Poésie et numérique : quand le Web flirte avec le papier

Association Effervescence - 01.07.2014

Reportage - poésie numérique - blog écriture - articulation


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association. 

 

Cette semaine, Mélodie, étudiante de l'option Édition, nous parle de son mémoire de recherche et du format particulier qu'elle utilise pour le développer.

 

En effet, c'est sous la forme d'un blog que Mélodie partage ses réflexions sur « La poésie à l'ère du numérique » – intitulé de son mémoire de fin d'études. Régulièrement, elle y publie des articles dans lesquels elle expose à ses lecteurs l'avancée de son projet. Aujourd'hui, elle raconte la manière dont s'entremêlent ces deux écritures parallèles.

 

***

 

Aux origines de l'idée

 

À vrai dire, ce n'est pas moi qui suis à l'initiative de ce blog. J'ai pris contact avec Nicolas Gary après avoir lu sur ActuaLitté plusieurs articles qui exploraient des problématiques abordées dans mon mémoire. Suite à un entretien téléphonique au cours duquel il m'a prodigué de précieux conseils, il m'a fait part de son intérêt pour mon mémoire et m'a proposé d'ouvrir un espace au sein d'ActuaLitté sur lequel je pourrais faire part de mes réflexions. J'ai bien évidemment saisi cette chance qui offre de nouvelles perspectives à mon mémoire et je remercie vivement Nicolas Gary. 

 

Deux écritures différentes mais liées

 

Avec cette forme d'expression, je dois adapter mon mémoire au blog. Si mes premiers articles étaient quelque peu balbutiants dans la mesure où je ne savais pas très bien par où commencer, j'ai finalement décidé de suivre le plan de mon mémoire (plan que je n'avais d'ailleurs pas encore en commençant le blog !). J'ai donc retroussé mes manches, me suis appliquée à élaborer mon plan, puis je l'ai envoyé pour validation à mon directeur de mémoire, le poète et performeur Fred Griot. Une fois mon plan validé, je n'avais plus qu'à suivre la construction logique que j'avais mise en place. Sans cela, les lecteurs se seraient perdus – et moi aussi d'ailleurs – parmi les posts sautant d'une idée à l'autre. On peut dire qu'il s'agit somme toute d'un work in progress bien cadré. 

 

 

 

 

 

Cela dit, je me suis déjà autorisé des digressions. J'ai tout d'abord parlé de la sélection de deux polars par le comité de lecture des étudiants du master 2 Édition dans le cadre du concours « Nos lecteurs ont du talent ». J'ai aussi posté une présentation des Uchroniques, puisque j'en poursuis la promotion. Même si nous sommes une maison d'édition éphémère créée par des étudiants, nous continuons, malgré la fin des cours, à faire parler du Jour où le mur de Berlin n'est pas tombé – et tous ceux qui suivirent (de nombreux journaux, radios et émissions parlent des Uchroniques grâce à ce travail de promotion). 

 

Pour revenir à mon blog, je dirais qu'il s'agit de mon mémoire en devenir. En rédigeant ces posts, je rédige également mon mémoire. Cela dit, les lecteurs des deux supports ne sont pas tout à fait les mêmes et j'estime que, dans ce cas-là, il est important d'adapter la forme de mes propos aux lecteurs du blog. Mes idées y sont ainsi plus condensées et certainement moins développées qu'elles ne le seront dans mon mémoire. De même, il m'est arrivé de me rendre compte que j'avais oublié de mentionner certains faits qui apparaîtront dans mon mémoire. Et, bien que l'on soit sur Internet, le choix que j'ai fait de suivre un plan pour ce blog limite les digressions et les flash-back. La difficulté de cet exercice réside également dans le fait que, en rédigeant régulièrement ces articles, je poursuis en parallèle mon travail de recherche… et les découvertes n'en finissent pas ! 

 

Des méthodes de recherche particulières

 

Tout d'abord, quand j'ai choisi de travailler sur la poésie à l'ère du numérique, je possédais très peu d'éléments. J'avais même initialement choisi d'étudier le livre enrichi (sujet tout aussi passionnant, à mon sens) et j'avais commencé à explorer ce domaine. Et puis, je me suis demandé quel travail d'enrichissement pouvait être fait sur la poésie. C'est un genre que j'ai toujours apprécié mais dont j'ai délaissé la pratique depuis quelques mois pour me consacrer à ma dernière année d'étude, qui est à la fois passionnante et très prenante. Mon mémoire est donc l'occasion pour moi de rester en lien avec le monde de la poésie.

