Manuscrit Story : L'auteur, un demandeur d’emploi (Comment j'ai cherché un éditeur)

Marc Varence - 16.02.2016

Reportage - Manuscrit Story - publication roman - éditeur auteur aventure


Parti en quête d’une maison d’édition pour son manuscrit, pour l’instant baptisé Le polygone, l’auteur Marc Varence a décidé de raconter son aventure sur ActuaLitté. Manuscrit Story se moque gentiment des codes de la téléréalité, pour explorer les démarches par lesquelles il faut passer avant d’espérer décrocher le Graal de la parution, chez un éditeur.

 

« Comment vais-je endosser mon habit de VRP ? Quels arguments mettre en avant pour convaincre ? Et comment faire en sorte d'intégrer rapidement le cercle très fermé des locomotives commerciales d'une maison d'édition parisienne ? Tout, absolument tout, sera détaillé ! »

 

 

 

 

Après l’écriture, la relecture. Après la relecture, la protection. Via le site e-dpo.com, une protection revient à 20,00 €. Celle-ci est valable pour cinq ans. Même si le plagiat est excessivement rare dans le monde du livre, il vaut toujours mieux se prémunir contre d’éventuelles mauvaises surprises.  Un manuscrit bien présenté aura plus de chances d’attirer l’attention et d’être lu en entier.

 

Quelques conseils basiques :

  • Utiliser une police simple et agréable à lire,
  • Interligne 1,5 ou 2. L’éditeur doit pouvoir insérer des remarques, des annotations,
  • Uniquement en Recto,
  • Attention au respect des règles de typographie,
  • Relier le texte et joindre deux feuilles de plastique transparent en guise de protection,
  • Au verso du manuscrit, vous pouvez proposer une 4e de couverture accrocheuse (court extrait, pitch et courte présentation de l’auteur),
  • Numéroter les pages.

 

Uniquement en recto... Bonjour l’épaisseur, et donc le poids multiplié par deux. J’opte pour le recto-verso, au risque de froisser certains éditeurs. Ce n’est pas eux qui vont se coltiner le poids des manuscrits dans une valise. Pour le reste, tout y est.

 

« On navigue en eaux troubles »

 

Il est toujours plus aisé de critiquer autrui, de repérer les fautes d’un collègue, de commenter un match de football, que de réaliser son autocritique. Il n’y a rien de plus ardu et de plus fastidieux que de se relire, d’une part parce qu’on connaît le texte par cœur, et d’autre part parce qu’on ne sera jamais dans la peau de notre lecteur lambda.

Du point final au texte, jusqu’à la remise aux éditeurs, on navigue en eaux troubles. Le doute, peu à peu, s’installe. « N’ai-je pas commis une œuvre désastreuse ? Est-ce vraiment publiable ? Parmi les milliers de manuscrits déposés chaque jour, celui-ci captera-t-il l’attention ? »

 

J’attache une importance énorme à l’orthographe, même si j’admets que certains auteurs à forte notoriété ont une orthographe exécrable. Mais aujourd’hui, pour avoir une chance de sortir du lot, il faut présenter une copie parfaite. N’oubliez pas que les éditeurs reçoivent de 2000 à 5000 manuscrits par an, en moyenne. Ces chiffres sont valables pour des maisons parisiennes de taille moyenne. Les Gallimard, Seuil, Plon, Grasset, Albin Michel, Flammarion et autres en réceptionnent trois à quatre fois plus. C’est énorme ! Le pire, c’est qu’on considère que 0,05 % de ces textes sera effectivement publié, soit un manuscrit sur deux mille ! Et dire que Le Polygone ne sera déposé que dans des maisons d’envergure...

 

« Une action très proche de celle du demandeur d’emploi »

 

De trop nombreux candidats auteurs envoient leurs textes à des maisons dont ils ne connaissent ni les collections, ni les auteurs et encore moins leur zone d’influence ou de distribution. Comment peut-on tenter sa chance auprès d’un éditeur dont on ne connaît que le nom ? C’est un peu comme si un demandeur d’emploi postulait au hasard. Il n’aurait aucune chance d’obtenir un entretien d’embauche.

 

Avant de rédiger ma lettre d’accompagnement, je dois donc m’informer sur l’histoire de ces maisons d’édition, sur leurs différentes collections et leur ligne éditoriale. C’est indispensable. Je n’oublie pas de parler de l’éditeur et je nomme la collection dans laquelle je verrais bien s’insérer « Le Polygone ». Cela flattera l’éditeur qui me rangera peut-être parmi ses lecteurs – et donc clients —. Son approche vis-à-vis du manuscrit, et avant la moindre lecture, s’en trouvera modifiée. Quelle que soit la taille de la maison d’édition, il faut également préciser que ce serait un honneur que de voir mon nom figurer dans le catalogue, aux côtés de certains auteurs. Il faut toujours caresser dans le sens du poil. Si ça peut aider… L’importance de la lettre est capitale, comme le souligne Luce Wilquin, une éditrice belgo-suisse : « Ce qui est rédhibitoire, c’est un envoi sans lettre d’accompagnement. Je prends cela pour du mépris envers l’éditeur, et cela suffit à entraîner un refus. »

