Édition, auto-édition, compte d’auteur : quelles différences pour les auteurs ?

La rédaction - 21.07.2015

Reportage - autopublication livre - compte éditeur - compte auteur


Parmi les solutions existantes, toutes n’offrent pas les mêmes prestations. En termes de coût comme de travail à fournir ou d’optimisation de l’œuvre, les différents contrats offrent des possibilités très disparates. Il existe par ailleurs des fossés qui peuvent être infranchissables pour certains auteurs, avec au bout du compte des résultats plus ou moins probants pour les autres... 

par Valérie Clément

 

 

Large Coptic Bound Journal Covered in Handmade Paper

Kissy and Dennis, CC BY NC ND 2.0

 

 

Des différences remarquables

 

De l’édition à compte d’éditeur à l’auto-édition, en passant par l’édition à compte d’auteur, il y a un monde. Le premier type de contrat, plus connu d’entre les trois, implique que la maison d’édition supporte l’intégralité du risque financier induit par l’entreprise éditoriale : elle fait imprimer le livre, le fait diffuser puis distribuer, et fait réaliser, enfin, la promotion de l’ouvrage de l’auteur sous contrat. Après quoi ce dernier se voit attribuer un pourcentage (entre 5 % pour les moins connus à environ 20 % pour les plus lucratifs) sur les ventes de son livre. 

 

L’édition à compte d’auteur suppose, au contraire, que le coût éditorial est entièrement assumé par l’auteur, lequel a affaire à un prestataire de services plus qu’à un éditeur au sens propre. Ce type de contrat prévoit que l’auteur paie l’impression et la diffusion de son ouvrage, ultérieurement effectuées par son « éditeur ». En échange, l’écrivain reste propriétaire de tous les tirages réalisés, conserve la jouissance de ses droits d’auteur et se voit reverser la plus grande partie des bénéfices issus des ventes. Toutefois, les contrats d’édition à compte d’auteur requièrent en général la plus grande vigilance de la part de l’écrivain, avant la signature. 

 

« Globalement, à l'exception de deux ou trois maisons, tout le monde est correct. À l'heure d'Internet, plus personne ne peut se permettre de faire tout et n'importe quoi », se défend pourtant Jean-Yves Normant (L'Express), directeur des éditions Persée. Les contrats promettent en effet une diffusion mirobolante à une œuvre encensée par une note de lecture toujours flatteuse (« Tout flatteur [ne vit-il] pas aux dépens de celui qui l’écoute ? »). Mais nombreux sont ceux qui se laissent prendre au piège de la flagornerie devant l’imprécision des termes du contrat. Gare à eux, car ils se retrouveront souvent obligés de payer bien plus qu’imaginé, pour un résultat souvent bien peu satisfaisant… 

 

L’auto-édition diffère des deux précédents contrats en ce sens qu’elle ne requiert pas la signature d’un document contractuel avec un éditeur, qu’il prenne en charge le coût de l’édition ou non. En effet, l’auteur qui fait le choix de l’auto-édition assume l’intégralité des dépenses et du travail liés à la publication de son ouvrage. Outre l’aspect éditorial qui consiste en l’écriture, bien entendu, mais également toutes les corrections afférentes au livre (grammaire, ponctuation, syntaxe, typographie…), ainsi que la mise en page, l’auteur se charge des dépenses et du travail relatifs à la publication d’un ouvrage, qu’il s’agisse d’impression, de diffusion, de distribution et promotion éventuelles, mais aussi de toutes les formalités juridiques et administratives, bien plus lourdes qu’on ne saurait l’imaginer. En contrepartie, l’auteur engrange ses droits d’auteur sur chaque ouvrage vendu explique-t-on sur le site des « éditions du Puits de Roulle » (voir ici), spécialisé dans l’accompagnement des livres autoédités. 

 

L’auto-édition profite, depuis quelques années, d’un regain d’intérêt, aidé en cela par les possibilités d’Internet et des plates-formes de téléchargement de livres numériques. Car un livre numérique suppose un enjeu financier moindre qu’un ouvrage imprimé, et nombreux sont les auteurs à choisir cette solution. Toutefois, vendre un livre quand on n’a jamais publié auparavant requiert non seulement du talent (il faut avoir l’âme d’un multi-instrumentiste pour se lancer en auto-édition), mais également une bonne dose de patience… et de chance. Il y a un effet un monde entre vendre quelques exemplaires de son ouvrage et en vivre, sinon en prospérer.

