Manuscrit Story #7 : sans auteurs, il n’y aurait pas d’éditeurs !

Marc Varence - 22.03.2016

Reportage - publication roman - aventure auteur - manuscrit édition


Début janvier 2016, Marc Varence a décidé, manuscrit sous le bras, de partir à la recherche d’un éditeur pour son ouvrage, Le Polygone. Un thriller, fini depuis quelque temps déjà, mais en quête désormais d’une maison pour suivre sa route. Chaque semaine, l’écrivain nous raconte le parcours de son ouvrage, son devenir, ses refus. Entre espoirs et déceptions, toutes les difficultés qu’affronte un auteur. Manuscrit Story #7 vient de sortir.

 

L'écrivain François d'Épenoux, au côté de Marc Varence

 

 

À ses débuts, l’auteur du « Réveil du cœur » a failli tomber dans le piège de « La Pensée Universelle »

 

Ce jeudi 10 mars, sous les coups de 19 h 30, j’anime une rencontre littéraire dans une nouvelle librairie bruxelloise : Mot passant, à Jette. Il faut insister sur le mot « nouvelle », car, de nos jours, les fermetures sont malheureusement plus nombreuses. Ce jeudi donc, je reçois François d’Epenoux, pour la présentation de son nouveau récit, Les jours areuh (éditions Anne Carrière). Malgré l’assistance réduite, celle-ci est de qualité et l’écrivain dédicacera une quinzaine d’ouvrages.

 

 

Avant la rencontre, j’en ai profité pour lui parler de « Manuscrit Story » et lui poser quelques questions dans la foulée :

 

Vous souvenez-vous de votre première quête de maison d’édition ?

 

François d’Epenoux : « Oui, bien sûr. C’était il y a plus de vingt ans. Ma petite amie et moi, on a parcouru tout le sixième arrondissement avec un grand sac en bandoulière. Je n’avais pas les moyens d’envoyer mes manuscrits par la poste. Nous nous sommes arrêtés dans toutes les grandes maisons parisiennes. Je me souviens des lettres de retour, en général stéréotypées, mais aussi des deux ou trois réponses encourageantes, notamment celles de François Nourissier et de Jean-François Laclavetine. Ces deux immenses éditeurs m’ont envoyé des mots certes très brefs, mais ô combien sincères, montrant qu’ils avaient lu mon texte. »

 

« Pour l’anecdote, j’ai failli faire un emprunt étudiant de 50 000 francs pour être publié à La Pensée Universelle. Un piège absolu ! Mon père qui était journaliste à L’Express s’est méfié. Il en a parlé à l’un de ses collègues, critique littéraire, qui lui a dit de ne surtout pas signer. Cette société promettait monts et merveilles : une double page dans un grand quotidien et un passage sur les ondes de RTL. En fait, il y avait effectivement une double page dans Le Monde, mais juste une succession de titres. Vous pensez bien que cela fait vachement vendre…

 

Et puis, le passage radio où ils évoquaient le titre parmi quinze autres, avait lieu entre deux et trois heures du matin. C’était l’arnaque totale ! D’ailleurs, il suffisait de voir leur logo pour s’apercevoir qu’il s’agissait de faisans professionnels. Ils avaient un hôtel particulier somptueux dans le quatrième arrondissement. Cela paraissait quand même un peu curieux. Les gens se retrouvaient avec trois mille livres entreposés dans leur cave, ni diffusés, ni distribués. Les auteurs en étaient réduits à écouler leur stock sur les marchés. »

 

« Chez Grasset, il m’a manqué deux voix pour obtenir l’unanimité ! »

 

 