 

« Un éditeur est avant tout un gestionnaire d’ego. »

 

Je n’ai pas un ego surdimensionné. Je m’en tape pas mal du « Moi je » à toutes les sauces et j’accepte la critique, car celle-ci me permet d’avancer, et surtout de progresser. Ce que je désire plus que tout, c’est délivrer des messages tout en racontant une histoire. Après, dans ce milieu, des narcissiques, j’en ai croisé par camions entiers. Certains sont même pathétiques. Et croyez-moi, ce ne sont pas forcément ceux qui vendent le plus de livres qui sont les plus pénibles. C’est souvent le contraire.

 

Cela dit, dans ce métier, il faut pouvoir se mettre en avant, capter l’attention des médias. L’éditeur d’aujourd’hui privilégiera la collaboration avec un auteur qui s’implique dans le succès de son livre. « Moi, quand je veux en savoir plus sur un candidat auteur, je fonce sur Google pour voir si c’est quelqu’un de dynamique », Gilles Martin (éditions Aden)

 

 

 

Il faut se mettre à la place de l’éditeur. Pourquoi moi plutôt qu’un autre ? L’éditeur, en cette période de vaches maigres, ne veut plus prendre de risques, ou les limiter au maximum. Publier un texte d’un auteur introverti, d’un homme d’affaires surchargé de boulot, ou pire – et c’est malheureux – d’un petit moche qui pue du bec, ne favorisera pas la vente des livres.

 

« Si personne n’est prêt à payer pour votre manuscrit,

c’est peut-être parce qu’il n’est pas bon. » (Bernard Werber)

 

 

Dans le CV, il faut donc mentionner les parutions antérieures. Attention, pas celle(s) publiée(s) à compte d’auteur. Cela produirait l’effet inverse, car l’éditeur – à compte d’éditeur – se méfie des auteurs ayant eu recours à ces sociétés qui promettent monts et merveilles. L’éditeur apprécie également l’auteur qui pourra participer à différents salons (Paris, Bruxelles, Bordeaux, Saint-Malo, Mouans-Sartoux, etc.). Il faut donc le préciser.

 

Les réseaux sociaux acquièrent une importance croissante, car ils permettent de faire de la publicité. Ma présence sur Facebook, Twitter, LinkedIn et autres sera considérée comme un atout, à condition d’avoir un cercle d’amis conséquent. Sans oublier le blog Actu-Livres, qui attire plusieurs dizaines de visiteurs chaque jour. Une publication pourrait gonfler son attractivité et participer au succès du livre.

 

« Et l’écologie dans tout ça ? »

 

Voilà, les manuscrits sont imprimés. Vingt exemplaires ! Pour un montant total de 184,75€ ! Oui, ce n’est pas bon marché de rechercher un éditeur. Quant aux frais postaux, il faut compter 24,60€ par enveloppe matelassée pour un envoi de Bruxelles à Paris. Au total, on dépasse les 400,00€ ! Il est donc moins cher d’aller déposer directement les manuscrits, malgré les frais de péages ou de Thalys !

 

Rendez-vous la semaine prochaine...

 

 

Marc Varence est né en 1968, à Uccle (Belgique). Il s'active et travaille dans le monde de l'édition depuis plus de quinze ans. Bien introduit auprès des libraires belges, mais aussi ceux du Nord, de Picardie et de Seine-maritime, il voue une passion dévorante au livre sous toutes ses formes. Animateur d'un blog littéraire, Actu-Livres, il se décrit comme un "Padawan" de l'écrit, en constant apprentissage car toujours en recherche de perfection...

 

Parle-moi de lui (éditions Méhari, 2015) est son dernier livre. L’ensemble de ses chroniques Après l’écriture, la prospection, seront à retrouver chaque semaine.


Pour approfondir

Editeur : Fabrique
Genre : Édition
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782913372023

L'édition sans éditeurs

de André Schiffrin

Ce livre raconte l'itinéraire d'un homme et l'histoire d'une maison d'édition. La maison, c'est Pantheon Book, fondée en 1941 à New York par des émigrés (dont Jacques Schiffrin, le fondateur de La Pléiade). L'homme, c'est André Schiffrin, qui va faire de Pantheon l'une des plus prestigieuses maisons d'édition américaines, publiant entre autres Foucault, Sartre, Chomsky, Medvedev... Comment il résiste quand Pantheon est racheté par Random House, comment il démissionne avec toute son équipe quand à son tour Random House est rachetée par le tycoon Newhouse, comment il parvient à faire prospérer The New Press, une nouvelle maison à but non lucratif, telle est sa passionnante aventure. À l'heure de la concentration massive de l'édition mondiale (en particulier en France où deux grands groupes publient les deux tiers des livres), L'édition sans éditeurs est un ouvrage révélateur et salutaire.

J'achète ce livre grand format à 12.20 €

J'achète ce livre numérique à 6.99 €