Les romanciers du groupe Gallimard, futures stars du cinéma

Nicolas Gary - 03.02.2015

Reportage - tournage cinéma - auteurs Gallimard - films adaptations


Placée sous le saint patronat de Patrick Modiano, la rencontre organisée par le Salon des Lieux de tournage et le groupe Gallimard donnait l'occasion d'une rencontre en direct entre les auteurs et des producteurs et réalisateurs. L'exercice a quelque chose de périlleux, pour les romanciers, qui présentent alors leur livre devant les professionnels de l'audiovisuel réunis. ActuaLitté s'est trouvé une petite place, pour observer l'ensemble. 

 

 

Olivier-René Veillon, directeur de la commission du Film d'Île-de-France, soulignait en introduction combien Patrick Modiano était l'un des auteurs dont l'œuvre s'ancrait le plus dans une relation avec l'espace. Que ce soit le lac d'Annecy ou les rues de Paris, « les romans de Modiano font des lieux des éléments de narration. Pour chacun de ses livres, même si d'autres auteurs se sont emparés de cela, le rôle du lieu dépasse la seule notion d'espace, pour devenir un signifiant à part entière ». 

 

Et de poursuivre : « C'est un facteur, un moteur, ce qui participe de la difficulté d'adapter ses œuvres au cinéma : ses livres ont déjà une approche cinématographique. Il intègre cet élément et chaque ouvrage entretient ce lien si particulier avec la spatialité. » 

 

De quoi mettre à l'aise les auteurs venus présenter leurs livres, pour cette rencontre placée sous l'égide du Prix Nobel de littérature. 

 

 

Olivier-René Veillon Frédérique Massart

Olivier-René Veillon et Frédérique Massart (chargée des droits chez Gallimard)

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La relation étroite que les littératures peuvent entretenir avec les lieux n'est certainement pas à démontrer, et le choix du groupe Gallimard, qui mettait en avant six auteurs, se portait avant tout sur des œuvres avec un espace bien particulier. « L'an passé, douze auteurs étaient invités, pour présenter leurs ouvrages, devant les professionnels. Cette année, nous avons organisé, plus en marge de l'activité globale du Salon, une rencontre avec une vingtaine de producteurs, qui découvriront les ouvrages », nous expliquaient les organisateurs.

 

Bourgogne, Pays-Basque... et même la SNCF

 

Ainsi, pour Marin Ledun, ce sera le Pays Basque, ce « Far West européen », dont il raconte, entre autres choses, les comportements mafieux dans Au fer rouge. Elsa Marpeau prend appui sur la région Bourgogne pour Et ils oublieront la colère tandis qu'Alexis Brocas raconte les années 80-90 dans une ville de Saint-Clone, haut lieu d'une petite bourgeoisie si parisienne avec La vie de jardin...

 

Les lieux ne sont pas simplement des espaces géographiques à proprement parler : Claire Fercack inscrit pour sa part les Histoires naturelles de l'oubli dans le Museum d'Histoire naturelle. Yaël Hassan, avec Le professeur de musique, mêle une histoire qui va de concert avec... l'Orchestre national d'Île-de-France. Le plus étonnant est encore à venir avec le livre d'Agnès Vannouvong, Gabrielle : ici, c'est le train qui fait office de lieu, devenant le point de jonction entre Paris et Genève. « C'est un lieu de poésie et de métaphore, et il devient l'endroit où se déroule une partie des rêveries, des espoirs, des chagrins », explique-t-elle.

 

Associés à chacun des livres, des représentants des lieux évoqués interviennent, poursuivant la démonstration devant les représentants du cinéma. On parle des aides que les régions ou les départements peuvent apporter, de l'attractivité du territoire. La SNCF, pour exemple, rappelle qu'une centaine de fictions sont tournées chaque année : une activité cinématographique qui passerait pour anecdotique, mais « le train est le prolongement de la vie de tous, le lieu paradoxal de nos déplacements, immobiles ». 

 

 

IMG_0912

ActuaLitté, CC BY SA 2.0 

 

 

Les auteurs ont chacun leur manière de faire : raconter une histoire n'est pas commode. On se sert de notes, on parle par allusion, avec des plaisanteries, des clins d'œil. Certains évoquent le point de convergence, de leur œuvre, confrontée à la réalité. « C'est aussi une relation entre l'espace et le temps, qui se joue dans la narration romanesque », explique Elsa Marpeau, dont le livre raconte comment la Seconde Guerre mondiale se prolonge bien des années encore après... 

 

Visualiser les oeuvres, par la parole 

 

Au terme de cette séance, le passage en public, les rencontres se font plus intimes : les auteurs et leur éditeur (éditrice) vont passer une authentique séance de speed-dating. Une quinzaine de minutes, pour faire connaissance, le tout à l'heure du déjeuner. Tous les auteurs n'ont pas pu assister à ce rendez-vous (Marin Ledun et Yaël Hassan), et bien entendu, une sympathie plus grande s'exprime pour ceux qui interviennent. Une représentante de l'industrie allemande ne tarit pas d'éloge sur l'intervention d'Agnès Vannouvong, et d'Alexis Brocas.

 

« Les contrats ne se signeront pas immédiatement, mais nous pouvons toujours faire parvenir les livres, pour que chacun prenne la mesure de ce qu'il est possible de faire », nous précisent les éditions Gallimard. Un autre producteur français s'amuse : « Certains ont une manière de parler qui facilite la représentation : leurs explications sont plus visuelles. Nous travaillons dans l'image, nous sommes habitués à visualiser, mais là, on nous macherait presque le travail. »

 

L'année passée, le livre de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, faisait partie des ouvrages exposés. « Il n'est pas possible d'affirmer que, grâce à notre implication au Salon, les droits du livre ont été vendus, mais le livre de Maylis a été acheté par la suite. Notre démarche est avant tout de s'associer à un espace, pour mettre en œuvre un mécanisme d'échange avec les producteurs, réalisateurs, et les personnes chargées des repérages. »  

 

Si durant les interventions d'auteurs, on prête attention à ne faire aucun bruit, le speed-dating est plus animé : on parle des vins, des livres, des régions. L'occasion de rencontres entre ceux qui participent à faire la littérature et le cinéma. Elsa Marpeau se souvient que plusieurs projets ont été montés, mais Charline de Lépine, productrice (Macondo) résume : « Pour neuf bons projets que nous découvrons un seul parvient à se faire. » 

 

Le Salon des lieux de tournage, avec Un livre Un lieu, entend bien concrétiser plus de rencontres.