Manga Numérique : Esquisse d'une offre idéale en France

Clément Solym - 12.09.2011

Reportage - manga - numerique - offre


La France est le deuxième pays consommateur de manga derrière le Japon. Autant dire que le marché français est très important pour les éditeurs japonais et français de manga.

En une vingtaine d'années, les manga se sont imposés dans le paysage éditorial français et font quasiment jeu égal avec les BD sur le nombre de nouveautés annuelles. Les fans en veulent toujours plus et le nombre de sorties (nouveautés) annuelles ne cesse d'augmenter. Seulement, à ce train-là on peut se demander si le marché ne va pas finir par atteindre son point de saturation. D'autant plus que la crise déséquilibre un peu la balance...

Le numérique, un second souffle ?

Le numérique pourrait être le canal de diffusion qui viendrait faire respirer un système qui risque de s'essouffler. En effet, la hausse des prix des manga, le risque de saturation et la brouille de certains fans avec le système éditorial actuel (qui s'exprime notamment au travers du scantrad, mais aussi sous la forme de griefs exprimés par les fans à l'encontre des éditeurs sur les forums et sites spécialisés) pourraient bien être les symptômes d'un marché qui a besoin de trouver un second souffle.


Il devient donc urgent de mettre en place des offres numériques qui prennent en compte les réalités du marché et les désirs des fans. D'autant plus, que le phénomène du scantrad prend une ampleur de plus en plus importante et sème les germes de dérives qui pourraient s'avérer catastrophiques.

Pour l'heure, les éditeurs français n'ont pas vraiment les mains libres, car les éditeurs japonais ne négocient les droits numériques qu'au compte-gouttes. Si cette situation devait changer, les éditeurs devraient prendre en compte un certain nombre de paramètres pour proposer une offre la plus attractive possible :

Trois points essentiels


Tout d'abord, une bonne clarté et une grande visibilité de l'offre seraient primordiales. Il faudrait donc que les éditeurs mettent un accent particulier sur le numérique dans leur politique de communication : annonces régulières dans les médias des nouveaux titres du catalogue numérique, visibilité de l'offre sur leurs sites et possibilité d'accéder facilement à celle-ci (liens sur leurs réseaux sociaux, sur leurs sites...). À titre de contre exemple : on notera qu'il n'est pas fait mention des offres numériques Iznéo sur les sites de Casterman (et sa maison d'édition manga Sakka) et de Kana et qu'aucun lien vers celles-ci n'est proposé à l'internaute. Il serait aussi important que l'offre proposée soit claire et facile à comprendre afin de ne pas décourager les internautes néophytes. Il faudrait donc éviter des systèmes complexes comme celui de J-Manga. Pour lutter contre le piratage, l'offre légale doit impérativement être aussi claire et aussi visible (si ce n'est plus) que le scantrad.


Le prix des oeuvres du catalogue numérique serait aussi un point important. Que cela soit justifié ou pas, les lecteurs n'envisagent pas de payer une oeuvre numérique à un prix trop proche de celui de la version imprimée. Il conviendrait donc d'appliquer une réduction significative. Si l'on se base sur l'enquête de mars 2010 menée par Ipsos les lecteurs souhaitent une réduction de 45 % sur le prix de la version numérique d'un manga par rapport à sa version imprimée.

Enfin, le point qui pourrait être le plus important, la simultanéité. Les lecteurs français de manga sont peut-être très attachés au papier, mais s'il y a bien une chose qui pourrait les décider à lire sur un écran c'est la simultanéité avec le Japon. Et c'est bien là, la principale force du scantrad - avec la gratuité. Une offre légale numérique en simultanée avec le Japon pourrait faire considérablement baisser la popularité du piratage. On peut bien sûr imaginer des sorties de volumes reliés en quasi simultané comme le propose Kazé Manga avec Gate 7, mais on peut aussi et surtout imaginer des sorties de chapitres en simultané. Cela permettrait, pourquoi pas, de remettre sur la table l'idée des magazines de prépublication. Avec le numérique les risques seraient moindres et avec la diffusion de chapitres en quasi simultanée avec le Japon, le succès devrait être au rendez-vous.

