Librairie Antre Monde : ésotérisme, érotisme, et plus si affinités

Clément Solym - 13.04.2011

Reportage - antre - monde - librairie


Dans une période où les librairies ferment, où le climat est morose et que tout le monde redoute fébrilement l'avenir en numérique, Taly Lefebvre vient d'ouvrir sa boutique. L'Antre Monde, c'est tout à la fois une librairie et une galerie, en plein Paris, avec derrière plus qu'un concept : une vocation.

Souhaitant répondre à un besoin des lecteurs et amateurs tout à la fois d'ésotérisme d'érotisme, de Bit-Lit, de Steampunk, d'uchronie, de fantasy et d'imaginaire plus globalement, Taly a également ajouté une note esthétique, en mettant en avant des créatrices de bijoux uniques, mais également tout un univers ésotérique, dans un rayon dédié. Enfin, photographes, illustrateurs et artistes seront les bienvenus dans l'établissement, puisque la galerie leur est grande ouverte.

Quant aux paresseux, un rocking-chair les attend, au fond de la boutique. Parce que, lire de l'érotisme dans un rocking-chair, c'est la classe. ActuaLitté a décidé, intrigué, de fureter un peu dans cet établissement qui ouvrira officiellement ses portes le 17 avril. Et en quelques questions, faire dévoiler à la jeune libraire tout son projet.

L'Antre Monde est un lieu éclectique. Comment as-tu réuni tous ces univers ?

C'est la volonté de vouloir mélanger certaines thématiques tout à la fois librairie et produits dérivés, qui font fuir le libraire généraliste moyen, les institutions et les banques alors que le public est là, bien que personne ne veuille l’admettre.

Il faut savoir qu’en France, quad tu fais ton BP libraire (brevet professionnel) on t’explique gentiment que seules les librairies généralistes ou jeunesse trouvent un vrai public et sont l’avenir du pays alors qu’il y en a beaucoup de ric-rac au niveau financier. En gros, elles servent surtout à justifier les subventions du CNL, Syndicat de la librairie et autre Drac.


Donc, tout ce qui est concept est exclu par les institutions et les banques qui ont 30 ans de retard au niveau mentalité et innovation par rapport à des pays comme l’Angleterre, l’Allemagne, pour ne citer que les exemples que je connais.

J’ai demandé des aides à la création au CNL : on m’a répondu texto : « seules les librairies généralistes et jeunesse peuvent amener la convivialité dans un quartier ». Donc même si je m’étais spécialisé BD ça ne serait pas passé.

Alors je me suis battue avec la banque en leur démontrant chiffre à l’appui, ceux des boutiques de fringues gothiques et d’autres collègues spécialisées, que j’avais toutes mes chances ! Ça a duré trois mois entre le dépôt du dossier et la signature des prêts. Il serait intéressant qu'un journal - le tien ? - se penche sur les relations avec les banques, y’a de quoi faire au niveau bêtise et incompétence ! [NdR : dis rien, faut que je vois ma banquière bientôt...]

Conclusion : je suis ouverte depuis trois semaines et j’ai pour l’instant toute la clientèle de quartier et certains forums Bit-Lit qui passent, et achètent !, beaucoup de petits éditeurs. Pas que mon but soit spécialement de mettre en avant des petits éditeurs, mais surtout que vu les remises dérisoires des grands distributeurs autant mettre en avant des éditeurs que j’aime et qui me font de meilleures conditions !


À l'heure d'internet, quelle est la relation que tu vas entretenir, par exemple avec les réseaux sociaux ?
J’ai choisi, vu mes thématiques, de me rapprocher des forums et blogs spécialisés et de créer en parallèle du site, toujours en construction, une page officielle Facebook pour la librairie.

À l’heure où l’on parle de la création d’un portail pour les librairies généralistes, je constate que j’ai un contact plus direct avec une partie de ma clientèle potentielle via ce média. Quand je vois que j’ai déjà 485 fans en un mois de lancement de la page et le nombre d’interactions quotidiennes j’ai le sentiment que certains parlent beaucoup.

Après on est bien d’accord que c’est bien beau d’avoir des fans, mais s’ils pouvaient venir tous dépenser des sous au lieu de dire « j’aime » sous les photos que je poste quotidiennement ça serait mieux ! (éclats de rire)

Bon, très bien... Mais le livre numérique ne te fait pas paniquer non plus ? Après tout, si la vente peut se dématérialiser complètement, comment poursuivre son activité ?
Perso si on me trouve un modèle économique fiable et que j’ai une remise digne de ce nom je suis prête à étudier la question. Mais d’après ce que j’ai compris au Salon du livre, on en est à un système de téléchargement chez le libraire que le client pourrait faire tout seul comme un grand chez lui. Je n’ai pas bien compris pourquoi ils viendraient chez nous alors...

La question existentielle que je me pose aussi, et dont j’ai le sentiment qu’elle n’intrigue personne, est dans notre pays avec ses 10 % de chômeurs et les 2/3 des travailleurs au SMIC quel pourcentage de la population peut se permettre de payer un lecteur + les fichiers ? Après tu peux bien sûr me dire que si les gens arrivent à se payer des consoles de jeux + les jeux ils peuvent bien se ruiner pour un lecteur ebook… [NdR : en tout cas, merci de pas parler de liseuse...]

Autre question : quand est-ce qu’on vrai un vrai sondage aux véritables concernés : les clients ? Parce que la fiabilité des sondages Livres Hebdo réalisés sur trois jours au téléphone en appelant des gens dans l’annuaire au pif… c'est bof. Et je suis loin d’être la seule à avoir le sentiment de ne pas vivre dans le même monde que les sondages Livres Hebdo, surtout dans les parties chiffres.

On verra bien... pour le moment, parle-moi plutôt des genres que tu vas proposer et du regard du grand public. Les mentalités changent ?

Déjà le grand public est beaucoup moins stupide que les grosses chaînes essayent de nous le faire croire. Les clients sont à la recherche de littérature que l’on ne voit pas partout, les mieux en tous cas. Les petits éditeurs sont un frais bol d’air, car ils permettent de mettre en avant de nouveaux auteurs qui ne rentrent pas forcément dans le moule de la littérature très diffusée par le système des offices.

De plus, les éditeurs comprennent enfin l’importance de chouchouter les gros forums et blogs ce qui permet de créer un véritable effet de communauté autour de thématiques précises.


On me demande beaucoup de Fantasy en VO, ainsi que les titres mis en avant sur certains forums. En fait, je suis en train de découvrir la vivacité des communautés de lecteurs qui n’ont aucun intérêt autre que la passion, je n’ose même pas évoquer le système des services de presse devant eux…

Au niveau évolution des genres, certaines thématiques arrivent enfin en France. Des fois il est nécessaire de rappeler aux clients que la Fantasy a plus de 20 ans ou le Steampunk est un véritable art de vivre en Angleterre ou en Allemagne (voir à ce sujet le dossier du dernier Elegy Magazine).

Librairie L’Antre-Monde
142 rue du Chemin Vert, 75011 Paris





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