L'édition scolaire, une incursion dans les salles de classe

Association Effervescence - 28.07.2015

Reportage - édition scolaire - manuels élèves - Education nationale


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l’association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l’association.

 

Cette semaine, une expérience bien différente vous sera contée : focus sur un autre domaine de l’édition, le scolaire. Voilà a priori un secteur éditorial auquel on ne pense pas, quand on se lance dans l’édition. À première vue, le contenu peut rebuter. Pourtant, travailler sur des manuels scolaires se révèle très intéressant. 

 

Manuels scolaires

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Le scolaire se distingue du parascolaire (cahiers de vacances, livres de soutien, etc.) dans la mesure où il s’adresse à deux publics : les élèves et les professeurs. Le contenu doit donc répondre aux besoins très différents de ce double public. Nombre d’enseignants ne choisissent pas un manuel pour l’utiliser en classe, mais comme outil de travail pour préparer leurs cours. Il s’agira d’être conforme aux programmes de l’Éducation nationale, tout en se singularisant des autres éditeurs ; l’édition scolaire obéit à une logique de demande, et non d’offre, puisqu’elle répond à un besoin préexistant, presque à une commande, formulée par les programmes. Ainsi, toutes les publications reposant sur le même schéma, il est aussi nécessaire que difficile de se démarquer, par des choix de contenus, de méthodes ou de présentation originaux. C’est souvent cette originalité qui va séduire le public enseignant ou bien c’est l’aspect pratique d’un manuel. Il y a là un paradoxe : ce sont les enseignants qui choisissent les manuels, pourtant, ceux-ci restent en premier lieu destinés aux élèves. 

 

Parfois les deux types d’attente sont difficiles à concilier. Par exemple, les éditeurs scolaires cherchent depuis longtemps à alléger les sacs des élèves en faisant des manuels plus petits ou plus légers ; cependant, des retours d’enseignants sur un manuel ont révélé qu’ils préféraient souvent un format plus grand pour plus de lisibilité.

 

L’édition scolaire a la réputation d’être, attention, mauvais jeu de mots, une véritable école et de former extrêmement bien les étudiants en édition durant les stages. En effet, les maquettes scolaires sont d’une grande complexité et exigent une relecture des plus rigoureuses sur plusieurs niveaux. Nous sommes dans le domaine de l’illustré : il ne faut pas seulement se concentrer sur le texte, mais aussi vérifier que tous les pictogrammes, liserés, filets, etc. sont à leur place, que tout est cohérent et harmonisé. Un long travail, au vu du nombre de couleurs, de graisses, de polices, d’ornementations et de signalisations utilisées dans les pages d’un manuel pour attirer l’attention sur tel ou tel point. Le découpage de l’ouvrage lui-même est très détaillé et l’on a affaire à un grand nombre de types de pages différentes (pages de leçon, d’exercices, de récapitulatif, de méthodes, de lexique, d’index, de contextualisation ou d’activités, etc.) ; chacune a donc sa logique et sa dynamique propre.

 

Comme pour tout livre, il faut s’assurer de la validité du contenu, mais aussi de sa pédagogie et de son efficacité : l’ensemble doit être parfaitement accessible pour les élèves du niveau correspondant, ce qui n’est pas toujours le cas à l’étape du manuscrit. Vérifier la conformité des leçons et exercices avec le programme fait aussi partie de la relecture. Il faut également faire tous les exercices et répondre aux questions pour s’assurer que les consignes sont claires, suffisamment explicites et cohérentes avec le niveau des élèves. Combien de fois a-t-on vu des exercices impossibles, des questions insolubles, manquant d’indices ou trop ambigus pour qu’on y réponde ? 

 

En plus de tout cela, il faut éviter tout propos maladroit ou pouvant créer une polémique. Cela peut prendre des apparences extrêmes : on se souvient de la mémorable affaire d’Oxford University Press avec le mot « porc ». Mais pour prendre des cas plus fréquents, le manuel est, comme tout ouvrage s’adressant à des mineurs, confronté à la question du « tout public », qui se pose au moment du choix des documents en littérature ou en histoire, par exemple. 

 

De manière générale, il faut aussi se mettre à la place de son lectorat : les pages de cours ou de synthèse vont-elles aider l’enseignant ? Sont-elles intéressantes pour les élèves ? Les éditeurs scolaires tentent depuis longtemps de donner une dimension ludique à leurs ouvrages. Placere et docere, telle est la devise actuelle. C’est un défi d’essayer de rendre plaisant un objet a priori rébarbatif pour les enfants ou les adolescents.

 

livres scolaires

Actualitté, CC BY SA 2.0

 

 

Tous les milieux de l’édition sont concurrentiels, même ceux où on l’avoue le moins. La concurrence dans l’édition scolaire a quelque chose de bien particulier, en raison des fameux programmes. Ceux-ci ne changent pas tous les ans, trop rarement au goût des éditeurs, même. Dans le scolaire, on attend la réforme. Les années où il n’y en a pas, inutile de racheter un manuel ! Ces années « creuses » sont donc des moments difficiles pour les éditeurs, qui sont obligés de rééditer leurs ouvrages, de proposer des ouvrages complémentaires à ce qui existe déjà ou de se lancer dans de nouvelles matières. Difficile de se renouveler sans changement de programme, et pourtant, il faut concevoir de nouveaux produits tous les ans. 

 

L’édition scolaire obéit en outre à un calendrier extrêmement régulier. De même que les beaux livres que l’on fait paraître à l’automne, ou la littérature, avec son traditionnel rendez-vous de la rentrée littéraire, les manuels scolaires paraissent à date fixe : en avril-mai. En effet, les livres doivent être envoyés sous forme de spécimens aux enseignants avant l’été, afin de leur permettre de faire leur choix ou de préparer leurs cours pendant les vacances. La période de production se tient donc essentiellement de septembre octobre à mars. L’été est réservé à la création de nouveaux projets.

 

Comme d’autres secteurs, le scolaire connaît une véritable pression numérique. Les versions digitales des manuels sont devenues en quelques années très attendues. Ces livres comportent en effet de grands avantages pratiques et pédagogiques. Projetés en classe, ils permettent de renforcer l’attention des élèves ou de créer en environnement de travail collectif. Le manuel numérique est aussi accessible en cours qu’à la maison, et peut dispenser les élèves de ramener les livres chez eux. En outre, les dernières versions de manuels numériques, interactives, sont complétées par les enseignants, qui peuvent y ajouter leurs propres documents. Ces contenus ne sont d’ailleurs plus uniquement visuels, comme sous la forme papier : en plus des manuels numériques, la plupart des éditeurs scolaires fournissent des documents audio ou vidéo, sous forme de base de données, en complément des ouvrages papier. L’offre numérique est donc absolument incontournable dans le domaine scolaire. Elle repose également sur un format complètement différent de l’ebook « traditionnel » et prend la forme non pas d’un document, mais presque d’un site internet ou d’une application.

 

L’attrait du domaine scolaire, pour qui y travaille, réside surtout dans la complexité de l’ouvrage final. C’est un travail collectif puisque généralement, ce n’est pas un auteur, mais toute une équipe d’enseignants, qui écrit. De plus, le manuel est une création éditoriale et se construit en grande partie selon l’initiative de l’éditeur, et lui laisse donc, comme dans le domaine du pratique en général, une grande marge de création.

 

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À mardi prochain !