Présidentielle 2012 : Les projets politiques des candidats pour le livre

Clément Solym - 16.02.2012

Reportage - campagne présidentielle - projets politiques - livre


Le projet était intéressant : réunir pour une table ronde les représentants des candidats à la présidentielle, pour les faire parler de leur projet autour du livre. Et à l'exception de François Bayrou, arrivé en retard et parti en avance, qui s'est représenté lui-même, les participants ont livré leur vision politique du secteur du livre. La rédaction de LivresHebdo a donc organisé un Forum, avec pour intitulé Quelle politique pour le livre ?

 

Au menu : librairie, éditeurs, numérique (avec tout ce que cela implique, quoi que rapidement passé en revue), TVA, loyers, plus rarement auteurs, et moins encore bibliothèques. Et autour de la table, un Frédéric Mitterrand décevant, venu plutôt défendre son bilan qu'apporter des réponses nouvelles, un François Bayrou pédagogue et amoureux, mais peu convaincant. Il faudra noter de l'avis collectif, la très bonne performance de Gaël Nofri, qui a rejoint l'équipe de Marine le Pen en octobre 2011.Très bonne, dans la mesure où l'on parle ici d'un représentant du Front national, évidemment.

 

On comptait également Aurélie Filippetti, intervenue pour le PS, et dont on connaît déjà quelques-uns des grands projets, ainsi qu'Alain Hayot, pour le Front de gauche, Marie-Christine Blandin, pour Europe-Ecologie, les Verts, et Marin de Viry, venu pour incarner Dominique de Villepin. 

 

Que retenir de leurs prestations ? Eh bien tout d'abord que la TVA ne repassera pas au niveau des 5,5 %, a clairement expliqué le ministre de la Culture. « Ça entre dans un plan plus grand », explique-t-il. Rien à attendre côté UMP, donc, et finalement, c'est vers le PS qu'il faudra se tourner : Aurélie Filippetti expliquera en effet que les socialistes ont tenté de faire faire machine arrière au gouvernement, mais en vain. « Pour que la TVA passe à 5,5 %, il faudra attendre que François Hollande soit élu », lance-t-elle. Or, toujours sur le sujet, c'est une TVA alignée sur celle de la presse, soit 2, %, que propose le FN. Néanmoins, quand le représentant frontiste évoque « l'importance du livre dans la culture française », on perçoit de vieux relents, bien nauséabonds...

 

 

 Alain Hayot, Marie-Christine Blandin et Aurélie Filippetti

 

Côté librairie, c'est avant tout vers le CNL que les politiques se tournent : en somme, donner plus d'aides au Centre national du livre, et vraisemblablement, apporter un souffle à toute l'édition. Le Centre profite de 80 millions € de budget, contre 500 millions € apportés à la presse, et 700 millions € pour le Centre national du cinéma. On le comprend, et c'est ce que soulignera Alain Hayot, le livre, en dépit de ce qu'il pèse dans l'économie de la culture, ne reçoit pas l'attention nécessaire de la part des pouvoirs publics. D'ailleurs, il soulignera que les collectivités locales sont aujourd'hui étouffées, fait qui pèse sur les librairies et propose des États généraux du livre, par Régions, avant de faire remonter l'ensemble au niveau national.

 

Pour ce qui est des financements publics, le Front de gauche pointe cependant les dérives, et souligne « encore faudrait-il que l'on fasse attention », avançant l'inquiétante privatisation de la BnF, qu'il serait urgent de maîtriser et réguler.

 

Il faut également ajouter le constat opéré par Frédéric Mitterrand, concernant 1001libraires.com. Cette plateforme, destinée à devenir un concurrent d'Amazon, made in France, n'a, selon le ministre, n'a pas donné les fruits attendus. Et de déplorer qu'elle ne fonctionne pas en tant que réponse à la concurrence américaine. C'est Matthieu de Montchalin, président du Syndicat de la librairie française, qui interviendra par la suite pour nuancer les propos de Mitterrand. Et d'ajouter qu'en France, de nombreux projets dans l'édition ont connu des démarrages poussifs, voire des chutes, mais de leurs cendres sont nés des entreprises aujourd'hui stables. 

