Passer de l'autre côté du miroir : une quête fantastique

Nicolas Gary - 12.04.2013

Reportage - aventures fantastiques - jeu de rôle - journalisme d'invest


Les petits plats étaient mis dans les très grands, aux éditions J'ai Lu. Toute une campagne de teasing promettait aux journalistes et blogueurs de « passer de l'autre côté du miroir », ce 11 avril. Seul indice, comme un billet d'avion, destination lointaine. Il est compliqué de raconter ce qui est advenu par la suite, sans une immersion complète dans cette aventure, qui nous a fait traverser bien plus qu'un miroir : c'est le monde réel qu'il a fallu quitter pour plonger dans un multivers complexe, peuplé de créatures fantastiques. 

 

Nous étions quatre journalistes sollicités pour l'occasion, invités à une conférence de presse, assez classique dans nos métiers. Fred, des Histoires Sans Fin, Julien, le futur Jedi de ActuaLitté, ainsi que Pierre Vavasseur, grand reporter au Parisien, et votre serviteur. Une équipe, mêlant élégance, sagesse, expérience et pureté d'âme. Chacun retrouvera la qualité qui lui revient. Mais la situation a rapidement tourné court : des problèmes techniques contraignent à modifier le cours de la conférence. Un taxi sera nécessaire pour nous amener vers une salle de presse montée en urgence, avec un rétroprojecteur qui acceptera de fonctionner. 

 

Mais le taxi n'est pas banal : un modèle plutôt ancien, conduit par un homme tenant une canne. Élégamment habillé, il jette sur mes camarades un regard sombre, derrière ses lunettes de soleil, qui immédiatement ont un mouvement de recul. Ce dernier nous invite à prendre place dans le véhicule, où une étrange mallette est déposée. Rapidement, la tension monte, alors que le chauffeur nous avoue n'être pas tout à fait humain. Je sens bien que mes confrères paniquent, mais nous sommes encore loin de nos peines... 

 

 

 

 

Créature bloquée dans le monde réel - notre monde - il réclame notre aide, pour libérer des êtres prisonniers. Il a frappé à la bonne porte. C'est d'ailleurs pour nos qualités d'investigateurs reconnues qu'il a fait appel à nous. Là encore, nous nous empressons de le rassurer : « Aucun problème. » Un message codé en MP3 nous apprend qu'il faut trouver « un escalier multicolore », et qu'une divinité féminine, dont le faux chauffeur est le messager nous implore : le monde des esprits a besoin de nous. Il nous invite à choisir la bonne fiole dans une coffre recelant une pharmacopée bien étrange. Le choix de l'équipe se porte finalement sur la moelle de rat, en espérant que la substance corresponde à leurs besoins futurs. Là encore, « Paniproblem », criais-je, au rythme du claquement de dents de mes camarades.

 

Sortant du véhicule, le monde autour de nous a déjà changé : l'air est plus moite, et les bâtiments qui nous entourent, les fameux Frigos, situés entre la BnF et l'université Paris 7, ont pris une dimension plus fantastique. 

 

 

 

 

Après quelques pas, un homme nous attend. Je dis un homme, simplement parce que son enveloppe corporelle le laisse accroire, mais quelques étincelles bleutées autour de lui montrent qu'il n'est pas tout à fait de notre monde. Effrayé, armé de ce que mes confrères prennent pour un parapluie, il nous guide. Cependant, ma vision nouvelle et claire me montre bien qu'il s'agit d'un puissant artefact de protection. Les monstres tapis dans les murs des bâtiments sont repoussants, et hostiles : sans cette arme, nous serions perdus. Fred m'interpelle : « Il est en train de caresser un truc, là ? »

 

Pauvre ami :  tu ne vois donc pas qu'une chauve-souris s'est posée sur son épaule, comme un signe. Nous approchons du Goulet qui nous transportera dans l'autre monde. Mes compagnons n'ont pas encore la Vision, leur regard se pose sur des bâtiments couverts de graffitis : heureusement, qu'ils ne voient pas ce que dissimulent ces messages, ils en perdraient la raison...

 

 




 

La porte est face à nous, nous avons traversé le miroir... et c'est un Néphyr qui nous accueille - à ne pas confondre avec un Vampire, ils sont très susceptibles sur ce point. Poings serrés, nous sommes prêts à combattre, mais la créature n'est pas hostile. Elle aimerait nous aider, convaincue que nous sommes les Élus - et probablement rassurée par le teint livide de mes compagnons. Le Néphyr sourit : il croit avoir rencontré des semblables, et ne devine pas que la peur les terrifie. Tant mieux... Rapidement, il nous confie la fiole qui nous permettra de poursuivre notre quête : de la poussière d'étoiles. Bien sûr ! Un message y est attaché : 

 

 

 

  