« Après ce premier manuscrit refusé partout, j’en ai écrit un deuxième, également refusé partout. Je me suis accroché à mon rêve. Le troisième manuscrit, intitulé Gégé, je l’ai envoyé à vingt-cinq éditeurs dans une enveloppe en kraft avec un petit mot. J’ai reçu deux retours positifs : un de Grasset et un de Minuit. Chez Grasset, il m’a manqué deux voix pour obtenir l’unanimité, passage obligé pour être publié. Aux éditions de Minuit, Irène Lindon voulait que je retravaille la moitié de mon texte. Suite à cette énième désillusion, je suis parti en vacances, un peu triste. À mon retour, j’ai écouté les messages enregistrés sur mon gros répondeur à cassette. Et j’ai entendu la voix grave d’Anne Carrière qui souhaitait absolument me rencontrer. C’était un jour ensoleillé de septembre, à l’angle de la rue des Saints-Pères. Après une heure d’entretien, j’ai signé mon premier contrat. Je me suis alors dit que c’était un des plus beaux jours de ma vie ! »

 

Se faire la main en participant à des concours de nouvelles

 

D’autres personnalités se sont prêtées au jeu. Ces écrivains renommés ont répondu à une question bien précise.

 

Romancière et journaliste, Sophie Loubière fut la première à me répondre. Auteure de huit romans, de nouvelles policières et d’un livre pour la jeunesse, elle a acquis une certaine notoriété dans le milieu littéraire, et pas seulement grâce à ses talents d’animatrice radio (Parking de nuit, sur les ondes de France Inter, ainsi que Info polars, sur France info).

 

Forte de votre expérience, quel conseil n° 1 pourriez-vous donner à un candidat auteur qui vous aborde lors d’une séance de dédicaces ?

 

Sophie Loubière : « Que notre auteur en herbe se fasse déjà la main en participant à des concours de nouvelles pour savoir s’il a un avenir quelconque dans la littérature. Les appréciations de nos amis sont toujours le reflet de cet espoir impératif que nous avons d’être publiés. Il faut avoir foi en soi, avoir des convictions, mais surtout il faut apprendre à douter de ses enthousiasmes. Enfin, le premier roman porte souvent en lui toutes les histoires que l’auteur veut raconter. À ce titre, il est rarement abouti et fourmille de clichés littéraires, lesquels sont à chasser avec vigueur. »

 

Sans auteurs, il n’y aurait pas d’éditeurs !

 

Paul Colize est un écrivain belge bien connu des amateurs de polars. Publié chez Seff, Krakoen, La Manufacture de livres, avant de signer chez Fleuve noir pour son dernier roman, Paul Colize a dû batailler pour que son talent soit enfin reconnu.

 

En toute sincérité, sur base de votre expérience personnelle, existe-t-il des trucs et astuces pour capter l’attention d’un éditeur ?

 

Paul Colize : « Pour répondre à votre question : TOUS les éditeurs sont à la recherche de manuscrits de valeur. Rares sont ceux qui ne sont pas au moins parcourus. Cela dit, un “truc” est de se faire ouvrir la porte par un auteur, ce qui assure d’avoir son manuscrit au-dessus de la pile. Le meilleur truc reste d’avoir un texte de qualité... »

 

Une histoire de champs magnétiques !

 

Le mot de la fin pour l’auteur du dernier prix Goncourt, Mathias Énard, fidèle aux éditions Actes Sud depuis ses débuts.

 

Qu’éprouvez-vous lorsqu’un candidat auteur vous aborde lors d’une séance de dédicaces ?

 

Mathias Énard : « De la peur ! »

 

Persuadé de la qualité de son œuvre, le candidat auteur se montre bien souvent maladroit. Presque vindicatif lorsqu’il se sent éconduit pour la millième fois. Écumant de rancœur, il peut inquiéter l’écrivain confirmé. Je comprends donc la réaction de l’auteur de Boussole (Actes Sud, 2015) et de Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (Actes Sud, 2010)… entre autres.

 

 

 « Le Polygone » au 22 mars

 

Lecture en cours : Albin Michel, Au Diable Vauvert, Bragelonne, Cherche-Midi, Denoël, Flammarion, JC Lattès, Kéro, La Différence, Le Passage, Métailié, Mnémos, Pierre Astier, Presses de la Cité, Rivages, Robert Laffont, So Far So Good, XO

 

Refus direct : de Fallois

Refus par courrier (lettre-type) : Fayard

Refus par courrier (lettre-type + commentaire) : Archipel

Refus par lettre circonstanciée : Anne Carrière

Refus par mail : Fleuve noir, Liana Levi, Ring