Manuscrit Story #6 : le temps des désillusions et de l'amertume

Marc Varence - 16.03.2016

Reportage - histoire publication - manuscrit éditeur - auteur aventure


Parti en quête d’un éditeur pour son manuscrit, Marc Varence raconte, chaque semaine, ses boires et déboires, dans les colonnes de ActuaLitté. Une aventure humaine, faite de hauts, de bas, et de courriers types de refus – voire de courriers parfois humiliants. C’est en tout cas un nouvel épisode de Manuscrit Story qui s’ouvre. Ici, les premières déceptions sont au rendez-vous, et pas des moindres.

 

 

 

Une première lettre sans la moindre aménité !

 

« Ce roman globalement mal écrit, usant de clichés et d’invraisemblances représente un dilemme. L’idée de l’auteur est originale, et l’histoire tient la route à de gros détails près. Il faut envisager une réécriture (nécessaire) du roman.

 

Le fait que deux adolescents SDF soient chargés d’espionner les Etats-Unis ne fonctionne – bien entendu – pas. Ensuite, le narrateur sème quelques extraits de l’essai de Jake Valentin « Barrez-vous, ça chlingue » tout au long du récit. Cela contribue à tuer dans l’œuf un suspens qui ne demande qu’à éclore. D’autant que ces passages empestent la bien-pensance et les poncifs. Et le titre ne vaut guère mieux. L’anti-américanisme explicite sent mauvais le made in France de Montebourg. C’est bien dommage.

 

L’idée de construire un centre dont le but consiste à rééduquer les non-consommateurs qui théorisent de plus en plus dans un monde gouverné par une peur volontairement distillée par les superpuissances est, pour ma part, très intéressante. En outre, le mode de vie des communautés, cloisonnées par le polygone, est filmé. Les violences sont visibles par les autres couches de la société qui habitent dans le Polygone. Charmant. »

 

La méchanceté gratuite n’a aucun intérêt

 

« Globalement mal écrit » ! La sentence tombe ! Lourde ! Sans ambiguïté ! Je ne lis que ce bout de phrase, qui me poursuit, qui me blesse. Le reste est à l’avenant. Une colère sourde me prend aux tripes. Je me ressaisis. Après tout, il ne s’agit que de l’avis d’un lecteur de maison d’édition.  Un lecteur qui, aveuglé par ses opinions politiques, n’a même pas remarqué que les deux « adolescents SDF » avaient respectivement 29 et 25 ans ! Un lecteur qui devient rapidement méprisant par l’utilisation de termes révélant sa médiocrité d’esprit : « empestent » en est un exemple. Mais un lecteur qui, quelque peu mal à l’aise, tente de nuancer – à peine – ses propos en rappelant qu’il s’agit d’une idée… très intéressante.

 

Les éditions de l’Archipel ont joint la note de lecture à leur lettre de refus. Le lecteur a même pris soin de coter mon travail : 3 ! Sur dix ? Sur vingt ? Peu m’importe ! Le résultat est déprimant. Voire insultant ! Or, selon moi, et comme Laurence Ortegat l’a souligné dans l’épisode précédent de Manuscrit Story, blesser l’auteur ne lui permettra pas d’avancer. Cela n’a aucune utilité. Quel que soit le résultat, il faut respecter le travail solitaire de l’auteur. Dans mon cas, l’éditeur n’a pas pris de gants. Il a fait preuve de maladresse. Mais, cela ne me dérange pas. Ce lecteur n’a pas accroché.

 

Point barre. Il estime mon texte « mal écrit ». Je zappe. Cela dit, la démarche de la maison d’édition est d’autant plus idiote que tout candidat auteur est, la plupart du temps, un gros lecteur… et donc un client potentiel. Consciemment ou inconsciemment, il y a de fortes chances pour que je tourne définitivement le dos aux productions des éditions de l’Archipel, Écriture, Presses du Châtelet et Archipoche. Franchement, de la part d’un professionnel aguerri tel que Jean-Daniel Belfond, cela m’étonne.

 

« Je n’écris pas pour les intellocrates parisiens ! » (Bernard Werber)

 

Ils seront nombreux – très nombreux – à vous dire que Bernard Werber, Marc Levy et Guillaume Musso écrivent comme des pieds. Que c’est archinul ! Et pourtant, ces trois auteurs, chaque année, vendent l’équivalent d’un million de livres ! À de sombres imbéciles ? Certainement pas. Je me souviens d’avoir bu un café en compagnie de l’auteur de « Et si c’était vrai ».

 

Nous devisions de choses et d’autres dans un palace bruxellois, l’Amigo. Lorsque je lui ai demandé de s’exprimer à propos de ces critiques visant sa « faiblesse » littéraire, il m’a aussitôt répondu : « Je m’en contrefiche. Je donne du plaisir à 500 000 personnes chaque année. N’est-ce pas là l’essentiel ? » Bernard Werber m’a tenu, différemment, à peu près le même discours. C’était à Brive-la-Gaillarde, pendant la Foire du Livre, avec un sourire en coin, l’auteur des « Fourmis » a précisé sans détour : « Je n’écris pas pour séduire les vieux intellocrates parisiens ! J’écris pour le grand public ! »

 

Une chose est sûre désormais : en cas de publication, ce « Polygone » ne laissera pas indifférent.

 

Un refus constructif : celui d’Anne Carrière

 

Il est rare qu’une maison d’édition retourne le manuscrit par voie postale. C’est néanmoins le cas pour le refus d’Anne Carrière. Elle joint une petite carte où elle justifie son refus, avec bienveillance et délicatesse. Elle met d’ailleurs le doigt sur un point qui devrait me permettre d’améliorer mon travail.  Elle aurait aussi voulu avoir davantage d’action et d’ambiance au sein même du Polygone.

 

Je me rends alors compte ne pas avoir précisé qu’il s’agit du premier tome et que l’action à l’intérieur de l’enceinte occupera l’entièreté du second tome. Toutefois, grâce à ses quelques remarques, je vais pouvoir repenser certains passages du livre, en donner plus aux lecteurs, pour, un jour ou l’autre, être en mesure de présenter à nouveau une version corrigée de mon texte.

 

Les refus me parviennent au compte-gouttes. À ce stade, un grand nombre d’auteurs s’offusquent, refusent de se remettre en question et renoncent. Certains se tournent vers l’édition à compte d’auteur ou l’édition en ligne. D’autres, écœurés, en viennent parfois à harceler l’un ou l’autre éditeur.

 

L’éternel optimiste, lui, encaisse, souffle, réfléchit un instant… et retrouve le sourire. Rien n’est perdu ! Il faut encore y croire.   

 

 

 

« Le Polygone » au 15 mars

 

Lecture en cours : Albin Michel, Au Diable Vauvert, Bragelonne, Cherche-Midi, Denoël, Flammarion, JC Lattès, Kéro, La Différence, Le Passage, Métailié, Mnémos, Pierre Astier, Presses de la Cité, Rivages, Robert Laffont, So Far So Good, XO

 

Refus direct : de Fallois

Refus par courrier (lettre-type) : Fayard

Refus par courrier (lettre-type + commentaire) : Archipel

Refus par lettre circonstanciée : Anne Carrière

Refus par mail : Fleuve noir, Liana Levi, Ring