Pandas et libraires, une histoire de survie pour espèces menacées

Clément Solym - 29.01.2012

Reportage - panda - librairie - survie


L'arrivée de deux pandas géants, envoyés de Chine pour squatter les plaines du zoo de Beauval, dans le Loir-et-Cher, n'avait guère de chance de croiser l'actualité des librairies françaises. Pourtant, le portail Siloë-Librairies a cru bon de profiter de l'événement, pour attirer l'attention du public sur la préoccupante situation de la profession. 

 

La campagne de communication est des plus intéressantes : mettre en balance le coût du transfert des deux animaux et le coût d'un investissement dont aurait besoin Pierre Chevassu, de la librairie de Besançon.


Celle-ci appartient au Groupement d'Interêt Economique des librairies SILOË, qui fut fondé en 1988. Ce sont à ce jour plus de 50 établissements qui le composent, et par extension, 150 acteurs du secteur du livre religieux.

 

Or, donc, la situation est grave, et comme, c'est la coutume, une page Facebook, comptant, au moment de la rédaction de notre article 0 « personnes qui aiment ça » donne même le détail de ces légitimes inquiétudes. 


Appel à l'aide, pour espèce menacée

 

« Notre Groupement regroupe plusieurs points de vente en France, en Outre-mer et en Belgique. Le Groupement est constitué de librairies indépendantes (comme Besançon), de librairies diocésaines, de librairies monastiques, ou encore de librairies de Congrégations » explique Hubert Emmery, Président du GIE SILOE. 

 

Et d'ajouter : « Cet appel a pour objectif de mobiliser et de fédérer un maximum de contributeurs pour garantir à la librairie Siloë Chevassu de Besançon, un avenir meilleur dans une stabilité retrouvée. »

 

Pourtant, le groupement semble prospérer et selon le petit tract diffusé sur le portail Siloë, on peut même considérer que la librairie de Besançon elle-même est dans une bonne phase. En effet, on nous explique que l'établissement « malgré la crise, continue de se développer ». 

 

 

 

Alors, évidemment, face à lui, le transfert des deux pandas, cela a quelque chose d'un peu vain. Ou de très futile. D'autant que la mise en parallèle des deux situations invite le témoin à se poser la question de cette présence pandaesque sous nos latitudes.

 

« Rondouillard » et « Joyeuse », deux pandas géants, viennent d'être transférés dans un grand zoo français. Venus de Chine, ils appartiennent à une espèce en voie de disparition et ils vont donc bénéficier d'un soutien matériel et financier afin de permettre la poursuite de leur activité. Celle-ci consiste principalement à profiter du temps qui s'écoule dans leur bambouseraie :
Coût du transfert : 750.000 €

Pierre Chevassu, libraire à Besançon, appartient lui aussi à une espèce en voie de disparition. Pour pérenniser la présence de sa librairie religieuse, qui malgré la « crise », continue de se développer, il voudrait bien, lui aussi, bénéficier d'un soutien financier. Et ainsi exercer son métier en consacrant plus de temps à l'accueil et au conseil de ses clients.
Coût de l'investissement : 200.000€

 


On peut également profiter de quelques informations concernant le Groupement, pour mieux appréhender la situation, toujours expliquée sur la page Facebook.

Chaque librairie est donc "propriétaire" du Groupement Siloë.
Avec 6 librairies à sa création en 1988, le GIE SILOE s'est depuis développé considérablement puisqu'il a vu l'adhésion de 50 autres points de vente jusqu'à aujourd'hui.
Cette progression témoigne d'une réelle demande des lecteurs dans cette partie spécifique du marché qu'est la librairie religieuse.
En 2010, l'activité du groupement d'intérêt économique des librairies SILOË a réalisé un CA de 25 millions € sur un marché global de la librairie religieuse représentant un CA d'environ 60 millions € en France. 

 

L'aide financière que sollicite le Groupement peut se faire « en dons ou en participation au capital ». Car la situation est donc grave, et il fallait au moins prendre pour référence cette histoire de pandas, pour sensibiliser le grand public, invité à mettre la main à la poche. Et cet appel, lancé voilà quelques jours, se répercutera de façon étrange...

 

Pandi, Panda, petit ourson de Chine...

 

Il sera bon d'apporter quelques éléments annexes concernant l'arrivée de nos deux bestioles herbivores de fait. Tout d'abord, il faut se souvenir que l'opération aura nécessité plusieurs années de préparation, et de négociation entre Paris et Biejing. On parle de cinq ans de préparatifs avant que l'on ne puisse mettre en place le transfert sous haute surveillance, des animaux. 

 

En outre, le zoo de Beauval recense 600.000 visiteurs annuels, et compte sur 100.000 supplémentaires, qui seront attirés par les deux pandas géants. Si l'on devait passer rapidement sur la dimension culturelle et touristique, il faudrait tout de même garder à l'esprit le pan diplomatique de cet échange, puisque l'on remontera à 1973 pour retrouver un semblable don, effectué alors que la Chine était sous l'emprise de Mao, et que Georges Pompidou présidait notre pays. 

 

Enfin, signalons que le coût annoncé de 750.000 € pour le transfert n'a pas été confirmé, bien que cité partout. Ajoutons également qu'un million et demi € a été versé à l'association chinoise des zoos. 

 

« Vous n'imaginez pas ce que représentent les pandas pour le gouvernement et pour le peuple chinois. On leur réserve un tel accueil parce que c'est le trésor national chinois. Quand la Chine accepte de prêter des pandas à un pays, c'est une immense preuve de confiance et d'amitié », expliquait par ailleurs le directeur du Zoo, Rodolphe Delord. (LCI)

 

De même, les animaux qui coûteront 800.000 € par tête d'entretien chaque année, ne sont pas des locations. « Je vous assure que nous ne louons pas Huan Huan et Yuan Zi ! Nous ne faisons que financer des projets de conservation sur place », soulignait avant leur arrivée la directrice de la communication du zoo, Delphine Delord. (Le Point)

 

En outre, il est assez difficile de savoir qui a finalement assumé le coût de ce déplacement, et on semble avoir oublié que tout panda qui viendrait à naître de l'union des deux impliquerait le versement d'une prime de 400.000 € par naissance et foin du droit du sol, les petits seront de nationalité chinoise. Des accords passés avec le président Hun Jintao, qui avait signé le protocole de transfert.

 

Mais voilà : le zoo de Beauval est un établissement privé. 

 

On jugera peut-être un peu mieux cette initiative de communication, avant de s'en gargariser, de la saluer ou la condamner. Mais si l'on apporte son soutien à notre libraire, mis en péril par on ne sait pas vraiment quoi, comment fera-t-il, une fois transféré, pour se reproduire et perpétuer l'espèce ?