Patrice Pluyette, un aventurier en chambre

Auteur invité - 02.01.2019

Reportage - Patrice Pluyette auteur - Bretagne écriture romans - écrivain métier romans


PORTRAIT – Installé en Bretagne depuis quatorze ans, Patrice Pluyette a choisi de vivre de sa plume. Passionné d’explorations et d’aventure, il écrit des romans empreints de rêve et d’enchantement, teintés de fantaisie et de burlesque, et qui procurent au lecteur une bonne dose d’évasion.

Photo © Coralie Salaun 


On pourrait croiser sa silhouette d’éternel adolescent au détour d’un de ses romans. Cheveux au vent, longiligne et marcheur invétéré, Patrice Pluyette a un physique d’aventurier. Pas de ceux qui, burinés par le temps et les exploits divers et variés, ont bourlingué sur toutes les mers et tous les continents ; mais de ceux qui explorent pour connaître, ces savants un peu candides, aériens et rêveurs. S’il n’avait pas choisi l’écriture, il aurait aimé d’ailleurs être « un capitaine au long cours, comme Joseph Conrad, à piloter de gros bateaux qui traversent le monde ».

Ou aventurier. Ou médecin généraliste. « Mais finalement, être écrivain, c’est être un aventurier en chambre, se console le quadragénaire. Parce que, même si je reste chez moi, écrire, c’est une sacrée aventure. Et à chaque livre, je joue ma vie. » 

L’aventure, Patrice Pluyette l’a encore nichée dans son septième roman, La vallée des Dix Mille Fumées, paru en septembre dernier. Mais cette fois-ci, et contrairement à ce qu’annonce le titre, pas de contrées lointaines ni merveilleuses, même si son héros, un certain Monsieur Henri, en rêve. Mais à 75 ans, ce fragile vieillard, sorte
de anti-héros qui se réveille un matin en ayant tout oublié, doit se contenter d’explorer son quotidien : d’abord sa chambre, puis sa maison, son jardin et ses alentours pour finalement sillonner les routes de l’Hexagone, limite de ses capacités.

Regarder ce que l’on ne voit plus, redécouvrir la moindre parcelle de ce qui nous entoure, considérer les plus petits détails, cette ambition traverse entièrement La vallée des Dix Mille Fumées. « J’ai pris au pied de la lettre la définition d’un bon livre : grâce aux mots, faire redécouvrir le monde et la vie avec des yeux neufs, comme si c’était la première fois. C’est un acte poétique à l’état pur », explique Patrice Pluyette, pour qui la poésie occupe une place particulière. 

C’est par ce genre qu’il est entré en littérature. Parallèlement à ses études de Lettres, entreprises à Paris, il rédige des vers, dont certains sont publiés par la revue Écrire aujourd’hui. En 2001 sort son premier recueil de poèmes, Décidément rien. Mais très vite, il bifurque vers le roman, sans doute aussi à cause de Jean Echenoz. « C’est en lisant ses livres que je me suis dit que c’était cela que je voulais écrire : des romans. » À 24 ans, en 2002, il abandonne donc les épreuves du Capes et décide de vivre de sa plume. 
 

Un goût prononcé pour la plume


Deux ans plus tard, ce natif des Yvelines débarque dans le Morbihan, à Saint-Philibert puis à Larmor-Plage. « Là, quelque chose s’est ouvert en moi. Ces paysages, cet horizon, ce climat, ce vent, ça a produit une étincelle dans ma tête. C’est comme si j’avais poussé les meubles et ouvert mon imaginaire », se souvient Patrice Pluyette. Une rupture qui se traduit dans son écriture.

De romans plutôt intimistes, il passe avec La traversée du Mozambique par temps calme, en 2008, à « l’aventure, au voyage, au rêve et à l’ailleurs avec un goût pour le burlesque et le fantaisiste. Ce roman, jamais je n’aurais pu l’écrire en région parisienne », insiste celui pour qui la Bretagne constitue un « QG, un rocher, un centre. Aujourd’hui, j’y ai vraiment mes racines ». 

Cette région à laquelle il doit beaucoup, Patrice Pluyette aimerait aujourd’hui lui rendre un peu. « Je suis un écrivain de Bretagne, qui vit en Bretagne et qui est disponible pour la Bretagne », martèle le tout jeune quadragénaire. Déjà associé au concours à livre ouvert, organisé par l’académie de Rennes, il aimerait donc pousser ses collaborations avec d’autres acteurs du livre, telles les universités, les associations, les médiathèques, les librairies ou les lycées, en y animant notamment des ateliers d’écriture. 
 
Un exercice auquel il est rompu et qu’il affectionne désormais. « C’est une autre forme d’ouverture et un partage humain. Et cela m’aide aussi à comprendre ce qu’est techniquement l’écriture, à décortiquer cette machine qui m’emporte complètement. » Sans oublier l’aspect financier. Cet enragé de l’écriture, qui s’y « engage corps et âme », mais se voit bien obligé de trouver des compléments à ses à-valoir, n’envisage toutefois pas d’autres activités que celles en lien avec le livre. 

Autre manière de rendre hommage à sa région d’adoption : se nourrir de sa « formidable mythologie et de son histoire ». Son prochain roman s’inspirera donc indirectement de la mythologie celte. À l’image du dispositif mis en place pour l’écriture de La vallée des Dix Mille fumées, il cherche d’ailleurs, pour poursuivre son travail, une résidence d’auteur sur les terres bretonnes.
Cécile Charonnat 
 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne




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