Un ebook sur T411, piraté par la volonté de l'éditeur

Association Effervescence - 09.06.2015

Reportage - Torrent marketing - piratage ebook - éditeur lecture


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l’association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l’association.

 

bittorrent piratage ebook T411

 

 

Cette semaine, retour sur le livre numérique des Hackœurs, que vous êtes près de deux cents à avoir téléchargé… illégalement. 

 

Vous ne rêvez pas, non : Hackœurs, l’ouvrage des étudiants du Master 2 Édition de la Sorbonne a bien été piraté. Depuis quelques jours, une version PDF est disponible sur le site de partage T411.

 

Plaisanterie ? Provocation ? Les lecteurs des Hackœurs auraient-ils pris le titre du recueil un peu trop au pied de la lettre ? En réalité, ce piratage n’est pas ordinaire, et en fait de pirates, les coupables sont plutôt des corsaires au service des éditeurs ! Car, oui, ce sont les étudiants eux-mêmes qui ont mis le livre en libre accès.

 

Dès le début de la conception du projet, il paraissait évident aux étudiants qu’un livre sur le piratage ne pouvait ignorer ou chercher à éviter les « pirates ». L’esprit du livre faisait des hackers des personnages romanesques, ambivalents mais bien plus intéressants et intrigants qu’antipathiques. La notion de partage était elle aussi très importante pour les étudiants, comme en témoigne la chronique dédiée à leur projet numérique. Ils ont donc décidé de mettre sur le marché leur livre numérique, dans son format EPUB, sans DRM ni traceur. Un livre libre, à partager, à prêter et même à convertir si l’envie en prenait l’acheteur.

 

Mais cela ne suffisait pas ! Ils ont alors eu l’idée d’aller jusqu’au bout de leur thème et de pirater leur propre livre. 

 

Ce n’est pas une fanfaronnade, destinée à couvrir un véritable piratage en clamant haut et fort « C’était prémédité ! ». Non, le partage du livre en ligne relève bel et bien de la volonté des éditeurs. Étrange, et plutôt à contre-courant des pratiques éditoriales actuelles. Une telle idée, mise en pratique, pourrait sembler dévaloriser le travail des éditeurs et des auteurs, et tout ceci simplement pour la coquetterie de bien répondre au nom « Hackœurs ». De plus, les étudiants pourraient se voir rétorquer qu’un vrai piratage, ça ne s’organise pas ! 

 

Mais les Hackœurs avaient plusieurs arguments pour mettre en place ce projet. Tout d’abord, il ne s’agissait pas de mettre en téléchargement sur des sites BiTorrent l’EPUB en version enrichie. Dans cet ouvrage, l’équipe chargée du numérique avait voulu expérimenter les plus-values du numérique par rapport au papier, qui fasse sens sur support électronique (par l’ajout de vidéos, de pop up, d’un parcours de lecture). Malgré leur désir de partage, les étudiants ont considérablement réduit leur public en proposant un ouvrage inaccessible pour les Kindle. Le livre à pirater, lui, devait être une troisième version du livre, une version homothétique, comme celle du livre papier, au format PDF, et donc accessible à tous.

 

La morale des pirates, par Charles Bellamy

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

Ce piratage montre également la pauvreté de l’homothétique au format numérique. « Est-ce qu’un livre numérique doit se réduire à une version homothétique du livre papier alors qu’il s’agit de supports et de formats différents ? interroge une étudiante. L’édition numérique ne devrait pas se contenter d’une reproduction à l’identique du livre papier, elle devrait s’ouvrir davantage aux multiples possibilités d’interactivité que propose ce nouveau format. »

 

La troisième version du livre peut donc se justifier : le PDF est consultable en ligne, mais il ne propose pas tous les enrichissements de la version EPUB, et, s’il donne accès aux textes et aux images, c’est sans le confort de la version papier. Il s’agit donc plus de partager que de pirater. Cette version permet de faire découvrir le recueil plus rapidement et gratuitement, sans pour autant sacrifier le travail des auteurs et des éditeurs. Car si elle peut être téléchargée, partagée, copiée, elle reste protégée par le droit d’auteur. 

 

À présent, le livre rose des Hackœurs fait bien honneur à son double thème puisque, comme les relations amoureuses, la diffusion de l’ouvrage n’a d’autres limites que celle du réseau !

 

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À mardi prochain !

 

NB : à date de publication de cet article, 70 exemplaires ont été téléchargés du livre