 

Une question d’appréciation

 

Être auteur est un métier à part entière : entre la recherche, l’écriture, la réécriture… et les aléas de l’inspiration, le statut n’est pas toujours de tout repos. Outre le fait que l’auteur n’est pas, a priori, un commercial, il n’a souvent pas le loisir, en tant qu’écrivain autoédité ou, dans le pire des cas, à compte d’auteur, de prendre le temps de prospecter les librairies pour espérer y placer quelques exemplaires de son ouvrage, payé au prix fort. Car ce que ne voient pas toujours les auteurs – a fortiori s’ils sont en herbe –, c’est ce que cache le terme « diffusion ». 

 

Aujourd’hui, on a affaire à des acteurs récents sur le marché, et en particulier sur celui de la vente en ligne, qui « [veulent] tout faire ! De l'autoédition, de l'échange, du livre d'occasion. Avec une qualité de service manifeste, et des pratiques sociales et fiscales contestées », comme le souligne Antoine Gallimard, PDG de la maison éponyme (Télérama).

 

Ainsi, l’éditeur, même s’il fonctionne au pourcentage reversé à « son » auteur sur les ventes de ses ouvrages, fournit des services toutefois inestimables à son protégé. Il met au service du livre non seulement son réseau de diffusion, inégalable si l’on n’est pas du métier, mais travaille encore à sa distribution, et sa promotion, sans même parler du minutieux travail de correction puis de mise en page qu’il fait réaliser. Car il ne suffit pas de diffuser un livre pour qu’il se vende, le travail des différents corps de métier réunis dans une maison d’édition n’a pas de prix. L’édition à compte d’éditeur permet donc, au-delà d’une qualité optimale de l’ouvrage, des recettes approximativement équivalentes à celles perçues dans l’auto-édition… les soucis en moins. 

 

Pour Arnaud Nourry, PDG de Hachette Livre : « Il y aura toujours des exemples de succès autoédités, après avoir été refusés par des éditeurs. Mais c'est oublier les millions de textes mis en ligne qui ne servent à rien. En outre, aucun auteur sérieux n'a décidé de quitter son éditeur pour s'autoéditer. La plupart ont besoin d'un dialogue, d'un travail sur le texte, d'une relation avec une personne physique. » (Les Échos) Selon lui, la dimension humaine apparaît en effet essentielle. C’est une des questions qui se posent derrière la révolution de l’auto-édition : qui juge, qui critique – dans son acception la plus noble – le travail de l’auteur sinon lui-même ? N’a-t-on pas, en toutes choses, besoin de conseils avisés et impartiaux pour, au commencement à tout le moins, savoir apprécier son propre travail ?

 

Ainsi, à moins d’être un auteur déjà reconnu avec un lectorat établi, travaillant de concert avec un correcteur, peut-être, même un maquettiste – qu’il faudra rémunérer –, les solutions de l’auto-édition ou du compte d’auteur risquent de se révéler plus que décevantes, sans parler de leur coût temporel et financier (le temps étant de l’argent, le coût financier s’en trouve démultiplié !). Par ailleurs, si l’auto-édition peut apparaître séduisante pour ceux qui pensent y trouver une compétition moins importante, il faut rappeler que là où nombre d’auteurs se battent pour se frayer une place dans une maison d’édition parmi des milliers de manuscrits, d’autres se battent au moins autant pour faire vendre leur ouvrage autoédité parmi des millions d’autres titres… à la différence près que des frais sont déjà engagés, et ce même si l’essor du numérique les a limités. 

 

Et si l’on entend souvent parler de ces auteurs ayant fait fortune en commençant par l’auto-édition, on oublie tout aussi fréquemment de rappeler qu’ils sont peu nombreux eut égard à tous ceux qui n’ont jamais réussi à vendre plus d’une poignée d’exemplaires. Par ailleurs « commencer » par l’auto-édition signifie bien – tel E.L. James, l’auteur du prospère Cinquante nuances de Grey – que la suite de l’histoire sous-entend parfois une signature… avec une maison d’édition.