La Régulière, une librairie dans le 18e pour ne “pas déserter des quartiers”

Elodie Pinguet - 26.11.2016

Reportage - La Régulière 18ème - librairie La Goutte d'or - livres cafés


Le 18 octobre dernier, une librairie particulière a ouvert ses portes dans le 18ème arrondissement de Paris. À la fois maison de livres, café et petite galerie, la Régulière est conçue comme un lieu convivial où il fait bon vivre. Julia Mahler et Alice Schneider ont ouvert les portes de leur petit coin de paradis à ActuaLitté. Et on a fait bien attention de ne rien abimer.

 

 

 

C’est au 43 de la rue Myrha dans le XVIIIe que se dresse La Régulière, à mi-chemin entre les métros Château-Rouge et Barbès-Rochechouart. Fière et accueillante, dès le premier regard. À l’écart de l’agitation du quartier, elle accueille les visiteurs et curieux du mardi au dimanche entre 10 h et 19 h. Lorsqu’on pousse la porte de la boutique, on a le plaisir de découvrir bien entendu les livres, mais une douce odeur de café, des tables et des chaises.

 

Une histoire de feeling

 

Alice et Julia sont alsaciennes. Elles se sont connues au lycée et ont poursuivi leurs études à l’école Estienne à Paris. L’une se tourne vers le graphisme, sa camarade plonge dans le monde de la librairie. Depuis 2009, l’idée a évolué dans leur esprit : « Quand on vivait en colocation on parlait souvent de faire un projet à deux et de créer un espace qui nous ressemble. C’est devenu une librairie naturellement comme c’était le métier de Julia ».

 

Il y a un an, le projet a commencé à se concrétiser : préparation, rencontre avec différents acteurs, trouver le local, les financements, monter le dossier... « On est passé en commission d’attribution en juin et en juillet on a eu la réponse ». Dès lors tout s’enchaîne et 3 mois plus tard leur rêve voit le jour à la Goutte d’or.

 

Mais justement, pourquoi ce quartier ? Pour les filles c’est un peu une histoire de famille, comme le souligne Julia : « On habite dans le 18e depuis qu’on est arrivées à Paris, c’est vraiment un quartier qu’on connaît, qu’on apprécie et qui demande à être valorisé ». De plus les librairies n'y courent pas les rues – un Gilbert Joseph est à quelques minutes. C’est peut-être aussi un moyen de propager une découverte de la lecture à un plus grand nombre : « Il y a d’autres types de population qui, s’ils n’ont pas une librairie en bas de chez eux, ne vont pas rentrer dans ce genre d’espace. C’est pour ça qu’il ne faut pas déserter des quartiers. »

 

Question financement, le duo a puisé dans ses économies, et pu compter sur un prêt d'honneur de la ville de Paris ainsi que l'investissement des Cigales, clubs d'investisseurs solidaires privés. Elles ont également mis en place une cagnotte Ulule où des contreparties graphiques étaient proposées – des affiches des auteurs des éditions 2024 comme Guillaume Chauchat. La cagnotte a atteint son ovjectif de 10 000 €, fin octobre.

 

Et par delà les rues grises de la capitale, La Régulière fait un pied de nez aux clichés en offrant un espace clair, lumineux et aéré. Elles ont voulu créer un lieu qui leur ressemble et qui est également particulier : « On avait un peu envie de sortir de ça, de la librairie sombre où tu n’oses pas marcher parce que tu as l’impression que tu vas faire tomber une pile de bouquins. » La Régulière est donc à leur image : pétillante et organisée.

 

Une librairie très animée

 

Régulièrement, les filles organisent des événements spécifiques. Prochainement, le 7 décembre, elles accueilleront le lancement d’un livre jeunesse, Bric à brac magique (Le Seuil jeunesse), « autour de la création typographique, des jeux de superposition où les mots se dessinent ». L’auteure Diane Boivin et l’illustratrice Lysiane Bollenbach seront présentes à l’événement. Généralement en soirée, ces petits moments de vie animent le quartier et font venir des curieux, des intéressés et aident à faire connaître le lieu : « Ça aide à faire vivre la librairie au sein du quartier et de montrer que le lieu est ouvert et qu’il se passe des choses. Ça rend le lieu vivant, ça fait venir les gens et ça nous fait connaître ».

 

 

 

Presque tous les samedis matin à 11 h, ont lieu des ateliers destinés aux enfants, autour d’un grand axe, « le livre et l’image. On essaye que tout le projet soit le plus cohérent possible, dont les activités et l’espace d’exposition, qui reflète la proposition qu’on peut avoir dans la librairie ». Ces ateliers regroupent généralement une dizaine d’enfants et proposent des approches variées, avec beaucoup de dessin et son animés par des artistes revenant régulièrement. Ils ont débuté dès juillet au square Léon, à quelques minutes du local actuels et étaient organisés en partenariat avec l'association ADOS.

 

Pour leur mur d’exposition, qui varie selon les tendances du moment, ce sont actuellement des productions des Éditions 2024 qui sont mises à l’honneur par la présentation de plusieurs affiches : « c’est espace c’est comme une grande page blanche où les gens qui font un événement peuvent venir, s’exprimer et exposer des choses ». Un mur changeant donc, qui est également visible dès l’entrée dans la boutique.

 

Entre les livres et les cafés

 

L’espace est large, on entre sur la partie café légèrement délimitée du coin librairie par un petit mur de plantes. Mais alors que vient-on faire à La Régulière, acheter des livres ou boire une boisson chaude ? Et bien le but est de faire les deux, l’idée étant justement de créer cet espace où il est agréable de flâner. Et il n’y a rien de mieux que pouvoir directement se plonger dans son dernier achat littéraire, sans devoir attendre de rentrer chez soi : « Il y a beaucoup de gens qui achètent un livre à la librairie et qui après restent dans la partie café pour commencer à le feuilleter, mais ça marche aussi dans les deux sens. Il y a des gens qui viennent pour travailler et qui juste avant de payer vont faire un petit tour et craquent pour un livre. »

 

Dans ce lieu particulier, beaucoup de livres illustrés, « de la jeunesse, de la bande dessinée, des beaux livres, mais on a également de la littérature et des sciences humaines, de manière un peu plus concise. On essaye de vraiment sélectionner les livres qu’on propose, de pouvoir les défendre, de proposer également des petites maisons d’édition qu’on ne voit pas forcément partout ».

 

 

 

Plus qu’une simple librairie, La Régulière est l’aboutissement d’un projet commun à deux amies où le partage et la convivialité sont de rigueur. Elle vient animer un quartier pauvre en boutiques culturelle et rempli de clichés. Alice et Julia accueillent les visiteurs avec leur sourire, leur bonne humeur et leurs conseils littéraires. En explorant la librairie, inspectez la couverture des livres, certains sont ornés d’une petite feuille collée dévoilant les coups de cœur des deux fondatrices de la librairie. Vous qui passez dans le 18ème n’hésitez pas à y faire un tour et à en devenir des clients... réguliers.