Labo de l'édition : la recherche de projets innovants

Clément Solym - 08.06.2012

Reportage - Labo de l'édition - innovation - incubateur


7 mois d'existence et 9 entreprises hebergées : il était temps d'aller voir d'un peu plus près le Labo de l'édition, qui ajoute à son offre d'hébergement des formations et des rencontres. (si vous avez manqué Bob Stein, voir notre actualitté) « L'incubateur » : allait-on assister à l'éclosion d'un oeuf de dinosaure ? On nous avait prévenus de l'accueil de trois nouvelles sociétés (Aman Iman, Europa Apps et Pix Story), c'est donc réunion générale. La porte automatique s'efface : il y a même des pizzas.

 

Rappel : inauguré en décembre 2011, en présence de Bertrand Delanoë, le Labo a été rénové et confié aux bons soins de Laboratoire Paris Région Innovatio, qui écope de l'animation, «en lien avec les communautés concernées et les professionnels ». (voir notre actualitté)

 

Ça discute dans tous les coins : les fauteuils colorés, qui tranchent franchement avec le vert uniforme des murs, sont pratiquement tous occupés. « C'est un bizutage sympathique » lance Virginie Rouxel, déléguée générale du Labo. Tant que personne n'arrive déguisé en pompier, ça va... Dans quelques dizaines de minutes, au 1er, l'ambiance sera plus calme : les jeunes entrepreneurs seront au travail, l'innovation en ligne de mire.

  

Si les conversations se font plus rares, l'incubateur n'a rien d'un sanctuaire : c'est toute la chaîne du livre qui est représentée en open-space au premier étage du Labo de l'édition, et tous ses maillons sont reliés. « Il y a ce côté complémentarité qui est évidemment un plus, tout le monde fait des choses très proches, cela permet d'avoir une vision globale » explique Jean-François Moruzzi, d'eTechs & Compagnie. À tel point qu'on parle plus de « constellation » que de « chaîne » du livre, entre ces murs. Une certaine idée de la liberté...

 

 

 

 

StoryLab, « maison d'édition 100% numérique » née en même temps que le Labo de l'édition, a ainsi collaboré avec WeLoveWords, la communauté des auteurs, pour proposer un concours aux plumes, avec édition du texte à la clé. Il faut admettre que leur rencontre était inévitable : ils travaillent dans la même pièce. « J'avais besoin d'un ergonome pour renforcer l'interaction de la plateforme avec les visiteurs, et Nicolas de StoryLab m'a filé un de ses contacts » explique encore Antoine Garnier, cogérant de la librairie en ligne sanspapier.com (provocation, aussi, rime bien avec innovation).

 

Justement, l'innovation n'est pas réservée aux seuls acteurs numériques : la maison d'édition généraliste Aux Forges de Vulcain publie ainsi en papier, mais développe un logiciel d'aide à l'écriture, Egeon. « La plupart des traitements de texte actuels sont calqués sur une présentation tirée de la machine à écrire, qui est pourtant très mauvaise pour la créativité. On est à la fois auteur et lecteur, on voit tout le texte, et c'est très déstabilisant. » Egeon, dont la sortie est prévue à l'automne, aurait pu plaire à Hemingway, qui pensait que la machine à écrire « pétrifie la phrase avant qu'elle soit prête à imprimer. »

 

We all live in our Labo Submarine, Labo Submarine (air connu)


Quoi qu'il en soit, le tout pour tous est la règle : quelques services, du service presse aux photocopieuses en passant par les salles de réunion, sont mutualisés. Ça n'a l'air de rien, mais les comptes de fin de mois apprécieront. Par ailleurs, le Labo dispense à ses start-ups « des conseils financiers, juridiques, administratifs, ainsi qu'un soutien logistique appréciable » explique Jean-François Moruzzi, pourtant rompu à l'édition puisqu'il a fait ses armes chez Hachette. Les réunions de suivi du projet, mensuelles, sont une « vraie sécurité » pour les start-ups.

 

Le Labo est conciliant sur les loyers : il propose deux tarifications, une « décollage » réservée aux très jeunes entreprises (moins de 18 mois d'existence), et une « amorçage », destinée aux sociétés âgées de moins de 2 ans. Projet porté par la Mairie de Paris, le Labo de l'édition propose d'ailleurs aux entreprises les aides Paris Innovation Amorçage, qui pourront un peu plus réduire les coûts. Des partenariats privés se dessinent également à l'horizon : si les grosses boîtes peuvent porter les plus petites sur leurs épaules, tout le monde sera gagnant.

 

Il fait chaud dans l'incubateur, probablement pour faire éclore les idées : le Labo vient de signer un partenariat avec Google, pour une série de conférences proposées à tous. Car l'espace est ouvert  et offrira la possibilité, dans quelques mois, de venir tester différents supports de lecture numérique. Ou encore de venir squatter le rez-de-chaussée. Dépêchez-vous, les pizzas ne vont pas faire long feu.