 

On comprend que le ministre déplore cependant cette réussite qui tarde à venir, surtout en regard de l'investissement réalisé à partir de fonds publics. 

 

 

 Frédéric Mitterrand, Marin de Viry, Gaël Nofri

 

Les librairies, donc. « C'est du côté des libraires que se porte ma principale inquiétude », dira François Bayrou, après une grande déclaration d'amour au livre, se reprochant même d'être « peut-être un idéaliste régressif », considérant que « l'objet livre ne sera pas durablement mis en cause par le numérique». No comment... La question des loyers a également été abordée, et pointée, notamment par le Front de gauche, pour qui il est important de soutenir les établissements indépendants. Le FN ajoutera, suivant une image d'Épinal qui lui est chère, la vision de ce petit commerce agressé, devenu un maillon social, et qu'il convient à tout prix de préserver...

 

D'ailleurs, quel que soit le représentant, le livre aura été un objet d'attention particulière : que ce soit une mise en garde contre « la perte de l'héritage que représente le livre », selon Aurélie Filippetti, ou ce secteur « qui n'est pas une activité économique comme les autres », selon François Bayrou, tous semblent avoir à l'esprit l'importance du secteur. Marin de Viry ajoutera d'ailleurs que si la lecture numérique ne croît pas particulièrement vite en France, c'est le fait d'un lien affectif tout particulier que les Français entretiennent avec le livre. Et qui agirait donc comme un frein. 

 

Pour aider les établissements, le front de gauche dénonce la course à la rentabilité, qui fait aller les librairies droit dans le mur. Et l'intervention d'une représentante de la Fnac mettra cependant tout le monde d'accord : les indépendants, comme les chaînes sont à prendre en compte. Aurélie Filippetti nuancera toutefois : les problèmes de Fnac sont plutôt d'ordre interne, et la marche forcée vers une rentabilisation est à l'origine de la perte du statut de réel prescripteur que la chaîne pouvait auparavant revendiquer. 

 

 

 Aurélie Filippetti et François Bayrou

 

Filippetti insiste d'ailleurs : la politique socialiste vise à défendre les magasins physiques, tous autant qu'ils soient, et de protéger la vente physique. De là l'idée d'une taxation à opérer sur les vendeurs en ligne qui ne posséderaient pas de boutiques physiques dans le pays, pour apporter un soutien financier aux autres acteurs. Cependant, il semble que la commission diligentée par Frédéric Mitterrand ait conclu que cette mesure soit tout simplement inapplicable. Nous attendons de plus amples informations sur ce point. 

 

Reste qu'il faudrait donc rétablir l'équilibre, explique-t-elle, entre les vendeurs. Évoquant le franco de port, effectué par Amazon, (tout en oubliant soigneusement Fnac ou d'autres marchands en ligne), elle estime que cette fiscalité nouvelle pourrait aider tout le secteur.  

 

En somme, il faut donc reconnaître que les représentants des partis ont joué le jeu et la carte de la séduction. Antoine Gallimard, président du SNE, venu pour découvrir « quelles étaient les approches des uns et des autres », nous explique d'ailleurs être plutôt satisfait. Cependant, l'ensemble n'était pas propice au débat entre les personnes présentes, et finalement, si les idées ont pu être entendues, on regrettera surtout le côté meeting de ce forum. 

 

Par ailleurs, sinon pour être mesuré au livre papier, le livre numérique n'aura pas vraiment eu sa place dans les débats. Tout au mieux Aurélie Filippetti aura su évoquer l'impression à la demande, comme une technologie d'avenir, ou bien, a-t-on brièvement évoqué les questions de numérisation par les éditeurs. Mais, parent pauvre, ou pauvre patenté, le livre numérique est encore loin des préoccupations des uns et des autres. De quoi conforter dans l'idée qu'il vaut mieux se consacrer pleinement au livre, tel qu'on le connaît...

 

 

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