Manuscrit Story #8 : depuis Bruxelles, l'encre se mêle aux larmes

Marc Varence - 31.03.2016

Reportage - manuscrit story - recherche éditeur - Bruxelles attentats


L’aventure peut être longue : une fois la rédaction de son manuscrit achevé, tout auteur exprime le désir de voir son ouvrage publié. C’est le cas de Marc Varence, éditeur et auteur, qui vient d’achever Le Polygone, titre de son thriller. Au cours des prochaines semaines, ActuaLitté publiera les commentaires de cet auteur parti en quête d’une maison d’édition. Sans regard sur la qualité du texte, c’est le cheminement vers la publication qui sera développé. Mais cette semaine, une pause, impérieuse.

 

 

 

Petite parenthèse, car l'encre se mêle aux larmes !

 

Né en 1968 à Uccle, une commune bruxelloise, j’ai grandi dans les communes du nord de la ville. Bruxelles, capitale de la Belgique, celle que je considère comme étant mienne. Véritable melting-pot, ma ville fait aujourd’hui la Une de tous les médias. Et pas pour son Manneken-pis, ni pour son Atomium, ni pour ses frites ou son chocolat.

 

Dans les années septante (pour les Français, lisez « soixante-dix »), quand on évoquait Molenbeek, on pensait RWDM, le club de football communal qui fut sacré champion de Belgique lors de la saison 1974-1975. Enfant, je gambadais sur les chemins pavés qui bordaient le bois du Laerbeek. Des vaches broutaient dans les champs environnants. Nous n’étions pourtant qu’à dix minutes du centre-ville. Même si le premier choc pétrolier avait quelque peu refroidi nos élans tout droit issus des Trente Glorieuses, nous vivions encore dans une parfaite insouciance.

 

Pendant la sécheresse de 1976, à l’école Aurore, nous jouions en toute quiétude, le torse nu. Chaque soir, je lisais et relisais mes Tintin, mes Lucky Luke, mes Astérix et mes Spirou. C’était l’époque de l’île aux enfants, et pour le petit garçon que j’étais, d’Albator, du capitaine Flam et de Goldorak. Quasiment chaque jour, ma grand-mère me gavait de steak, de stoemp (lisez « stoump, purée de légumes), et je pouvais déjà accompagner mon repas d’un petit verre de bière.

 

« Les rêves sont en nous » (Pierre Rapsat)

 

Bruxelles, c’est aussi la ville de Jacques Brel, de Pierre Rapsat, de Jacky Ickx, d’Annie Cordy, du Grand Jojo, de Marka, de René Magritte, de Franquin, d’Hergé, de François Schuiten, de Peyo, de Philippe Geluck, de Jacqueline Harpman, de Jean-Philippe Toussaint, d’Edgar P. Jacobs, de Toots Thielemans, de Maurane, de Lara Fabian, de Stromae, d’Amélie Nothomb, de Jean-Claude Van Damme, de José Géal (théâtre de Toone), d’André Vésale, de Paul-Henri Spaak, de Sœur Emmanuelle, de Vincent Kompany, de Paul Couturiau, de Jean Roba, ou encore de Stéphane Steeman. J’aurais pu encore vous citer plusieurs dizaines de noms.

 

Bruxelles a produit de grands rêveurs, de grands utopistes, de grands artistes. Et Bruxelles souffre en ce mois de mars 2016, victime de sa trop grande générosité.

 

Un extrait où il est question de peur

 

Dans ce nouvel épisode de Manuscrit Story, le huitième déjà, je vous livre en primeur un extrait du « Polygone »... un extrait malheureusement en phase avec l’actualité :

 

« L’HÉRITAGE DE LA PEUR !

C’était il y a une soixantaine d’années. Vous qui avez connu ces golden sixties, honte à vous ! Honte à vos enfants aujourd’hui quinquagénaires ou sexagénaires qui n’ont pas pu, ni voulu remettre en question le fonctionnement des institutions, l’emprise des banques, les agissements suspects des décideurs. Votre croyance en un monde uni sous la houlette du grand capitalisme a entraîné vos descendants – nous, la génération suivante – dans le siècle de la PEUR ! La peur de ne pouvoir décrocher un emploi en rapport avec nos compétences. La peur de perdre notre place d’Occidental jusque-là privilégié, pour des raisons fallacieuses bâties sur l’autel de la rentabilité. La peur de tout perdre. La peur de l’autre à chaque coin de rue. La peur de parler, de manifester notre colère, de voyager dans les pays dits “à risques”, de respirer l’air de Paris, de baiser sans préservatif, de danser dans les rues, de prier à l’église, de se bourrer la gueule, de parler vrai.

 

De révolution, il ne peut plus être question. Le problème n’est plus national, mais mondial. Volonté américaine d’imposer ses dogmes à la planète tout entière, à condition d’engranger un maximum de bénéfices. Volonté d’imposer ses vues en créant d’abord la Société des Nations en 1919, l’ONU en 1945, puis l’OTAN dans la foulée, en 1949. Volonté d’imposer ses semences, et donc sa façon de cultiver la Terre, par l’entremise de multinationales US. Ces mêmes entreprises qui ont usé de défoliants, d’herbicides, de pesticides et autres saloperies présentes dans nos campagnes. Revendeurs d’OGM infestant nos sols pour en faire des usines à produire toujours plus de manière calibrée, au mépris du goût et de la nature. Coupables également de l’extermination ou de la disparition d’espèces animales. Coupables d’épandage d’armes chimiques pendant la guerre du Vietnam.

 

Prendre les armes pour renverser le gouvernement mondial est utopique. À la différence de l’étudiant de 1968, celui de 2020 est résigné, abattu, contraint à s’expatrier aux confins du globe pour… avoir une chance de s’en sortir.

 

Foutre le camp… pour ne plus avoir peur ! »

 

 

 

« Le Polygone » au 28 mars

 

Lecture en cours : Albin Michel, Au Diable Vauvert, Bragelonne, Cherche-Midi, Denoël, Flammarion, JC Lattès, Kéro, La Différence, Le Passage, Le Rocher, Métailié, Mnémos, Pierre Astier, Presses de la Cité, Rivages, Robert Laffont, Scrineo, So Far So Good, XO

 

Refus direct : de Fallois

Refus par courrier (lettre-type) : Fayard

Refus par courrier (lettre-type + commentaire) : Archipel

Refus par lettre circonstanciée : Anne Carrière

Refus par mail : Fleuve noir, Liana Levi, Ring