On achève bien l'impression : rendez-vous dans une imprimerie

Association Effervescence - 06.08.2013

Reportage - visite - imprimerie - livre papier


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du Master Édition et Audiovisuel de Paris IV-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du Master et de l'association. Cette semaine, nouveau focus sur un secteur très lié à l'édition : l'imprimerie.

 

Cette semaine, la promo édition vous raconte leur périple dans les rouages de l'impression. De la visite d'une microstructure à celle du groupe d'imprimerie MAURY, les fibres du papier n'ont plus aucun secret pour les étudiants. 

 

Fabricant : le lien entre l'éditeur et l'imprimeur

 

Bien avant de se parer d'une chaude couverture de 200 ou 300 grammes, de se constituer en cahiers et d'être revêtu d'un film plastique – pour les plus chanceux d'entre eux –, les livres sont pensés et imaginés en tant qu'objet. C'est la tâche du service de fabrication, indispensable à toute maison d'édition. Le travail du fabricant consiste à assembler ce savant mélange d'éléments pour donner au livre l'aspect souhaité. En somme, le fabricant, qui fait le lien entre l'édition et l'imprimeur, établit une série de choix en fonction du livre édité.

 

S'il s'agit d'un livre illustré ou d'un beau livre, le papier choisi ne sera évidemment pas le même que dans le cas d'un simple roman. De même, la couverture est un facteur de taille et l'utilisation d'un papier souple ou rigide, mat ou brillant, recouvert d'un pelliculage ou orné d'un gaufrage, d'un embossage ou autre étrangeté chromatique, entre en jeu de façon quasi constante dans le monde de l'édition. 

 

Afin de mener à bien notre projet d'étude du Master – qui consistait, entre autres choses, à réaliser un livre papier –, nous avons choisi de remplir le rôle du fabricant nous-mêmes, en nous rendant directement dans une papeterie. Notre ouvrage étant composé de photos et d'illustrations en couleurs, le papier choisi devait à la fois mettre en valeur la qualité des photographies mais aussi permettre une lisibilité sans faille, sans pour autant avoir l'aspect d'un simple magazine.

 

 

 

 

D'éditeurs en herbe, nous nous muions en fabricants. Si ce dernier demeure un des personnages-clés de l'étape de conception du livre, il n'en est pas moins vrai de l'imprimeur. Mais cette fois, nous n'étions évidemment pas en mesure de nous draper de la veste de ce machiniste de talent. Le métier d'imprimeur nécessite un investissement d'ordre matériel qui requiert beaucoup de place et d'argent...

 

Dans les coulisses de l'impression 

 

Grâce au partenariat qu'avait déjà contracté un élève du Master, nous nous sommes tout d'abord rendus sur le site d'une microstructure, une imprimerie parisienne (chose rare dans la capitale étant donné l'espace requis par cette activité). Dans un local d'une centaine de mètres carrés, tous les procédés de l'impression nous furent dévoilés. Notre guide a commencé par énoncer les différentes techniques employées à l'heure actuelle. Permettant une impression directe du document final, l'impression numérique se fait soit par jet d'encre, soit par laser, et est préférée pour les petits tirages.

 

Si sa rapidité est un atout, elle a l'inconvénient de présenter un résultat moins abouti dû au séchage de l'encre, réalisé en surface du papier, et qui induit un fini lustré. L'encre s'en trouve forcément fragilisée et est plus sensible aux frottements et aux pliages. L'impression offset, quant à elle, fait appel à un support imprimant sur lequel est reportée l'image, avant d'être mise sur le papier. L'encre n'est donc pas imprimée directement sur la feuille, mais passe par un intermédiaire, en général une plaque de métal ; et sachant qu'il faut une plaque pour chaque couleur (Cyan, Magenta, Jaune et Noir : CMJN), il va sans dire que ce type de machines implique un certain temps de préparation ainsi qu'un personnel hautement qualifié. 

