Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le site Richelieu de la BnF rénové : visite guidée

Elodie Pinguet - 06.01.2017

Reportage - travaux BnF - site Richelieu BnF - BnF Richelieu


Depuis 2010, les rénovations du site Richelieu dans le 2e arrondissement de Paris sont en cours. Aujourd’hui, une première zone est achevée et les collections de la Bibliothèque nationale de France, de l’École des Chartes et de l’Institut national de l’Histoire de l’art y cohabitent. La deuxième phase des travaux débutera à l’automne et se poursuivra jusqu’en 2020.

 

La salle Labrouste (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Historiquement, la Bibliothèque nationale de France (BnF) est implantée sur le site Richelieu depuis 1721 et s’appelait alors la Bibliothèque royale. L’annexe François-Mitterrand, à Tolbiac, sera inaugurée quant à elle en 1998. De son côté, au site Richelieu se côtoient à présent trois institutions : la BnF, l’École nationale des Chartes (ENC) et l’Institut national de l’Histoire de l’art (INHA).

 

L’ENC, qui fêtera son bicentenaire en 2021, est une école dédiée aux conservateurs du patrimoine, des archives et des bibliothèques. Elle a depuis 2015 quitté ses quartiers à la Sorbonne pour emménager au 65 rue Richelieu. Sa bibliothèque profite de la rénovation pour investir « le quadrilatère Richelieu, pour occuper une grande partie de l’aile de la rue des Petits Champs ainsi que la Rotonde dite Voltaire. L’ouverture définitive de la bibliothèque au public est prévue pour le lundi 6 mars. »

 

En 1993, la bibliothèque d’art et d’archéologie de Jacques Doucet, qui deviendra celle de l’INHA, prend place dans la salle ovale : « A l’époque il était dit que cette installation était provisoire et qu’il faudrait lui trouver un lieu définitif. Il a été trouvé en 1998, ça serait la salle Labrouste. Aujourd’hui la bibliothèque de l’INHA s’installe dans la salle Labrouste avec le magasin central qui est maintenant ouvert aux lecteurs. De plus, depuis 1990, l’INHA a pris l’habitude de travailler en collaboration avec la BnF. Cette installation est ainsi l’occasion d’une collaboration renforcée avec la BnF et désormais avec l’ENC. »

 

Un projet d’envergure

 

De l’union de ces trois entités ont émergé trois ambitions pour la rénovation de cette bibliothèque, comme les expose Laurence Engel, directrice de la BnF :

 

  • - Ambition architecturale, patrimoniale et urbaine : « Il fallait réécrire le bâtiment au sein de l’ensemble urbain du quartier du Palais Royal, plus précisément réécrire ce qu’était le quadrilatère Richelieu, cet endroit fermé sur lui-même, avec comme ambition nouvelle de l’ouvrir. »
  •  
  • - Ambition de recherche : « Historiquement, Richelieu était une bibliothèque de recherche et cette fonction nous la partageons depuis que le projet de rénovation a été imaginé. »
  •  
  • - Ambition culturelle : « Il faut noter l’importance de la dimension culturelle, cette relation avec le public qui va continuer à se déployer et se développer. Nous allons proposer une programmation culturelle avec des conférences que nous allons réinventer ensemble. La dimension culturelle est encore présente dans la deuxième phase de travaux, où se trouve la sœur jumelle de la salle Labrouste, la salle ovale. On retrouvera cet équilibre entre la recherche et les collections. La rotonde des arts du spectacle montre qu’on ne s’est pas lassé de la diversité de ces collections. »

 

C’est un projet ample par sa durée, son ambition importante et également par les fonds nécessaires, 250 millions €, « dont 20 millions € dégagés sur le budget de la Bibliothèque nationale de France ». Un appel aux dons avait également été lancé par la BnF pour financer la rénovation de la salle ovale, comprise dans la phase 2 des travaux.

 

Un projet collectif de partage

 

Mais alors concrètement, qu’auront permis d’apporter ces rénovations ? Richelieu a bénéficié, en quelque sorte, d'un projet de réinterprétation du site et des missions des trois institutions, et ce, dans une « ambition collective » : « Les bibliothèques du 18e et 19e siècle généraient des usages, une forme architecturale, avaient des publics et des manières d’accéder à cette culture qui se sont radicalement transformés. Il fallait donner une forme architecturale à ce projet cette ambition culturelle, qui a évolué dans ses attentes et ses demandes. C’est d’abord mieux accéder au site en général, aux collections, permettre aux chercheurs de travailler dans les meilleures conditions possible ainsi qu’offrir les qualités de services que tout le monde attend aujourd’hui d’une grande institution culturelle. »

 

Physiquement, pour permettre ce partage de culture et de connaissance fortement mis en avant, il fallait « créer de la transversalité ». C’est ainsi que le bâtiment va se retrouver avec deux entrées, l’une rue Richelieu et l’autre rue Vivienne : « Un grand hall réunit ces entrées, avec un cheminement transversal entre les deux. »

 

La salle Labrouste et son magasin

 

Maintenant que les bases sont posées, rien de tel qu’une visite guidée en plein cœur du projet avec l’adjointe du département des arts et spectacles de la BnF. Premier arrêt, la bibliothèque merveilleuse de l’INHA en salle Labrouste. Une salle immense, un silence studieux et un décor qui donne le vertige, voilà une salle qui motive à travailler ! La bibliothèque de l’INHA regroupe environ 20 700 000 livres et sa richesse est due en partie à Jacques Doucet.

