Manuels scolaire et littérature jeunesse : deux mondes à explorer

Association Effervescence - 12.08.2014

Reportage - stage littérature - édition travail - chaîne éditoriale


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association. 

 

Cette semaine, deux autres étudiantes de la promotion Édition nous confient leurs impressions sur leur stage de fin d'année.

 

Cela fait maintenant quelques semaines que nous recueillons pour vous les témoignages des étudiants du master Lettres modernes appliquées de Paris-Sorbonne. Aujourd'hui, la parole est à Charlotte et Angélique, qui nous font entrevoir les missions d'un stagiaire dans les secteurs de l'enseignement scolaire et de la jeunesse. 

 

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Desk

Luca Masters, CC BY 2.0

 

 

Charlotte Monnier – Éditions Vuibert, Groupe Albin Michel 

 

En stage en tant qu'assistante éditoriale depuis trois mois, et jusqu'au 30 août, au sein du groupe Albin Michel, hier soir, je me suis assise à mon bureau pour me demander : « Mais que fais-tu toute la journée ? »

 

Figurez-vous que la réponse n'est pas si simple. Comme je m'occupe principalement d'ouvrages universitaires, consacrés à la recherche en stratégie d'entreprise et en management, je sais que je ne fais pas « exactement » ce que je veux, à savoir de la littérature au sens disons plus « romantique » du terme. Mais j'apprends. Tous les jours et chaque minute de mon stage, j'apprends, de tout, sur tout, partout. Je pense que c'est en cela que l'édition est magique : on n'a jamais fini d'en apprendre ni jamais fini d'être un poil insatisfait. L'édition, c'est l'insatisfaction permanente en parfaite adéquation avec une passion satisfaite au quotidien.

 

Et travailler dans un grand groupe, c'est un gros truc. 

 

C'est croiser des gens tous les jours sans connaître leurs noms, c'est se savoir inconnue aux yeux des autres, c'est se savoir un tout petit maillon perdu au milieu d'une gigantesque chaîne qu'on qualifie d'éditoriale. Mais c'est génial. 

 

C'est être acteur sur un plateau qu'on regarde de loin depuis des années d'études. C'est remplir une fonction que l'on serait incapable de remplir sans précisément ces mêmes années d'études. C'est découvrir de l'intérieur un monde fait d'idéaux littéraires autant que de basses préoccupations commerciales. C'est aller grailler dans les intestins d'un corps immortel qu'on appelle « littérature », poésie, essais, manuels ou romans. L'édition, c'est un peu passer de l'autre côté du miroir qui brille sur les étagères de nos librairies. C'est découvrir la face obscur des mots, des lettres, des polices, des feuilles de style, des maquettes, des contraintes budgétaires, des paginations décalées, des ISBN tronqués, des couleurs inversées, des dos trop étroits par rapport au nombre de pages prévu dans le CEP, des titres courants incomplets, des quatrièmes de couverture qui ne sont jamais suffisamment accrocheuses (même après quatre essais), des imprimantes dont les magasins de papier sont systématiquement vides, des auteurs qu'il faut sans cesse ménager, des correcteurs qu'il faut sans cesse rassurer sur la non-disparition de l'orthographe française, des bibliographies qui confondent les italiques et les guillemets, des excès du logiciel de correction Prolexis qui veut vous faire remplacer le mot anglais barbare analysis par « anal ici », des BàT à l'image des nombreuses et littérales épreuves qui les ont précédés, des yeux qui prennent feu après avoir fixé un écran dix heures de suite… Effectuer un stage en édition, – et dans quelque secteur que cela soit, à mon très humble avis – c'est tout cela. 

 

Mais c'est génial.

 

Pour voir le profil Linkedin de Charlotte Monnier, cliquez ici.

 

 

Angélique Cadinu-Campana – Gallimard Jeunesse, services « Univers de personnages » et « Documentaires »

 

Mon stage se déroule de juin à septembre, soit pour une période de quatre mois. Contrairement à  beaucoup de mes camarades, je n'ai pas trouvé ce poste d'assistante éditoriale en répondant à une annonce. J'avais déposé mon CV sur l'Asfored, à tout hasard, et surprise ! ce sont mes directrices de stage qui m'ont contactée. Peu après notre rencontre, elles m'ont proposé le poste et j'ai immédiatement accepté. Même si mon premier stage avait été très formateur, je n'avais pas encore eu l'occasion de participer à la phase de création des ouvrages. C'est ce que l'on m'a promis lors de mon entretien chez Gallimard Jeunesse, et je n'ai pas été déçue.

 

Je travaille pour deux éditrices sur deux types de publications destinées aux enfants âgés de 2 à 10 ans, environ : d'un côté, les documentaires, de l'autre, les titres en rapport avec des personnages aux univers marqués tels le Petit Nicolas, le Petit Prince, Gruffalo, Pénélope... Le fait de collaborer simultanément sur ces segments est très stimulant car cela m'assure un rythme de travail intense.

 

Concrètement, je participe au suivi éditorial des titres en cours d'élaboration, de la lecture critique des manuscrits (romanesques ou documentaires) à la vérification des traceurs, en passant par tous les types de travaux en amont de l'impression (traduction, vérification d'informations, recherches iconographiques...). J'ai aussi l'occasion de faire de la coordination éditoriale avec les acteurs des projets sur lesquels je travaille : auteurs, illustrateurs, graphistes, correcteurs et même coéditeurs anglophones, pour certains ouvrages. 

 

L'ambiance de travail, la relative autonomie que l'on m'accorde et le développement de projets inédits sont autant d'opportunités pour déployer ma créativité. Chaque collection, chaque ouvrage, de création ou de coédition, appelle un traitement spécifique. C'est une stimulation et un challenge constant de renouveler son approche des textes, et du contenu en général. Ainsi, je suis amenée à proposer des partis éditoriaux, à réfléchir sur de nouveaux titres et même à concevoir le contenu de futurs ouvrages sur le modèle de précédentes parutions. 

 

À mon sens, ce stage est le plus complet qui soit pour se familiariser rapidement avec tous les types de contraintes éditoriales, comme le rapport texte-image ou la conciliation d'impératifs budgétaires avec l'identité graphique que l'on souhaite insuffler aux livres. Les formes sont multiples – albums, livres animés, livres d'activités, romans de poche ou grand format – si bien que la fabrication a une place tout aussi importante que les considérations littéraires et imagières. 

 

Il me reste un peu moins de deux mois avant la fin de mon stage, mais j'en ai déjà tiré des implications pour mon orientation professionnelle. Si je n'ai pas renoncé à m'essayer à la littérature adulte, française et étrangère, je serais tout aussi enthousiasmée à l'idée d'intégrer le secteur de l'édition jeunesse. 

 

Pour voir le profil Linkedin d'Angélique Cadinu-Campana, cliquez ici.

 

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À mardi prochain !