Piratage : 95 % de livres piratés sans offre numérique légale

Clément Solym - 20.10.2009

Reportage - piratage - livres - offre


Hier se déroulait donc une conférence intéressante à l'hôtel de Massa, alors que la SGDL accueillait Vincent Monadé, directeur du MOTif, Constance Krebs et Mathias Daval, venus pour évoquer l'étude réalisée par ce dernier. EBooksZ, avec le Z non pas de Zorro mais de WareZ, désignant tout ce qui appartient à l'univers du P2P.

Cette étude se consacre aux livres et livres audio publiés par des éditeurs français et en français et se destine à établir un état des lieux sur ce qui se passe sur les réseaux de partage type eDonkey ou BitTorrent.

Mathias Daval, Vincent Monadé et Constance Krebs

Première précision d'importance : « Il serait plus juste de parler de mise à disposition et/ou de téléchargement illégal de livres au format numérique que de piratage. Ce terme, dans son acception judiciarisée, évoque en effet davantage un phénomène de contrefaçon organisée dans un but lucratif, ce qui n’est pas le cas en matière de livrels, comme en témoigne notre recherche pour les besoins de cette étude. » Cela une fois établi, que pose donc cette étude ?

Concrètement, on retrouvait durant l'été 2009 entre 4 et 6000 titres différents, dont 3 à 4500 titres de BD. Ce qui représente moins de 1 % de l'offre légalement disponible en version imprimée. Pas vraiment inquiétant, mais pas tout à fait possible de l'ignorer. Ainsi, on découvrira le découpage suivant, issu d'estimation de ce que les réseaux peuvent abriter :
  • Environ 1 000 à 1 500 titres de livrels : une grande partie de ces livres sont des livrels scientifiques, techniques ou médicaux ;
  • Environ 3 000 à 4 500 titres de bande dessinée : le nombre considérable de titres provient ici notamment de la diffusion de séries complètes (par exemple : l’intégrale de Lucky Luke) ;
  • Environ 200 à 300 titres de livres audio, dont la moitié au moins concerne des textes du domaine public.
En moyenne, on retrouve essentiellement donc des fichiers PDF image et PDF texte. Pas d'ePub ? « Non, en fait, les fichiers ePub sont souvent reconvertis en PDF », nous explique Mathias Daval. Avec 27,9 Mo en moyenne pour un livre piraté, on retrouvera donc la prédominance des fichiers illustrés. En effet, 38 % des livres sont en PDF images contre 42 % en PDF texte et 36,1 % pour les BD et 62,1 % en format image.

Le fameux top 20 des auteurs les plus sujets au piratage ne pourra qu'amuser par son caractère hétéroclite : Deleuze, Werber, ou encore Nothomb, Beigbeder et Rowling le disputent à Sartre, Camus, Pennac, ou Bradbury. Si concrètement on retrouve un quart de philosophes dans ce top 20, on remarquera aussi que science-fiction et fantasy représentent également un autre quart des entrées.

Quant aux titres les plus piratés, « on retrouve un panel assez amusant de ce que peut être l'internaute », plaisante Mathais Daval. En effet, Le sexe pour les nuls, Harry Potter, Le grand livre de cuisine ou encore Twilight, voilà bien des ouvrages assez différents les uns des autres...


En outre, on découvre également que parmi les fichiers piratés, en regard de l'offre légale, les essais et documents sont largement majoritaires, à 28,8 % contre 8,7 % des ventes papier légales. Concernant les romans, on trouvera 27,1 % contre 25,6 %, un semblant d'équité donc. On retrouvera également parmi les éditeurs les plus piratés, Gallimard, Dunod et Hachette (coucou, Twilight n'est pas loin donc ?). Du côté BD, on tombe alors sur Delcourt, Dargaud et Dupuis. Il est assez amusant de noter qu'un acteur comme Soleil, qui s'est particulièrement impliqué dans le domaine du livre numérique n'est pas du tout mentionné. Une relation de cause à effet ?


Enfin, l'étude montre que l'actualité des publications n'est pas la priorité des créateurs de fichiers.
« Le piratage concerne les parutions contemporaines : 2 ouvrages piratés sur 3 ont été publiés il y a moins de 10 ans, mais pas les nouveautés en rayon : seul 1 ouvrage piraté sur 4 a été publié il y a moins de 4 ans. »

« Plus précisément, 25,6 % des livres et 31,4 % des BD ne sont plus disponibles en offre légale papier. Ces taux reflètent donc tout de même l’une des motivations des téléchargeurs : avoir accès à des ouvrages épuisés ou non disponibles. Ils soulignent l’importance pour les éditeurs de développer une offre légale la plus exhaustive possible. Cependant, puisque la très grande majorité des titres sont disponibles à la vente, d’autres critères de motivations sont ici à l’oeuvre : le prix 3, soit, mais surtout l’accès à un contenu sous sa forme numérique. De ce point de vue, ajoutons que, parmi nos fichiers analysés, 94,9 % des livres piratés ne disposent pas d’une offre numérique légale. »

On retrouvera l'intégralité de cette étude à cette adresse.