 

Si cette courte visite nous a permis d'observer les bases du métier d'imprimeur, c'est une visite au groupe des imprimeries Maury qui nous a réellement fait prendre conscience de l'ampleur de son travail. Forte de plusieurs hangars plus vastes les uns que les autres, cette société est l'une des plus grandes de France dans son domaine et affiche des chiffres tout à fait incroyables. De Libération à Paris Match en passant par Les Échos ou L'Express, les plus grands magazines sortent de ces presses, représentant au total plus de 600 millions d'exemplaires imprimés par an.

 

De même pour les éditeurs, JC Lattès, Larousse et bien d'autres encore, pour lesquels on ne mobilise pas moins de quarante machines. Le tout dans un vacarme assourdissant, au milieu duquel s'agitent des milliers de feuilles en un concert tonitruant…Encrées ici, pliées là, blistées par endroits, emballées plus loin, rien ne leur est épargné, et c'est un véritable parcours du combattant qui commence pour le futur livre. Après avoir été extrait de sa souche naturelle, après avoir été inondé et converti en pâte molle, le papier a été transformé en un énorme rouleau à faire pâlir d'envie les plus belles bottes de foin. 

 

 

{CARROUSEL}

 

 

La botte est alors malmenée et roulée en tout sens avant d'atterrir sur une gigantesque bobine, laquelle va bientôt dérouler son existence au gré des impressions du dernier Fifty Shades. Sur ce chemin semé d'embûches résonnent les plus grandes avancées technologiques de l'impression contemporaine. Cette petite équipée rappelle en filigrane plus de cinq cents ans d'histoire, une histoire qui a commencé en Chine avec l'apparition du papier, et qui a étrangement tendance à revenir à ses origines

 

Une industrie en crise

 

En ces temps de révolution, on ne peut pas dire que la situation des imprimeurs soit de très bon augure pour l'avenir. L'imprimerie, comme toute industrie, ne cesse de se moderniser pour être toujours plus rapide et plus productive. Les éditeurs ont ainsi des exigences de fabrication toujours croissantes, ce qui ne donne d'autre choix aux imprimeurs que d'investir régulièrement dans la modernisation des composants et l'achat de nouvelles machines. Cela nécessite bien évidemment des dépenses importantes qui prennent des années à être amorties. Lien de cause à effet : la main-d'œuvre doit être toujours plus qualifiée pour entretenir et régler les équipements. Tout cela s'en ressent sur les devis des imprimeurs français…

 

En parallèle de ces nécessaires investissements, les imprimeurs étrangers sont venus concurrencer le marché français. L'éditeur le plus chauvin ne pourrait résister aux devis on ne peut plus rapides, soignés et excessivement peu élevés de nos voisins de l'Est. Qu'il s'agisse des pays de l'Europe de l'Est, parmi lesquels se démarquent tout particulièrement la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie, ou de nos confrères asiatiques, l'imprimerie française bat clairement de l'aile tant la pente semble difficile. 

Enfin, à la concurrence étrangère s'ajoute la menace supplémentaire du livre numérique.

 

Quand on sait que, de l'autre côté de l'Atlantique, 10 % des livres achetés sont des Epub ou des PDF, on ne s'étonne pas de voir les chiffres des imprimeurs pâtir de cette situation. Mais l'heure n'est pas encore au tout-numérique, loin de là, et le livre en tant qu'objet possède encore des atouts que le numérique ne peut concurrencer, justement quand sa fabrication est particulièrement soignée. C'est notamment le cas des beaux livres qui méritent bien leur dénomination anglo-saxonne de coffee table book, autrement dit, des ouvrages placés sur une table à la vue de tous. Une visibilité que n'offre pas – pour le moment – le livre dématérialisé.

 

L'imprimeur a donc toujours de quoi se mettre sous la dent, mais l'avenir de l'imprimerie, semble terne. Une obscurité aux nuances de gris qu'il faut pourtant éclairer de quelques couleurs, quand on sait que des ouvrages de qualité trouvent encore leur place sur les tapis des machines françaises. À commencer par le livre de la promotion Édition du Master 2 LMA de Paris-IV Sorbonne, pour lequel l'ensemble de notre groupe souhaite encore remercier l'imprimeur Graph2000 qui a fait des merveilles.