Manuscrit Story : attendre les réponses d'éditeurs, “le supplice risque d’être long”

Marc Varence - 01.03.2016

Reportage - manuscrit story - éditeur recherche - livre rédaction auteur


L’imprimante a chauffé fort, mais voici le manuscrit abouti. Reste à lui trouver LA maison où il pourra déployer tout son potentiel. C’est l’aventure que poursuit Marc Varence, qui a fait le tour des maisons d’édition parisiennes, pour soumettre Le Polygone. L’ouvrage trouvera-t-il couverture à son pied (de page) ? C’est toute l’aventure de Manuscrit Story, épisode #4.
 


 


« T’as pas mal ! T’as pas mal ! »


Les deux premiers refus n’entraînent aucune amertume. En fait, l’auteur doit s’attendre, pour certaines structures éditoriales, à s’être trompé de cible.

« Monsieur,

Après lecture de votre manuscrit Le Polygone, il s'avère que celui-ci ne correspond pas aux fictions que nous souhaitons publier, indépendamment de la qualité de votre texte.

J'en suis désolé et vous souhaite de trouver le bon éditeur.

Sincères salutations »

 

Premier refus le vendredi 19 février, soit le lendemain de la remise du texte ! Le début de la réponse n’est donc pas approprié. « Après lecture » en moins d’une journée, ce n’est pas crédible. Disons plutôt que le pitch ne convenait pas dans l’orientation voulue par la maison. Il eût été plus réaliste d’écrire « Après un rapide survol de votre manuscrit ». Je ne reverrai donc pas les deux chats qui m’ont accueilli chez RING, rue de l’Arbalète. L’un d’eux s’était montré très câlin.

 

L’éditrice de Iain Levison me dit non ! Dommage…

 

« Bonjour,

et merci d’avoir pensé à nous pour votre Polygone. Mais nous ne publions pas de thriller d’anticipation et privilégions pour notre collection “Policiers” des textes possédant un ancrage réaliste et sociétal (cf chez nous par exemple et dans des univers différents : Emmanuel Grand ou Qiu Xialong).

Je vous souhaite bonne chance dans vos démarches,

Cordialement »

 

Une semaine après dépôt du texte par courriel, les éditions Liana Levi motivent leur refus. Erreur de casting. Rien de grave. La qualité du texte n’est pas remise en question. Cela dit, très peu d’éditeurs – voire aucun – se permettent de descendre un texte, fût-il exécrable.

 

Fleuve noir, Mnémos et Bragelonne ont accusé réception. C’est déjà quelque chose.

 

"Un accusé de réception, même si cela ne sert pas à grand-chose, ça fait du bien au moral."

 

Le candidat auteur vit ses premières heures d’angoisse, d’attente. Le chemin semble parsemé d’embûches. L’assurance des premières heures fond comme neige au soleil. Autant l’auteur rabâchait les oreilles de ses proches lorsqu’il était dans sa phase de création, autant il ne la ramène plus désormais. Et le supplice risque d’être long : plusieurs semaines, plusieurs mois. On s’imagine bien en train de patienter, confortablement installé dans l’un des canapés de l’entrée d’Albin Michel, rue Huyghens (voir photo). On s’accorde le droit de rêver. Ce n’est pas interdit. Irréaliste, peut-être. Interdit, certainement pas !

 

La meilleure chose à faire dans ces cas-là, est de se relancer directement, d’entamer la rédaction d’un nouveau roman, d’une nouvelle œuvre. De caresser un nouvel espoir… une chimère pour certains. En ce qui me concerne, d’ici quelques jours, je poursuivrai l’écriture du deuxième volume, de la suite du Polygone. Quand l’onirisme devient un refuge.

 

Ce qu’on a du mal à accepter, quand on est candidat pour la publication de son texte, c’est de devoir patienter aussi longtemps. En 2016, à l’heure des logiciels et applis en tout genre, cela paraît insensé. Les maisons d’édition ont encore recours à des lecteurs(trices), qui transmettront leurs avis aux éditeurs(trices), qui liront et soupèseront le pour (la qualité) et le contre (l’anonymat de l’auteur), jusqu’à – peut-être – proposer le manuscrit au cours d’une réunion. Et si le directeur éditorial (ou la directrice) est bien luné(e), il (ou elle) tranchera après en avoir parlé au directeur commercial… ou au directeur général. Tout ce cheminement prend des plombes. Ce qui peut paraître injuste, c’est que des personnalités politiques, des pseudo-stars de la télé-réalité, ou des bimbos sans cervelle puissent être publiées sur un coup de fil. Un claquement de doigts et hop ! Si ça se trouve, ils ou elles ne sont pas capables d’aligner trois lignes, mais bon… ce n’est pas le plus important. Ça se vendra, tel est l'objectif principal !

 

Sainte Marie, Mère de Dieu…

 

Pendant tout ce temps, l’auteur rumine, se dit que c’est normal de ne pas avoir de nouvelles, qu’à la limite, c’est sûrement de bon augure. On se rassure comme l’on peut.

 

On classe les maisons par ordre de préférence. On suppute. On y accole des étoiles, comme l’on note des hôtels. Il arrive même que la mère de l’auteur – qui se morfond devant sa boîte aux lettres – aille placer un cierge à l’église. Il a l’air de tellement y tenir à cette publication, le petit… Oui, pour une mère, son fils est toujours petit, même si elle doit lever la tête pour lui parler…