 

 

 

 

Pour mes recherches, j'ai commencé par regarder sur Internet, du côté des États-Unis, qui sont bien plus à la pointe du numérique que la France. J'y ai notamment découvert de très belles applications, ainsi que des types d'enrichissement qui sortent de l'ordinaire. Puis je me suis évidemment tournée vers la France : j'ai lu des articles, regardé le catalogue des maisons d'édition proposant de la poésie sur support numérique… Le travail de recherche sur Internet est très long car chaque article lu, chaque ouvrage ou application découvert, chaque auteur mentionné me fait rebondir vers un autre de ces éléments. 

 

De même, à chaque fois qu'un nouveau nom lié à mon sujet apparaissait, je m'empressais d'aller le chercher sur Facebook, Twitter et LinkedIn pour pouvoir contacter la personne en question. Je me suis ainsi tissé un grand réseau sur le web, en plus de celui que j'avais déjà avant de commencer mon mémoire, ce qui m'a valu beaucoup de conseils et de suggestions. Ce phénomène s'est accru lorsque Nicolas Gary a commencé la promotion de mon blog. À ce moment-là, des dizaines et des dizaines de personnes sont venues me contacter pour me faire part de leur expérience ou me donner des pistes. Un grand merci à toutes ces personnes-là ! Rien que sur Internet, j'ai finalement récolté une centaine de pages d'informations mises bout à bout… pour un mémoire d'une quarantaine de pages seulement ! Le plus dur, avec ce type de sujet, c'est finalement de s'arrêter dans ses recherches. Il est toujours possible de trouver davantage. 

 

Outre Internet, j'ai aussi lu quelques ouvrages sur ce sujet. Mais la plupart, publiés il y a plusieurs années, sont déjà dépassés au regard des progrès rapides du numérique. Cela dit, quelques problématiques demeurent aujourd'hui exploitables et intéressantes à actualiser.

 

Un point de vue personnel sur le sujet

 

À mes yeux, le numérique offre un renouvellement du genre. L'un des gros enjeux de la poésie est simple : sa diffusion. La poésie est vivante, elle est partout, mais elle a aujourd'hui besoin de sortir de la confidentialité, qui est pour certains associée à de l'élitisme, et de toucher un plus large public. En ce sens, le numérique est une chance pour la poésie qui se doit de la saisir. Sur le Web, les réseaux sociaux, les blogs et sites d'auteur contribuent largement à la diffusion de la poésie. Ces nouveaux supports sont des laboratoires expérimentaux qui contribuent par ailleurs à l'éclatement des formes. D'un point de vue éditorial, le numérique permet de remettre en lumière les œuvres de certains auteurs, grâce à l'accessibilité des œuvres numérisées et à leur gratuité pour celles tombées dans le domaine public. 

 

Aujourd'hui, les recueils de poèmes publiés en papier s'accompagnent de plus en plus souvent d'une version numérique homothétique (ePub 2 ou PDF) – c'est-à-dire sous une forme identique à celle du papier, sans enrichissement. Certains éditeurs et concepteurs utilisent quant à eux le numérique comme un outil de création, et participent ainsi au renouveau de la poésie et à l'élargissement de sa définition. Au traversd'applications et de livres enrichis, ils utilisent les codes HTML, CSS et Javascript pour créer un format ePub 3, ce qui permet d'intégrer de l'interactivité dans la poésie (sons, vidéos, animations, pop-up…). Mais la difficulté pour les éditeurs de poésie réside dans le coût du numérique. Il s'agit d'un investissement que tous ne sont pas encore capables de risquer. Or, je pense que l'éditeur de poésie ne doit plus être aujourd'hui un simple passeur et qu'il gagnerait à s'emparer des outils technologiques en collaborant avec des créateurs multimédias, en participant à des formations en XML ou du moins en s'intéressant un minimum aux possibilités qu'offre le numérique. 

 

La poésie est accessible. Le lecteur ne doit plus la considérer comme réservée à une élite et le poète doit accepter de vivre avec son temps et ne pas se complaire dans un certain académisme. L'idée est d'aller chercher le lecteur là où il est (à travers les smartphones, les réseaux sociaux, les blogs, les musiques) et de lui octroyer plus de liberté. 

 

Toutes ces réflexions sont à découvrir sur mon blog :

http://actualitte.com/blog/melodiequercron/

 

***

 

Si vous voulez (re)lire nos chroniques déjà publiées sur ActuaLitté, c'est ici ! Si vous voulez être informés chaque semaine de la parution de notre nouvelle chronique, c'est ici !
À mardi prochain !