Gratuité et simultanéité pour une offre idéale

Ainsi, on peut imaginer deux solutions : la création d'un magazine de prépublication numérique réunissant plusieurs titres de divers magazines du même éditeur, ou une édition numérique traduite de tel magazine de prépublication (par exemple du Shonen Jump) de tel éditeur (en l'occurrence Shueisha).


Une plateforme réunissant des tomes numériques (composant le fond de catalogue) et de tels magazines de prépublications pourrait être très vite populaire. Pour encadrer cela, il faudrait que les prix soient très attractifs. Cela pourrait être une formule d'abonnement ouvrant accès en lecture simple à tout le site ou encore une formule mélangeant gratuité (soutenue par de la publicité géolocalisée comme sur J-Comi) pour les magazines de prépublication et achat (avec téléchargement serait l'idéal) des titres du fond de catalogue.

Bien évidemment, cette solution paraît difficile à mettre en place en sachant que les éditeurs français doivent payer à l'avance les droits des oeuvres aux éditeurs japonais. Cela dit, là encore, on peut imaginer une autre solution. Pourquoi ne pas proposer aux éditeurs japonais de devenir partenaire et partager les revenus générés par leurs titres sur une telle plateforme.

Ainsi, ils n'auraient qu'à fournir les versions numériques de leurs oeuvres et engrangeraient sur le long terme une part plus importante. Quant aux éditeurs français, cette solution leur permettrait de mettre en place un nouveau canal de diffusion rentable sans prendre trop de risques et sans engager trop de frais et mettre à mal le scantrad sans rentrer dans un conflit. On peut même imaginer, soyons fous, que des teams de scantrad, qui ont tout de même un certain savoir-faire en la matière, soient engagées par les éditeurs dans ce cadre légal.


Un tremplin pour les manfras

Cette solution aurait un autre avantage : la visibilité sur les oeuvres populaires. En effet, il suffirait de proposer quelques sondages (du genre quelle série préférez-vous ? Ou quelle série aimeriez-vous voir éditée ?) pour savoir quels titres ont le plus de chance de rencontrer le succès en version imprimée. Et avec l'essor de l'impression à la demande, la question du stock serait également réglée : sur les manga recueillant le moins de popularité, on pourrait n'imprimer qu'en fonction des commandes réellement passées. Une telle plateforme pourrait aussi être profitable aux manfras.

Cela leur permettrait de profiter d'une plus grande visibilité. Avec le numérique, les éditeurs en proposeraient plus en prenant moins de risques et en engageant moins de frais. Bien évidemment, pour attirer les lecteurs, il faudrait une grande mise en avant et de la gratuité (toujours soutenue par de la publicité géolocalisée). Là encore, on peut envisager un magazine de prépublication numérique gratuit avec des sondages. Cela permettrait aux éditeurs d'avoir des indicateurs fiables pour lancer une édition imprimée.

Répercussions envisageables sur le marché

Si l'on se projette un peu dans l'avenir, on peut supposer que la mise en place de solutions de ce genre puisse avoir des répercussions significatives sur le marché. On profiterait d'une offre en deux temps avec d'un côté des catalogues numériques énormes et de l'autre un marché des titres imprimés légèrement moins important. Tout cela sans atteindre le point de saturation.

Il est probable aussi que le marché des titres imprimés soit composé de quelques découvertes, de nombreux titres (popularisés par le numérique) en version luxueuse et de quelques titres à forte valeur culturelle. Ces derniers faciliteraient, avec une bonne communication, la mise en relation avec de nouveaux lecteurs (en plus des fans de manga bien sûr) qui ne seraient pas habitués à lire des manga.

Finalement, le numérique permettrait de proposer une offre très complète et de voir les tendances et le marché de l'imprimé resterait bien celui qui conquit de nouveaux lecteurs et ravit les fans.


Les dossiers Manga numérique :
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