 

Salle Labrouste (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Pendant les travaux de la zone 2, la bibliothèque de l’INHA, qui possède une « collection importante d’estampes et de photographies, accueille dans la salle Labrouste le département d’estampes et photographies de la BnF, et cela crée une synergie intéressante ». Voilà de quoi renforcer cette collaboration et cette proximité entre les chercheurs.

 

Derrière la salle Labrouste se trouve le magasin central, qui avait été inauguré en 1874. Il se place sur plusieurs niveaux par le biais de caillebotis (des sortes de passerelles en fer reliées entre elles par des petits escaliers). Au centre de la pièce trône fièrement une « cabine des tubes, par laquelle étaient acheminés des bulletins manuels ». Les domaines de livres présents tournent essentiellement autour de l’histoire de l’art ou de l’archéologie.

 

L’École nationale des Chartes et sa Rotonde

 

Au troisième étage une petite salle ronde aux murs roses accueille des ouvrages précieux et anciens appartenant à l’ENC, c’est la Rotonde des donateurs, comme l’explique une responsable : « Ce sont des ouvrages qui sont arrivés dans la bibliothèque grâce à des dons et qui permettent aussi d’illustrer nos cours en histoire du livre grâce à des textes représentatifs des premières périodes. »

 

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0) 

 

 

La bibliothèque était en plein aménagement, contrairement aux deux autres elle n’accueillera du public qu’à partir de mars. Elle contiendra environ 60 places de travail.

 

Les arts et spectacles, à cheval dans le temps

 

La salle de lecture des arts et spectacles, du département de la BnF, met à jour une touche de modernité. Les murs sont blancs, le bois est clair, tout est fait pour apporter de la luminosité à la pièce. Elle dispose de 35 places de lectures, « il y a des places audiovisuelles, puisque dans ce département, il y a des captations de spectacles qui ont été numérisés. Et en plus des places de lecture simple, il y a des postes informatiques ».

 

Aux arts du spectacle, on note donc une interaction entre le monde moderne et l’ancien. Ainsi après la salle de lecture très moderne, la Rotonde des arts du spectacle est un « espace muséographique d’exposition permanente où sont présentées une quarantaine d’œuvres ». Ce département de la BnF est présent à Richelieu depuis 2004.

 

Galerie Auguste Rondel (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Dans la galerie Auguste Rondel, on regroupe une disposition similaire au magasin central, avec ses caillebotis. L’époque est la même que celle de Labrouste et un petit espace a été imaginé « tel qu’il était à l’époque de Labrouste donc on a retrouvé le mobilier d’origine, un chariot de magasinage, des petites tables et des chaises à patins spécifiques aux caillebotis ». Au moins, avec ça, aucun risque de coincer un pied de sa chaise dans les trous métalliques du caillebotis.

 

Une galerie de verre, issue de l’esprit de l’architecte responsable des rénovations, Bruno Gaudin, sert à faire la liaison entre deux bâtiments. Actuellement, elle lie la salle de lecture des manuscrits à la partie des arts du spectacle : « C’est un élément qui nous semblait indispensable pour réunir des deux rives du quadrilatère, être un vecteur de la transversalité. De jour, on voit la cour et plus tard dans l’après-midi on voit l’intérieur de la salle Labrouste. » Et accessoirement, c’est également un ajout moderne au milieu des façades du 18e.

 

Culture, réflexion et grand public

 

Vous l’aurez compris, ce projet titanesque de dix ans véhicule une mission importante, traduite comme telle par le directeur de l’INHA : « réfléchir sur les images, sur le patrimoine, augmenter nos connaissances, mais aussi faire en sorte que l’ensemble de nos concitoyens puisse se saisir de ces connaissances et les utiliser pour être plus libres et plus autonomes c’est une mission importante. »

 

L’ouverture culturelle au centre des préoccupations du projet sera véhiculée par de larges horaires d’ouverture, dès 7h30 pour la salle Labrouste par exemple. Des visites guidées, généralement le samedi en fin d’après-midi, seront organisées pour le grand public afin de faire découvrir la beauté des salles.

 

L’inauguration de cette zone un se fera entre les 13 et 15 janvier par le biais de conférences de visites et d’animations. Une sortie idéale qui sera à associer à la Nuit de la Lecture du 14 janvier pour vivre un week-end 100 % découverte et littérature.

 

<

>