacrés à la poésie.

En juin 1998, elle raconte : « Pour ce qui est d’internet, je suis autodidacte (je n’ai reçu aucune formation informatique quelle qu’elle soit). J’ai eu l’idée de construire un site littéraire centré sur la poésie : internet me semble un moyen privilégié pour faire circuler des idées, pour communiquer ses passions aussi. Je me suis donc mise au travail, très empiriquement, et ai finalement abouti à ce site sur lequel j’essaye de mettre en valeur des poètes contemporains de talent, sans oublier la nécessaire prise de recul (rubrique "Réflexions sur la poésie") sur l’objet considéré. (...)

 

 


Par ailleurs, internet m’a mis en contact avec d’autres poètes, dont certains fort intéressants. Cela rompt le cercle de la solitude et permet d’échanger des idées. On se lance des défis aussi. Internet peut donc pousser à la créativité et relancer les motivations des poètes puisqu’ils savent qu’ils seront lus et pourront même, dans le meilleur des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects positifs à la promotion de la poésie par internet, tant pour le lecteur que pour le créateur. » (Entretien du NEF)

Très vite, « Poésie d’hier et d’aujourd’hui » prend la forme d’une cyber-revue. Quatre ans plus tard, en mars 2001, Silvaine Arabo crée une deuxième revue, « Saraswati : revue de poésie, d’art et de réflexion », cette fois sous forme imprimée. Les deux revues « se complètent et sont vraiment à placer en regard l’une de l’autre ».

Des fables publiées en ligne

Le Choucas est une petite maison d’édition haut-savoyarde gérée par Nicolas et Suzanne Pewny. Bien qu’étant d’abord un éditeur à vocation commerciale, le Choucas tient aussi à avoir des activités non commerciales afin de faire connaître des auteurs peu diffusés, par exemple Raymond Godefroy, écrivain-paysan normand, qui désespérait de trouver un éditeur pour son recueil de fables, intitulé « Fables pour l’an 2000 ». Quelques jours avant l'année 2000, Nicolas Pewny publie ce recueil en ligne, avec un beau design.

Enthousiaste à la vue de ses fables en version numérique, Raymond Godefroy écrit à la même date : « Internet représente pour moi un formidable outil de communication qui nous affranchit des intermédiaires, des barrages doctrinaires et des intérêts des médias en place. Soumis aux mêmes lois cosmiques, les hommes, pouvant mieux se connaître, acquerront peu à peu cette conscience du collectif, d’appartenir à un même monde fragile pour y vivre en harmonie sans le détruire. Internet est absolument comme la langue d’Ésope, la meilleure et la pire des choses, selon l’usage qu’on en fait, et j’espère qu’il me permettra de m’affranchir en partie de l’édition et de la distribution traditionnelle qui, refermée sur elle-même, souffre d’une crise d’intolérance pour entrer à reculons dans le prochain millénaire. »

Très certainement autobiographique, la fable « Le poète et l’éditeur » (sixième fable de la troisième partie) relate on ne peut mieux les affres du poète à la recherche d’un éditeur. Raymond Godefroy restant très attaché au papier, il décide toutefois d’auto-publier la version imprimée de ses fables en juin 2001, avec un titre légèrement différent, « Fables pour les années 2000 », puisque le cap du 21e siècle est désormais franchi.

Le site web d’une romancière

Autre expérience, celle d'Anne-Bénédicte Joly, romancière et essayiste, qui habite en région parisienne. En avril 2000, elle crée un site web pour mieux faire connaître ses livres.

Elle relate trois mois plus tard : « Mon site a plusieurs objectifs. Présenter mes livres (essais, nouvelles et romans auto-édités) à travers des fiches signalétiques (dont le format est identique à celui que l’on trouve dans la base de données Électre) et des extraits choisis, présenter mon parcours (de professeur de lettres et d’écrivain), permettre de commander mes ouvrages, offrir la possibilité de laisser des impressions sur un livre d’or, guider le lecteur à travers des liens vers des sites littéraires. (...)

Créer un site internet me permet d’élargir le cercle de mes lecteurs en incitant les internautes à découvrir mes écrits. Internet est également un moyen pour élargir la diffusion de mes ouvrages. (…) Internet devra me permettre d'aller à la rencontre de lecteurs (d'internautes) que je n'aurai pas l'occasion en temps ordinaire de côtoyer. Je pense à des pays francophones tels que le Canada qui semble réserver une place importante à la littérature francaise
. » 

Pourquoi ce choix d’auto-éditer ses œuvres ? « Après avoir rencontré de nombreuses fins de non-recevoir auprès des maisons d'édition et ne souhaitant pas opter pour des éditions à compte d'auteur, j'ai choisi, parce que l'on écrit avant tout pour être lu (!), d'avoir recours à l'auto-édition. Je suis donc un écrivain-éditeur et j'assume l'intégralité des étapes de la chaîne littéraire, depuis l'écriture jusqu'à la commercialisation, en passant par la saisie, la mise en page, l'impression, le dépôt légal et la diffusion de mes livres. Mes livres sont en règle générale édités à 250 exemplaires et je parviens systématiquement à couvrir mes frais fixes. »

[Cet épisode est illustré par Hélène Equilbec.]


Notre prochain épisode : 2001 > De nouveaux genres littéraires

Nos épisodes précédents


Copyright © 2011 Marie Lebert