Nous nous enfonçons dans les profondeurs de la terre, et un gardien borgne nous attend. C'est un ancien mage, son aura est affaiblie, mais encore lumineuse. Il tient un jeu de tarots posé sur une table, pour lire notre avenir : il nous révèle de tristes choses. Son destin de mage déchu l'a enfermé dans notre monde, lui aussi. Le mal dont il souffre ne peut être combattu, et dans un dernier souffle, révélant la carte de La Mort, et de son souffle glacé, il raconte que notre destin est lié à celui d'être prisonniers d'un froid éternel. Et qu'il nous faut les sauver. L'ambiance a d'ailleurs dû se refroidir : mes camarades claquent des dents plus fort encore, j'entends à peine ce que le Borgne nous raconte. « Marche après marche, vous monterez... » 

 

 

 

 

Dans un soupir, il disparaît, épuisé : ses dernières forces vitales dans cet étrange message. « Pas si étrange, Nico, regarde y'a un escalier », dit Julien. Oui, évidemment, je l'avais vu... Une fiole s'échappe de sa main, roule à terre... un message y est attaché.

 

 

 

Passé le premier étage, où les graffitis sont autant d'esprits qui nous entourent, nous tombons sur un médecin, stéthoscope autour du coup, esprit profondément maléfique, nous arrête. « Il est perdu ? », glisse Fred. Probablement, oui, mais dangereux surtout : ses yeux brillent de folie : en un instant tout est clair. 

 

 

 

C'est lui, l'homme qui a retenu les créatures que nous sommes venus sauver. « J'ai inventé la cryogénisation, mais je ne parviens pas à communiquer avec leurs esprits », se lamente-t-il, en prenant les mensurations du crâne de Julien. Il passe sa langue sur ses lèvres, avec un sourire envieux et gourmand : « Une taille idéale, car voyez-vous, j'ai besoin d'un cerveau, que je prélèverai, pour parvenir à joindre les Endormis... » 

 

Fred n'écoute que son courage : il met ses mains devant ses yeux, Pierre tousse avec flegme, tandis que le scalpel s'approche du crâne de Julien, accompagné d'un sinistre ricanement. Heureusement, j'ai l'habitude des médecins, et plus spécifiquement des psychopathes en blouse blanche. Empoigné, je lui brise le bras et plante le scalpel directement dans son oeil, enfonçant jusqu'au cerveau. « Tiens, en voilà, d'la matière grise », je lâche. Julien me promet une allégeance éternelle et inconditionnelle. Je souris. Il a déjà signé son contrat de travail...

 

 

 

 

Nous enjambons le corps, et une voix stridente nous interpelle : « Où croyez-vous aller ? » C'est-à-dire que... « D'abord les épreuves ! Il faudra prouver votre valeur, avant de passer cette porte. Ne pensez pas que je vous laisserai entrer dans la pièce où les Criogénisés se trouvent sans combattre ! » Une épreuve culinaire, qui manqua de faire défaillir les aventuriers épuisés : voyant qu'il fallait manger des vers séchés, avaler des poudres obscures ou boire une potion fumante, leur estomac se serait retourné...  

 

 

 

 

L'habitude des potionneuses et de leurs méthodes, que je tiens de nombreuses années à avoir travaillé avec une Conseillère d'orientation en collège, transforma les épreuves en une dégustation originale. Et la sorcière, furieuse, dut, de mauvaise grâce, s'incliner et nous laisser passer. Mais en arrivant...

 

 

 

 

La suite appartient au mystère le plus absolu : fort des différentes fioles que nous avions glanées, que ce soit sur le corps du médecin fou, des mains du borgne, auprès du Néphyr ou encore, arrachée à la sorcière, nous avons pu réaliser la potion permettant de sortir les Cryogénisés de leur sommeil de glace.

 

 

 

 

Une grande fumée, un souffle froid, envahit la pièce où nous nous trouvions, et, un à un, les  corps purent sortir de leur tombeau de glace. Je rassurai mes compagnons, pétrifiés : « Non, Fred, ce ne sont pas des contrôleurs de gestion, même s'ils jettent un froid... Oui, tu as raison, c'est bizarre qu'on les ait congelés tout habillés. Non, pas question de les appeler les Findus... »

 

 

 

 

Hagards encore de leur réveil, mais reconnaissants de les avoir arrachés aux expériences funestes de leur tortionnaire, les Cryogénisés nous ont salués une dernière fois, et sont repartis vers l'univers des Songes. Dans cette pièce étrange, aux décorations folles, nous étions seuls, mais changés à jamais. 

 

 

{CARROUSEL}

 

 

NB : 

Au-delà de toute cette fiction, et pour revenir à des choses un peu plus concrètes, l'ensemble de cette soirée était organisé par les éditions J'ai Lu, pour présenter toute la diversité de son catalogue dédié à l'imaginaire. Quatre auteurs étaient présents pour l'occasion, à la rencontre des journalistes et blogueurs invités. Chacune des rencontres avec les personnages du parcours illustrait l'un des univers de ces auteurs, à découvrir, bien évidemment.

 

Oliver Peru Martyrs

Ben Aaronovitch, Les rivières de Londres 

Cindy Mezni, Nëphyr

Cassandra O'Donnell, Rebecca Kean.