Manga numérique : le Japon, regard sur le marché

Clément Solym - 05.05.2011

Reportage - manga - numerique - japon


Avant d'évoquer les solutions mises en place au Japon en ce qui concerne le manga numérique, il serait bon de prendre connaissance de l'ampleur du marché là-bas. On n'est plus dans les balbutiements d'un marché naissant comme en Europe, ni face à un marché en plein boum mais avec une offre ridicule comme aux États-Unis. Le marché du numérique japonais est plus mature et les manga y tiennent une grande place.

Masaaki Shimizu, le manager général de la stratégie d'affaires internationales de Bitway s'est entretenu avec ICV2 à ce propos. Précisons que Bitway est le plus gros vendeur de manga numériques au Japon avec plus de 39.000 titres (en provenance de plus de 300 éditeurs dont certains des plus importants comme Kadokawa, Kodansha, Shogakukan, Libre Publishing, Tokyopop, Shueisha, ou encore Square Enix...) et une moyenne de 25 millions de téléchargements par mois.


Les manga constitueraient 80 % du marché numérique

Selon lui, le marché numérique au Japon pèserait 67 milliards de yens soit environ 593,3 millions d'euros (estimation pour 2010). Les téléchargements de manga représenteraient plus de 80 % de ce marché, pour environ 55 milliards de yens (toujours en 2010) soit 487,5 millions d'euros.

Toujours selon Masaaki Shimizu, les recettes des contenus numériques devraient passer à 76 milliards de yens (environ 673,2 millions d'euros) en 2011 avec un taux de croissance de 16 % pour les téléchargements sur téléphones portables et de 20 % pour les nouveaux appareils comme l'iPad. Un point intéressant si l'on se fie aux estimations de Bitway, c'est que la croissance pour les téléchargements sur portable devrait ralentir, on pourrait même s'attendre à un petit déclin en 2014.

Dans le même temps les téléchargements pour tablettes et autres appareils dans ce genre devraient augmenter de manière exponentielle jusqu'à arriver au même niveau que les téléchargements sur téléphones portables et PC. Dans cette optique, les Japonais auront donc à adapter leur modèle qui avait été fondé essentiellement sur le succès des téléchargements via téléphone.
 
Crédits image : ICV2

Un écosystème bouleversé par les tablettes

Une tendance est déjà amorcée d'après Masaaki Shimizu qui explique que de nombreux éditeurs commencent déjà a ré-éditer leurs titres pour des tablettes dans des versions avec de meilleures résolutions et de nouveaux bonus multimédias. Il faut noter ici que les motion comics (hybrides entre une BD, ou un comic, ou un manga et un dessin animé) n'ont pas du tout fonctionné au Japon, et que l'ajout de couleur ne semble être envisagé que pour les marchés étrangers.

L'idée serait en fait, non pas d'avoir une version d'un titre pour tous les appareils, mais plusieurs versions chacune optimisée pour un type d'appareil. Il affirme aussi travailler avec les éditeurs pour développer de nouveaux services pour les nouveaux appareils.

De cette interview, on peut encore tirer quelques remarques intéressantes. En général les éditeurs proposent au téléchargement des fichiers de la taille d'un chapitre ou de la moitié de celui-ci. Les prix varient de 10 (0,08 €) à 100 yens (0,80 €) par fichiers mais se situent en moyennent autour de 40 yens (0,35 €). En général acheter un titre en entier au format numérique coûte sensiblement le même prix que de l'acheter sous forme de Tankobon (volume relié), voire un peu plus cher. Cela dit avec l'arrivée des nouveaux appareils de lecture les éditeurs envisagent de revoir le prix d'un exemplaire numérique à la baisse par rapport aux Tankobon.

À la recherche de nouveaux canaux

On apprend aussi que les Japonais lisent des manga le plus souvent le soir (et non pas dans les heures de pointe du métro), le pic de fréquentation étant vers minuit. Enfin, si Maasaki Shimizu voit le piratage et les scantrad comme un gros problème, il affirme tout de même que le streaming gratuit pourrait constituer un bon outil promotionnel. Dernière remarque importante, Maasaki Shimizu explique que durant cette phase chaotique (particulièrement pour le manga numérique) les « éditeurs cherchent différents canaux pour augmenter les opportunités de ventes ».


Comme on l'a vu avec Crunchyroll, si le marché est assez fort ils n'hésitent pas à nouer des partenariats pour le numérique. On pensait d'ailleurs que c'est par cette porte et en se passant des éditeurs locaux qu'ils viendraient en Europe, mais on occultait le fait que notre marché n'est pas prêt et qu'il n'existe aucun acteur avec qui nouer des liens. Comme si les éditeurs japonais allaient venir en Europe et créer de toutes pièces avec leurs fonds propres les solutions pour le numérique.

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